DzActiviste.info Publié le jeu 13 Déc 2012

Les affaires de corruption, Ne faire payer que les seconds couteaux !

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S’il est un constat dont les Algériens ne peuvent être aucunement fiers, c’est celui du triste cortège des scandales politico-financiers, impliquant dans les affaires de corruption des dizaines, voire des centaines de cadres dirigeants des entreprises publiques économiques, de la haute administration, de la magistrature, des administrations locales, des élus locaux, de certains corps de sécurité et même certains ministres.
Un tel état des lieux, corroboré par le dernier rapport de Transparency International (ONG de lutte contre la corruption), qui accorde la “honteuse” note de 3,4 sur 10 à l’Algérie, en la classant parmi les pays les plus corrompus au monde, “105e place sur 176 pays”. Par ailleurs, parmi les organes nationaux de contrôle, la Cour des comptes, qui tire la sonnette d’alarme sur l’ampleur de ce phénomène qui gangrène insidieusement la quasi-totalité des sphères publiques. L’opinion publique nationale, en colère, s’interroge sur les causes de ce qui peut s’apparenter à une véritable mise à sac du pays. Khalifa Bank, Sonatrach, BRC, le secteur de la pêche, l’autoroute Est-Ouest, la BEA, certains responsables des collectivités locales ; les citoyens, scandalisés fustigent le mode de gouvernance, désormais pointé du doigt.
Les questionnements fusent sur les véritables commanditaires de ces crimes économiques contre la nation, ainsi que la désinvolture avec laquelle les auteurs de ces actes dilapident les deniers publics. Le mépris qu’ils affichent à l’encontre des lois de la République révèle leur arrogance et l’assurance de leur impunité. Le système algérien est-il corrupteur de par sa nature, ou bien les critères de choix des cadres sont-ils mal adaptés à la complexité des problèmes de gestion nés du développement accéléré de la dynamique économique nationale ? Il y a sans doute des deux. Le jugement ou les auditions des prévenus par les magistrats instructeurs n’ont jamais dépassé le seuil de responsabilité intermédiaire, hormis quelques rares exceptions. L’affaire Khalifa, celles de Sonatrach, de l’autoroute Est-Ouest, des secteurs de la pêche, de la santé… n’ont toutes pas révélé entièrement leurs secrets jusqu’au jour d’aujourd’hui. Boucs émissaires, fusibles et d’autres vocables utilisés par le “citoyen lambda” pour tourner en dérision les simulacres de procès organisés à grands renforts de tapage médiatique.
Tout le monde convient à penser que des compétences nationales, intègres et honnêtes, ont été écartées parce qu’elles dérangent. En revanche, beaucoup de cadres ont émergé et sont aux commandes des affaires, parce que, cooptés, ils obéissent aux injonctions qui viennent “d’en haut”, faisant fi de la conscience de l’intérêt de la chose publique. Leur seule aptitude aux postes de commande se mesure à l’aune de leur “servilité” et de leur obéissance à leurs maîtres du moment. Ceux des cadres gestionnaires qui ont eu le courage et l’audace de dénoncer les malversations se sont souvent vus évincés, isolés et sans aucune protection de la part des pouvoirs publics. D’autres responsables, dans l’exercice de leurs fonctions, se sont trouvés mêlés involontairement à des affaires de malversations, parce que, simplement, la loi ne permet pas de dépénaliser l’erreur involontaire de gestion. Le tableau clinique serait incomplet si l’on n’ajoute pas les facteurs de précarité du statut et du niveau de rémunération de cette catégorie socioprofessionnelle, qui ne la mettent pas à l’abri des tentations et ne la prémunissent pas des risques encourus d’être embarquée dans des aventures dangereuses pour elle et pour la société. L’Algérie qui a signé toutes les conventions internationales des droits de l’homme, qui a adhéré aux principes de la bonne gouvernance dans le cadre de l’ONU et de l’Union africaine, qui dispose d’une batterie considérable de textes juridiques et réglementaires de lutte contre la corruption, presque sans précédents dans le monde, de même qu’elle a érigé de nombreux instruments et organes de contrôle contre toutes formes de fraudes, de malversations et de corruption, se trouve aujourd’hui piégée par une bureaucratie corrompue et par un édifice institutionnel figé, se situant hors du temps.
Aucun contre-pouvoir réel n’existe vraiment en dehors de la presse écrite indépendante, qui, avec le peu d’informations dont elle dispose, tient le citoyen informé de ces scandales. Sinon comment expliquer alors l’attitude des parlementaires de la précédente législature – sauf une toute petite minorité – qui consiste à ne pas s’impliquer dans la lutte contre ce phénomène ? Comment expliquer le silence de certaines formations politiques sur ces faits graves et qui mettent la cohésion et l’unité nationale en danger ? Comment expliquer également le silence de la société civile, atomisée et démobilisée il est vrai ? Doit-on penser que le système rentier permet à tout le monde de trouver son compte, de la classe politique, en passant par les élites jusque y compris le “petit peuple” ?
La crédibilité du politique en question
La crédibilité du pouvoir politique, largement entamée par notamment l’impunité dont semblent bénéficier les milieux de la corruption, a besoin d’être restaurée via des signaux forts en direction de l’opinion publique nationale. Cette dernière, désemparée, réclame justice pour pouvoir continuer à croire en une Algérie de justice et de dignité. Il s’agit d’appliquer la loi dans toute sa rigueur quels que soient les niveaux de responsabilité des personnes impliquées dans ce genre d’affaires. Redonner l’espoir à une population excédée et désespérée, en approfondissant et en consolidant le fonctionnement démocratique des institutions, à commencer par assurer l’indépendance de la justice. De tels signaux peuvent constituer le début de l’avènement d’un véritable Etat de droit.

H. A


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