DzActiviste.info Publié le mer 4 Juin 2014

Les âmes atteintes ou les Messieurs 25%

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http://www.huffpostmaghreb.com/

corrupt

Publication: 04/06/2014 13h31

Je crois que les âmes ont atteint, dans ce pays, un degré de pourriture absolue. J’en veux pour preuve, non pas les grosses révélations sur Sonatrach ou sur l’Autoroute Est-Ouest qui défraient la chronique, mais cette histoire que m’a racontée un ami d’enfance avec qui je suis arrivé à un âge où on ne se cache plus grand chose.

Cet ami est médecin. Son père, appelons le Bachir, qui faisait du commerce, a cru bon, pendant la Révolution, de racheter une grosse ferme à un colon. L’indépendance venue, la réforme agraire la lui confisque. Bachir accuse le coup. Ce qui lui fait cependant mal au cœur c’est de voir toutes ses terres livrées au béton au lieu de continuer à donner des légumes et des fruits.

Vient le temps des Indemnisations. Bachir demande son dû. Les autorités lui répondent qu’il n’en est pas question vu que ces terres ont été acquises pendant la Révolution et qu’en quelque sorte il s’était enrichi sur le dos des martyrs. Là-dessus il meurt et laisse le problème entier à ses héritiers dont mon ami médecin.

Mon ami reformule la requête de son père. On lui fait la même réponse. Par hasard, il apprend qu’un camarade de lycée occupe une bonne place dans un ministère. Il décide de le voir.

« C’est une affaire compliquée », lui dit le haut fonctionnaire. « Reviens me voir! »

Mon ami va donc revoir son ancien camarade qui lui tient ces propos:

« J’ai vu un certain nombre de gens. Ce sont des milliards qui sont en jeu compte tenu de la superficie des terres! Ces gens acceptent de marcher. Mais ils demandent 25% ».
« 25 %? Mais ils sont malades! » répond mon ami.

Mon ami pèse le pour et le contre. Il se renseigne. Il se renseigne si bien qu’on lui apprend que son vieux camarade, qui connaissait pourtant bien la famille, faisait partie des messieurs 25%.

Le cœur lui monte aux lèvres de dégoût. Il rejette la proposition. L’affaire est actuellement entre les mains des avocats.

Mon ami est conscient que du point de vue financier cela ne changera strictement rien puisque les avocats, à leur tour, seront obligés de payer à chacun des paliers où parviendra l’affaire.

Ammi Bachir aurait pu, bien sûr, s’éviter et éviter à ses héritiers tous ces problèmes si seulement il avait exhibé à temps toute cette correspondance qu’il avait eue, au plus fort de la Révolution, avec -tenez-vous bien!- les colonels Amirouche et Ouamrane!

Il aurait pu s’en prévaloir pour obtenir toutes les attestations possibles et imaginables de participation effective à la lutte de libération nationale. Il ne l’a pas fait. Pourquoi?

Ce n’est ni votre affaire ni la mienne.


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