DzActiviste.info Publié le mar 19 Jan 2016

Les Arabes aspirent massivement à la démocratie et à la séparation du politique et du religieux

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Jean-Dominique Merchet lopinion.fr 28 décembre 2015

Les faits: Une vaste enquête d’opinion dans le monde arabe vient d’être publiée, sur la démocratie, l’émigration, la question palestinienne, la place de la religion ou l’État Islamique. Des résultats, parfois contradictoires, qui incitent plutôt à l’optimisme.

Affiches électorales en Egypte. Alors qu’ils plébiscitent à 79 % la démocratie comme le régime le plus « approprié » pour leur pays, les sondés sont 61 % à répondre que la charia n’est pas le meilleur choix (contre 33 %) © Sipa Press

Affiches électorales en Egypte.  © Sipa Press

La quatrième édition de la plus vaste enquête d’opinion par sondage dans le monde arabe vient d’être publiée par l’Arab center for research & policy studies, au Qatar. Elle a été conduite dans douze pays, auprès de 18 311 personnes.

Les Arabes aspirent massivement à la démocratie. Selon une vaste enquête d’opinion réalisée dans l’ensemble du monde arabe, 72 % d’entre eux estiment que « malgré ses limites, la démocratie est meilleure que les autres formes de gouvernement », alors que 22 % sont d’un avis contraire. 71 % (contre 20 %) considèrent également que la démocratie est compatible avec l’Islam. Ils sont en revanche plus partagés sur le fait de savoir si leur société est mûre pour la démocratie : 50 % répondent oui et 44 % non.

Cinq ans après l’émergence du Printemps arabe, l’Arab opinion index 2 015 offre un vaste panorama de ce que les Arabes ont dans la tête. Publié par l’Arab center for research & policy studies de Doha (Qatar) pour la quatrième année consécutive, ce sondage a été réalisé auprès de 18 311 personnes dans douze pays différents : Arabie saoudite, Koweit, Irak, Jordanie, Palestine, Liban, Egypte, Soudan, Tunisie, Algérie, Maroc et Mauritanie.

Un Arabe sur quatre (23 %) exprime aujourd’hui le souhait de quitter son pays pour émigrer – un chiffre stable depuis cinq ans. Les motivations varient d’un pays à l’autre (économie, situation politique, sécurité) mais la tendance est lourde : c’est un potentiel de près de 80 millions de migrants dont il s’agit. La situation économique joue un rôle essentiel, puisqu’à peine 20 % des Arabes assurent que le revenu de leur foyer est suffisant pour satisfaire leurs besoins de base tout en épargnant. Or épargner est souvent la condition pour acquérir un domicile et fonder une famille. 29 % d’entre eux indiquent même que leur revenu ne permet pas d’assurer leurs besoins élémentaires. Bonne nouvelle malgré tout : ce chiffre est en baisse depuis 2010 (41 %). Globalement, le monde arabe reste toutefois marqué par la pauvreté.

« Nation arabe ». Ce n’est pas une surprise : ces sociétés sont profondément religieuses. 87 % des Arabes se définissent eux-mêmes comme « religieux » : 24 % l’étant « beaucoup » et 63 % « dans une certaine mesure ». Seuls 10 % se considèrent comme non-religieux, voire non-croyants (1 %). Toutefois, la tolérance à l’égard des autres religions est très large : à la question de savoir si les autres croyants peuvent être déclarés infidèles, 72 % assurent que non, dont 30 % très fortement, contre 23 % de oui. Les réponses varient beaucoup d’un pays à l’autre ; les Libanais et les Tunisiens étant les plus tolérants alors que les Algériens le sont beaucoup moins (43 % contre 49 %).
Environ quatre sondés sur cinq estiment que les gouvernements ne doivent pas utiliser la religion pour obtenir un soutien populaire et que les responsables religieux ne doivent pas influencer le vote des électeurs.

Globalement les Arabes aspirent à une séparation du politique et du religieux. 77 % estiment que les gouvernements ne doivent pas utiliser la religion pour obtenir un soutien populaire. Pour 80 % d’entre eux, les responsables religieux ne doivent pas influencer le vote des électeurs. 52 % contre 43 % pensent même qu’il serait mieux que la religion soit séparée de la politique. Alors qu’ils plébiscitent à 79 % la démocratie comme le régime le plus « approprié » pour leur pays, ils sont 61 % à répondre que la charia n’est pas le meilleur choix (contre 33 %). Près des deux tiers accepteraient l’arrivée au pouvoir, après des élections sincères, de partis islamistes, mais ils sont paradoxalement moins enthousiastes (43 % pour, 49 % contre) sur l’élection de partis « non-islamistes » ou « laïcs » (secular). Contrairement à la perception occidentale, la référence islamique reste positive dans le monde arabe.

Au plan international, les opinions ont un fort sentiment de l’existence d’une « nation arabe », à 79 % contre 18 %. Un tiers (37 %) des Arabes considère qu’ils forment une même nation, séparée par des frontières artificielles ; ils sont à peine plus nombreux (42 %) à juger que chaque peuple a ses propres caractéristiques au sein d’une même nation. Cette unité, plus proclamée que réelle, trouve son principal point d’application avec la question palestinienne. Trois Arabes sur quatre considèrent que tous les Arabes sont concernés et pas seulement les Palestiniens. Le rejet d’Israël (« pas de reconnaissance diplomatique ») est quasi unanime, à hauteur de 85 %.

Daech rejeté. Les politiques étrangères des États-Unis, de l’Iran et de la Russie sont jugées négatives par une majorité alors que celle de la France reçoit un accueil plus mitigé : 45 % la jugent positive et 44 % négative, mais ce dernier chiffre est en nette augmentation (+12 points) depuis l’an dernier.

Quant à la question syrienne, 62 % sont en faveur d’un changement de régime, avec de forts contrastes entre les États : 84 % des Saoudiens sont pour la chute d’Assad, alors que seule une minorité de Tunisiens, d’Irakiens ou de Libanais pensent de même.

Enfin l’État Islamique (Daech) est très fortement rejeté par 89 % des Arabes. Toutefois, seuls 38 % des personnes interrogées estiment que Daech est le résultat des conflits qui traversent le monde arabe, 50 % y voyant une création par des acteurs étrangers. Là encore, une certaine confusion règne dans les esprits puisque 48 % y voient, dans le même temps, le produit de l’extrémisme religieux et du fanatisme dans les sociétés arabes.


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