DzActiviste.info Publié le sam 29 Juin 2013

Les bourgeons refleuriront!

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Quand j’étais jeune, bien plus jeune, j’étais porté, et émerveillé par le vent de gauche qui soufflait partout où se trouvaient des hommes et des femmes qui respiraient goulûment cet air de liberté qui dans lequel nous baignions.

Dans toutes les couches de la société, malgré la noirceur d’un régime ambigu, nous faisions avec la réalité, et chacun adaptait à sa propre vision les idées palpitantes que nous avions de la justice et de la liberté. Le sang versé pour la libération du pays n’avait pas encore séché. 

Beaucoup d’entre nous se savaient trompés par un discours creux, qui ne se réalisait qu’à rebours, mais nous avions l’espoir têtu. Les innombrables succédanés de révolutionnaires qui nous haranguaient vivaient et faisaient des cauchemars dans des bulles de verre teinté. Tout ce qui leur était dû, à profusion, manquait cruellement à la multitude. Ils avaient fini, à travers les volutes de leurs cigares, par ne nous voir qu’en foule moutonnière, nous qui ne cherchions qu’à croire, et qu’à réaliser ces rêves qui nous habitaient. 

L’onde de choc de la lutte de libération et le goût de la liberté retrouvée, après une si longue nuit, continuaient d’entretenir dans nos cœurs et dans tout notre être, le sentiment d’appartenir à un peuple fort et fraternel. 
Nous nous aimions et nous aimions les autres. Malgré l’atroce  gouvernance de ceux qui avaient volé l’indépendance au peuple, les Algériens, hommes femmes, enfants, riches ou pauvres, pratiquants scrupuleux ou impénitents désinvoltes, parvenaient à vivre en symbiose. Parce que leurs rêves étaient plus beaux que la noire réalité du régime.

Nous étions un peuple en marche. Même si nous tâtonnions  
Seuls les apparatchik et les leurs étaient à l’extérieur du cercle magique. Ils étaient l’objet de sentiments mitigés et contradictoires. Nous les craignions, parce qu’ils étaient les molosees d’un régime despotique et brutal, mais nous nous vantions toujours de connaître l’un d’eux, d’être dans ses bonnes grâces. Nous entrions doucement en hypocrisie. Le plus grave est qu’ils avaient fini par faire partie du décor. Nous ne faisions même plus attention à leurs frasques. Comme des parasites sous l’écorce.
Leur action sur notre société, improvisée, trompeuse et procédant du rafistolage systématique, l’ébranla peu, et la mina de l’intérieur. 

C’est à cette époque que les germes du mal ont été semés. En ces temps qui vibraient d’enthousiasme, de communion avec l’universel. Nous ne singions ni l’occident, ni l’orient, parce que nous étions juste nous-mêmes. Nous méritions un meilleur sort. Nos bourgeons étaient prometteurs. 

Mais les effets mortifères du régime menteur nous rongeaient de l’intérieur. Partout, dans tout le tissu social, dans les soubassements même de la personnalité et de l’appartenance, des abcès se fixèrent, et commencèrent à gangrener la chair vive de notre être collectif. 

Les Algériens dégénéraient à vue d’œil  Ils s’aigrissaient, perdaient leur belle assurance, se toisaient désormais, en gens qui entraient en compétition les uns avec les autres, pour des lambeaux, de leur propre chair, qui leur étaient jetés, et pour lesquels ils se mirent à se déchirer. 
Ils se réfugièrent dans un individualisme érigé en forteresse. Ce fut comme un ressac amer. Un repli frileux. Une vague qui reflue vers les abysses. 
Les algériens se retirèrent de la communion, à reculons. 
Chacun s’aménagea une petite nation familiale, clanique, individuelle, fermée à l’autre. Chacun pour soi! Plus personne ne voulut s’impliquer désormais, dans quoi que ce soit qui ne lui rapporte pas du concret, du palpable. Pour s’enfermer encore plus dans sa piètre citadelle. 

Puis vint le temps de l’auto-flagellation. Tous les Algériens fustigeaient tous les Algériens. Si ça allait aussi mal, c’est que c’est à cause de ce peuple. « c’est un peuple, ça! « 
Des khobziztes se mirent à traiter des khobziztes de khobzistes. 
Chacun s’estimait la victime de cette vague multitude qu’était devenue le peuple.

Et puis vint le temps des vents mauvais. Ceux qui ne fertilisent pas, mais qui assèchent les boutons de rose, qui arrachent les fruits encore verts, qui fanent la vie avant même qu’elle s’exprime.
Ce fut le temps de la sauvagerie et du sang. La douleur et la peur prirent leurs quartiers dans nos cœurs oppressés.

Des ogres, sortis de nos rangs, qui étaient de notre sang, qui habitaient notre maison, se livrèrent une lutte à mort. A notre mort, puisqu’ils se combattaient par populations interposées. Aujourd’hui ils se sont pardonnés , les uns les autres, à part quelques zombies irréductibles et des faiseurs d’enfer. Ils se sont faits la paix, en nous demandant, à nous, de tourner la page et d’oublier.

Mais ce n’est pas fini! Parce que le carnage qu’ils ont commis contre nous, ils peuvent encore le recommencer. Ils ne craignent pas de nous en menacer, ouvertement, à chaque fois que nous exprimons le désir de renouer avec nous-mêmes, sans eux à notre tête. Ils nous disent que sans eux ce sera le déluge et le feu. Comme dans ces malheureux pays dont les peuples ont osé espérer la liberté. Ces pays qu’ils nous montrent en exemple, comme pour nous inciter à nous estimer heureux, dans notre enfer.

Ils ont réussi à nous épouvanter. Parce que nous avons des raisons de nous inquiéter.

Mais, la bas, à l’horizon, une lueur brille. Non ce n’est pas une étoile lointaine. C’est la lumière de nos  frères qui se lèvent là-bas, du côté où se lève les aurores. Ils marchent! Ils chantent ! Leurs colonnes serrées, vont se rejoindre. Le peuple est en marche. Vers sa dignité retrouvée. Déjà retrouvée. Parce qu’un homme qui refuse l’oppression, ne serait-ce qu’en se mettant debout, n’est plus indigne. 
Nos frères et nos sœurs  qui se réunissent et qui parlent, érigent un rempart. Entre eux et nos ennemis. Nous serons tous avec eux. De leur côté. En face, de l’autre côté, les forces du mal guettent . Ils cherchent le moyen d’étouffer ce vent de liberté qui se lève. Ils craignent pour leurs sordides intérêts. Mais on n’enferme pas le vent.
La bataille est déjà engagée. Elle fait rage, sans qu’on en entende le fracas seulement.

Et la victoire ne fait pas de doute. Elle est inéluctable. Parce que les peuples qui marchent vers leur destin le rencontrent toujours, malgré les fourvoiements. 

D.B


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