DzActiviste.info Publié le jeu 30 Jan 2014

Les candidats de demain…2019

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2014 est déjà présidentiellement du passé. Les regards se portent sur avril 2019. Ce sont les doux agneaux de ce jour qui seront les féroces béliers de demain. Derrière chaque coq il y avait un poulailler.

La postérité saura retenir dans ses chroniques infalsifiables qu'il existait des gens en terre d'Algérie en l'an deux mille et quelques qui ont su avoir le geste chevaleresque nécessaire pour se retirer en silence. Ils ont pu tirer profit magnanime chacun à sa manière de la conjoncture que moisissait une médiocrité sans nom et se sont allés se ranger à termes dans les livres d'histoire contemporaine. Ait Ahmed, Redha Malek, Said Saadi, Mouloud Hamrouche, Taleb Ibrahimi ou Ouyahia et encore d'autres gabarits ont su que le temps est impertinent, que la politique travaillée ainsi n'est plus une passion qu'elle n'est un contenu dans des sachets noirs.

Les autres, les restants, ceux qui se collent et se cimentent au vœu de l'autorité, qu'ils veulent pérenne ; auront-ils un jour le même déclic pour quitter comme des veufs joyeux la tribune et les rampes interminables d'une gloire sans notoriété et qui tarde à venir ? Ainsi quel destin vont-ils suivre ces eternels récipiendaires ? Le temps, la grisaille, l'oisiveté, le remord les guettent à l'orée de chaque nouvelle année d'ici 2019. Aurions-nous toujours ces Belkhadem, Benflis, Louisa, Touati, Bensalah, Ould Khelifa, Zeghdoud, Chalabia, Boudjara, Djaballah et autres de la même espèce chronologique et la même matrice générationnelle ? Si c'est un problème d'impotence pour les uns qui ira les extirper des annales, pour les autres il s'agira d'une incompatibilité politique. Ceci n'est nullement une raillerie quelconque. Bien au contraire le pays leur doit beaucoup pour avoir initier et jouer le jeu quant à l'émergence démocratique. Tous étaient là au moment où personne ne croyait aux zéphyrs de dame démocratie alors naissante. Ils ont fait quand bien même un paysage politique controversé, dans un temps où la pratique de l'acte politique est toujours ardue à accomplir et pénible à la tâche.

Les actuels parmi eux et les plus exhibés auront d'ici cette échéance fait leur révérence pour moult motifs. La politique faisant son œuvre, la biologie fera à son tour la suite. Par principe l'on entendra plus parler de ces noms usuels et qui ont depuis au moins deux décennies servi toutes les cases liées aux hommes politiques de l'Algérie de l'an deux mille. Une candidate qui a vingt ans de pouvoir dominant dans son parti va se voir, peut être s'élire en 2014 par un adolescent majeur qui naquit au même instant où elle prit les rênes de son parti. Allah ghaleb, ils sont venus tous dans une période où toute une jeunesse était sur les quais de l'espoir attendant un jour meilleur pour pouvoir embarquer dans le futur. Or que l'on voit le futur de ces jeunes hypothéqué par ceux-là même qui leur miroitent le comment dessiner leur avenir. Ces jeunes là, l'emparent dans le mirage des vagues et l'aperçoivent, tentant de l'appréhender dans les horizons toujours insaisissables de la haute mer. Ce personnel actuel ne survivra pas à ce qui évolue en silence. On ne s'en souvient d'eux, ces jeunes que lors de la rédaction grégaire des programmes électoraux. Ils font la trame centrale de tous les plans d'action. Ils sont l'âme des campagnes, le noyau des propagandes. C'est à chaque station électorale que l'on s ‘apprête à vouloir dire tout bonnement, pour une élection pourtant chronologiquement à temps ; que celle-ci est différente, particulière ou en fait pas comme les autres. Sinon que la conjoncture n'est pas identique. Et encore les jeunes sont appelés à la rescousse, toujours en faisant allusion à la garantie leur avenir. Les jeunes que l'on draguait en 1990 sont des seniors aujourd'hui. Si l'électorat se renouvelle, le candidat est presque immortel.

Les élections de 2014, quel que soit le président, sujet dira-t-on consensuel ; sont déjà derrière. Lui ou un autre, il ne doit pas avoir comme souci majeur son maintien, ses caprices et son caractère mais celui de devoir rendre uniquement son peuple heureux. Il devra donc créer le bonheur et la sensation du bien être dans chaque corps citoyen. Car il n'existe pas un foyer où l'amertume n'y est pas de mise. Le pessimisme gagne tous les cœurs. Plus personne n'arrive à convaincre personne. Les mômes dans les écoles ne croient plus ce qui s'enseigne comme vérité, nationalisme ou autres. Seule importe cette note assurant un passage ou une réussite. Les enseignants à force de crier pour rien n'arrivent à enseigner que les mots d'ordre de grèves. Les parents sont inquiets, les gosses insouciants, le ministre indifférent, le président muet. L'université n'est faite que d'un unique et rébarbatif cursus. Les grèves aussi. L'angoisse mine tous les visages que l'on rencontre chaque matin et que l'on ne voit pas étant affairé à trouver un accès de passage dans les ruelles, les raccourcis. Cette détresse s'efforce à s'insinuer à partir des profondeurs de la banale discussion jusqu'aux conclaves officiels. Les partis sont devenus moroses, le football aussi. Où aller ? Même le menu que nous offre la presse à part le fouillis et les mots fléchés, est lui aussi soumis, événement oblige, à ne relater que ce qui fait mal. Saïdani, Ghardaïa, grève.

2014 est finie en termes politiquement électoraux. La liste des candidats à la candidature dépasse un seuil que la loi ne fixe pas, ni impose des pré-requis à cet effet. La démocratie si c'est de ça qu'il en est question ; n'est pas une kermesse pardi. Une candidature est censée naitre des années bien avant le retrait des imprimés. Elle n'est pas une banale envie ou une simple tentative, comme ça, de passage devant le palais du gouvernement, tiens se dit-on, on va voir ce qui se donne à l'intérieur ! Comme dans le logement social, on formule un dossier et on court. Sait-on jamais !

Une élection se gagne d'abord par la création d'une conviction utile chez l'électeur. C'est ensuite aux merveilles de sa crédibilité que toute sa splendeur puisse se répandre sur le triomphe du vainqueur. Devenir président en Algérie n'est forcement pas une épreuve didactique. On croit continuer à savoir qu'elle n'est en fait qu'un aboutissement de conciliabules. La décision de rendre un homme président se passe bien avant le passage des voix vers l'urne. Le bon moment se situe dans la décision de l'aval de candidature par l'aura, le peuple et l'opinion, parfois sans ça. Chaque ère a ses acteurs. La révolution en a eu les siens, idem pour l'indépendance, il reste à la démocratie d'avoir aussi ses hommes sans aucune contamination antérieure.

Ce n'est pas une question d'amas d'années, ni une question de savoir. Les candidats de demain ne s'inscriront pas dans une fourchette d'âge donné mais bel et bien dans un nivellement d'esprit. Il ne s'agit en fait que d'une compréhension mutualisée. L'on accepte l'autre sans démagogie ni force mais par argument et réciprocité. Ceux qui vont venir n'auront de légitimité que celle inhérente à l'urne. Ils se doivent d'avoir un réseau social dans la tête au lieu d'une histoire. Un nouveau langage est nécessaire. Le clic sera plus redoutable qu'une ouverture enquête. La gloire et les conquêtes personnelles vont s'obtenir ailleurs que dans la célébrité d'un passé heureusement commun à tous.

L'imposture que l'on constate à travers certaines candidatures s'est hissée au nom inapproprié de la démocratie et vient transpercer l'espoir populaire affiché à l'égard des institutions de l'Etat. L'intrusion se trouve partout. Quiconque peut, sinon croit devenir quiconque. Du maire, du député au ministre et maintenant au président de la république. Sans aucun scrupule l'appétence demeure béante par rapport à la capacité réelle de l'individu. Celui qui la veille rêvait en sourdine l'effleurement avec un poste donné, se réveille au bon matin et se trouve par une grâce, certainement pas d'origine divine ; investi d'un pouvoir de vie ou de mort. Il ne peut que rire et sourire en sourdine à cette destinée inespérée. C'est vrai, l'Algérie a parfois de zéro fait une quantité pour un homme qui pourtant le valait. Les autres chiffres pourtant bien déterminés sont restés à l'infini. En marge de tout compte.

Une opération électorale supposerait l'existence de deux acteurs. L'éligible et l'électeur. L'on n'y voit que l'engouement du candidat. L'autre partie est totalement désintéressée. Plus personne ne convainc l'autre. Si persuasion y est, elle est de toute autre nature que politique ou idéologique. Tout est mystifié. Il n'y a pas un gars qui ne te dit pas que tel candidat roule pour tel clan. Que tel clan roule pour telle personne. Démoniaque sentiment national légitimement répandu ! La confiance s'est éclatée en d'innombrables fragments dont il est impossible de rassembler les moindres bribes. Le même fossé existe aussi dans d'autres corporations. Qui active dans telle ou telle association ? Sans adhérents, sans militants, l'on n'y voit que le ou les responsables s'intronisant pour agrandir l'impact et tentant de redimensionner les subventions qu'ils reçoivent. Ceci sera également valable dans le champ culturel. Il y a des musées, pas de visiteurs. Il y a des auteurs pas de lecteurs. Il y a de la poésie, pas de critiques littéraires. Mais encore le hic c'est qu'il n'y a pas de logements, mais beaucoup de demandeurs. Il n'y a pas de postes vacants, mais beaucoup de sans-emploi. Aléatoirement l'on constate qu'en face d'une production donnée, pas de consommateurs. Inversement face à une demande accrue, pas d'offre du tout. C'est dire que le fossé s'agrandit de jour en jour. Le pouvoir est en face d'une façade semblant incarner l'opposition, mais agit seul et sans aucun opposant. Autrement dit il y a une opposition, mais pas d'opposants. Dès qu'une formation politique est out le sérail, l'équilibrisme prend son effet ou à défaut, balance d'une tergiversation à une indécision positionnelle. Les quelques oppositions qui puissent se pratiquer reposeraient en tant que revendications ou sur un point de fixation particulière. En 2014, l'opposition est atterrée et consignée à domicile d'écran. Elle n'a pu rassembler le mineur quorum d'entente pour agir et bloquer le pseudo consensus qui se tisse crescendo.

Ce qui peut être qualifié d'écart de démarche, ce sera aussi ce paradoxe qui perfore l'équilibre du moyen et de l'objectif. A quoi en réalité est destiné le programme de relance économique malgré les innombrables réalisations tous segments confondus, si le citoyen perd toute envie de continuer à l'être ? Soit de persévérer à « jouir » de cette qualité. Il se dit, en son for intérieur, qu'il ne constitue qu'une unité statistique dans un état de recensement démographique ou dans un corpus de corps électoral. Ce sentiment est malheureusement partagé par l'ensemble des éléments de la masse sociale. Même le ministre n'est pas bien dans sa peau, tant que son poste et sa position sont astreints à une conjoncture dont le dénouement lui échappe totalement. Le comble de sa souffrance c'est que ; s'il avait pu savoir le moment le rendant ministre, il ne saurait point quand, il ne le sera plus. Cependant Il y a toujours une raison à la déraison pour ne pas dire que derrière chaque fou, il y avait un homme qui avait la raison. Du moins la sienne. La folie est une bonne raison pour s'enfuir du réel lorsque le bon sens fout le camp. La léthargie, la somnolence ou l'hibernation s'avérerait une thérapie d'urgence. Donc le président n'aura qu'un souci, c'est celui de s'atteler à rendre son peuple heureux. Le malheur, si par malheur continue de sévir, sera sans doute la grosse crainte qui taraudera le pouvoir d'ici à 2019.

En cet an là, la compétition pourrait prendre une autre dimension dans la même orbite systémique. Car si l'on arrivera à changer de régime, le système tellement enraciné et ferré ne subira que quelques aménagements sans influence sur le véritable essieu de la mécanique nationale. Il y aura certainement des reliques candidaturales laissées dans la frustration et l'amertume de 2014. Il y aura sans doute d'autres visages qui viennent à peine de naitre. Les candidats de demain se profilent aujourd'hui. Certains sont déjà sur la tangente, pourvu qu'ils aient de la réserve et de l'écart face à cette mode de soutien mordicus. Ils doivent davantage aller de l'avant et savoir patienter et de faire de l'attente une phase préliminaire. L'avenir n'appartient à personne, sauf à la personne qui tente de dessiner le sien. L'autre, celui que l'on partage en communauté, n'étant pas un assemblage de destins individuels, mais peut être valablement un croisement d'adhésion sur un minimum d'accords.

par El Yazid Dib, le Quotidien d'Oran


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