DzActiviste.info Publié le lun 19 Nov 2012

Les déboires d’un éditeur de service qui plaide pour l’impunité.

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Contribution par Said Radjef
Le 19 novembre 2012

J’ai de l’argent ; je suis très riche. Mais personne dans la rue ne prête attention à ma petite personne. Personne ne me regarde. Comme si j’étais un moins que rien. J’ai une maison d’édition et trois journaux. Je suis le premier a être informé. Je suis le premier à savoir que Sellal et le général Yala vont se disputer la place de Bouteflika. Je sais également qu’il y a une guerre des clans, notamment celle qui oppose depuis quelques jours, à l’instigation de la famille Bouteflika, le DRS à la gendarmerie. Mais moi, j’aime bien les deux corps. Ce sont tous des copains et des potes. Autant j’étais nul à l’école autant je maitrise aujourd’hui les techniques les plus élaborées de la « brosse » et du mensonge. Je me fais passer pour un spécialiste des grandes questions, celles qui engagent le destin de l’humanité. J’ai la complicité des ONG qui ferment les yeux sur mon ignorance et mon incapacité. Dans la manipulation de la foule, le général dit que je suis un as des as. Tout en en puisant dans le discours de l’opposition, j’ai laminé la vraie opposition et assuré la survie de mes maitres. J’ai fait passer de vrais militants pour de vulgaires kapo. J’ai folklorisé le drame du peuple grâce au concours précieux de chroniqueurs talentueux qui jouent admirablement le rôle de victimes des services. Je les paye plus que les autres. Ce sont de vrais comédiens.

A la demande des services, avec un coup de plume, je peux descendre en flamme n’importe quel baron du régime. D’ailleurs les ministres et les walis me craignent comme la peste. Ma mère qui n’est plus de ce monde dit souvent que je ressemble comme une goute d’eau à mon père. Mon père était « caid » du village et mon grand père était chaouch. J’ai la double nationalité. Je suis un franco algérien. Je voyage cinq à six fois par an en France. Ah, la France, ma douce patrie ! Là-bas chez nous, j’ai des comptes en devises. J’ai réussi à faire des économies parce que les pouvoirs publics ne m’ont jamais inquiété lorsque je faisais travailler au noir les journalistes ou lorsque je refuse de payer mes factures, mes impôts et mes travailleurs. Je reçois des milliards de publicité. Mais comme mon père et mon grand père, j’ai des clous dans les poches. J’aime exploiter les autres. C’est héréditaire. C’est dans nos gènes d’esclaves. En dépit de ma richesse et de mon pouvoir, ma famille garde toujours le statut d’esclave au village. C’est pourquoi, comme mes parents, j’ai préfère la nationalité française. Aux français, je dis que le problème auquel est confrontée l’Algérie est l’Islam. L’Islam est pire que la colonisation. Bien sur, les français savent quel menteur et quel chien je suis…Comme toute ma famille.

Mais depuis les gens ont oublié le passé. D’autant mes journaux ont activement participé à la falsification de l’histoire et à la corruption de l’imaginaire collectif. Je pensais que grâce à ma richesse et mes relations étroites avec la junte, j’allais devenir une notoriété morale et intellectuelle, j’allais me permettre une place sur le podium de la noblesse algérienne. Rien.
Kateb Yacine, Mouloud Mammeri,Med Dib sont morts depuis des siècles dans la pauvreté la plus cauchemardesque et le peuple continue toujours à les courtiser. Dans les rues d’Alger, j’ai l’impression que les fantomes d’Assia Djebar,de Mimouni , de Med Cherif Sahli ont taillé l’esprit des passants anonymes avec leurs pernicieux desseins de telle sorte que personne ne me regarde ou ne me reconnait mon vrai statut…

• J’ai toujours rêvé d’être un homme de bien, celui qui intervient pour éviter les conflits entre citoyens d’un même pays. Je suis contre la vengeance. L’armée comme nous le disait grand père, est comme le bon Dieu. Elle a le droit de vie et de mort sur tout ce qui respire en ce bas monde. En Kabylie qui donne l’impression d’être la base 51 ou les extraterrestres ont pris contact avec les hommes, il y a plus de 80 casernes, c’est-à-dire plus que le nombre de municipalités. Les militaires mangent, baisent et chient. Ils ne foutent rien et ils ont les ¾ du budget national. Pour éviter d’éveiller les consciences et de nourrir la vengeance des paysans du Djurdjura, je fais semblant de ne rien voir et j’ai formellement interdit à mes journalistes d’en parler…Oui, il faut voir le coté positif de l’impunité. Cela peut nous éviter la guerre civile ; vous voyez ce que je veux dire…


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