DzActiviste.info Publié le mer 4 Sep 2013

LES DEMONS DE L’ART ALGERIEN

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Par Abdel BEN BRIK

al khobza - alloulaPresque toute une génération, (la nouvelle), est atteinte sois d’une amnésie culturelle, sois d’une ignorance totale. On est sur la voie d’oublier complètement les racines d’un art authentiquement algérien, d’un patrimoine culturel amazigh arabo andalous.

La nouvelle génération risque de perdre les repères, par la faute de ceux qui se sont proclamé responsables, guident et dirigeants de la culture en Algérie depuis 1980, dont ils ne connaissaient en faite que le raï et la danse du ventre. Un constat amer, notre culture est à l’agonie. La société Algérienne subit l’anomie

Des figures de pionniers dans les oubliettes, des œuvres archivés et classés dans les cases des bas fonds des instances de la culture et au sein de l’ENTV et les 55 radios. Le faux modernisme pénétrait sans protocole dans les foyers, à travers les « cabarets satellitaires ». Une formule qui a anesthésiée toute une génération du monde arabe.

La dernière fois, où un événement culturel originel est organisé à l’échelle international, c’était en 1997, organisé aux Etats-Unis, à Washington durant la période du 15 au 31 décembre, sous le sigle « Festival Ana El Arabi ».(Moi l’Arabe) L’Algérie a participé avec la troupe – Andalousie- qui a donnée un concert typiquement puisé du patrimoine algérien. Cette troupe invitée aussi à participer à un concours de la meilleure troupe musicale. C’était la première et la dernière fois un festival à multiples vocations typiquement arabes est organisé aux Etats-Unis, avec la collaboration de la chambre de commerce américano-arabe.

Aujourd’hui, en repose la même question, que sont devenus les hommes et femmes de culture, du théâtre, de la musique, de la poésie de l’écriture, de la peinture. .etc.

Que sont devenus les œuvres culturels des pionniers, les grands maîtres algériens du chaâbi, du hawzi, de l’oranais.. Que devient le travail important des auteurs qui avaient consacrés plusieurs années pour le préparer ? Citons par exemple l’anthologie bilingue de la poésie populaire, chaâbi et hawzi qui a parue en 1997, dans un volume très important qui comprenait quatre tomes.

Quatre ouvrages traitant du patrimoine culturel algérien de l’oralité (poésie et chant) des grands maîtres de la poésie populaire et des chantres interprètes.

Le premier tome est une traduction intégrale en français de plus de soixante poètes dont 50 en arabe et dix en amazigh. Chaque œuvre, enrichie d’une analyse musicologique, historique et d’une transcription musicale rythmique et vocale précisant les modes musicaux interprétés.

Un hommage rendu à la poésie populaire maghrébine dont les grands maîtres algériens et marocains ne connaissaient à leur époque, aucune frontière qui sépare les deux peuples frères dont le patrimoine culturel n’est commune.

DES NOMS À NE PAS OUBLIER

Des noms célèbres et un livre hommage aux poètes algériens et marocains chantés et glorifiés dans cette tradition poétique populaire tels : Ben Messaïb, Ben Triki, Lakhdar Ben khelouf, Mustapha Ben Brahim, Ben Ali Ould Ezzine, Embarek Essoussi, Kaddour El Alami, El Hadj Ben Hachemi El Merakchi, Cheikh Ahmed El Omiri, Cheikh Ben Ali El Amraoui, Cheikh Nedjar, Cheikh Ramgaoui Nedromi, Benslimane Hadj Ahmed El Grabeau, Cheikh El Arbi El Meknassi, Mohamed Lahlou, Ben Sahla, Ahmed Ben Harath et d’autres.

L’œuvre des maîtres interprètes les plus prestigieux est étudiée et analysée dans cet ouvrage. On y trouve notamment El Hadj Mohamed El Anka avec dix Qaçid en arabe et deux chants en kabyle. Elhadj Mrizek avec quatre quaçaïd en arabe.

El Hachemi Guerouabi avec dix Qaçid en arabe, Fadila Dziria avec cinq chants en arabe, Abdelkrim Dali avec quatre chants en arabe, Dahmane El Hasnaoui et Slimane Azem avec cinq chants en kabyle.

Il y a aussi à ne pas oublier les interprètes juifs d’Algérie. Lili El Abbassi de son vrais nom castel avec quatre chants en arabe, il est l’auteur de la chanson » Ouhrane El Bahia, Lile oua Nhar Zahia » et enfin, Rainette Daoud « l’Oranaise » avec quatre chants en arabe.

UN TRAVAIL PRESTIGIEUX

Un travail qui passionnera tout amoureux du chaâbi, du hawzi et de la poésie, tout amateur d’art pictural, musicologue et musicien, linguiste, philologue et sociologue et s’imprégner de cet entremêlement savoureux du profane et du sacré qui souhaitent approfondir leur connaissance de la culture maghrébine qui caractérise profondément cette poésie chantée.

Aussi le deuxième tome traitera celui pratiqué dans l’Ouest et le Sud de l’Algérie, allant jusqu’à Taza au Maroc et même Fès.

Le quatrième tome, mettra en valeur la richesse du folklore algérien à partir d’un choix de textes caractérisant toutes les régions d’Algérie.

Ce volume est conçu et dirigé par Rachid Aous avec la participation bénéfique du docteur Hamdane Hadjadji professeur émérite à l’université d’Alger, en langue et littérature arabes, du Dr Michel Nakad, docteur en histoire des religieux de la Sorbonne, philologue en langues sémitiques comparées, de M. Brahim Djelloul Rachid musicien et musicologue et M Mourad Ould Slimane, poète chanteur, diplômé de l’INALCO Paris.

Le premier tome est préfacé par M. J.E Bencheikh, poète écrivain et professeur de littérature arabe à la faculté de Paris IV Sorbonne.

Ce volume est édité par l’édition « El Ouns », à Paris, sous le titre « Les grands maîtres algériens du chaâbi et du hawzi »

Il y a lieu de citer qu’une première anthologie objet d’une recherche approfondie sur le phénomène de la poésie Populaire « Chiîr El Melbourne »ses qualités ses genres et types, ainsi que ses poètes célèbres, effectuée par le professeur Belhafnaoui d’Oran et Mohamed El Fassi du Maroc, qui en 1967, tout deux parvenus à collecter plus de 70 textes ( Qaçid ) dans la rigueur et l’élégance des mots. 70 œuvres de poésie appartenaient à des auteurs Algériens et Marocains, seulement à cette époque ces œuvres n’avaient pas trouvé d’édition en Algérie. Le Ministère de la culture n’a pas donné d’importance à ce travail.

Les deux chercheurs ont trouvé un soutien au Maroc en l’académie royale les a édités dans un volume très précieux qui comprend plusieurs tomes dont l’explication de texte et les mots employés par les poètes qui n’ont jamais fréquenté les écoles à l’exception des écoles coranique.

Nous avons toujours tiré la sonnette d’alarme sur la situation du patrimoine culturel en perdition, Artistes, comédiens, auteurs, écrivains, peintres, sculpteurs, musiciens, acteurs, tous ce mondes de la culture que l’Algérie a enfanté a été marginalisé par un système qui a vidé le pays de cette richesse combien inestimable, un trésor délaissé, une énergie négligée.

Aujourd’hui, on a voulu faire d’un âne un cheval de fantasia, Riad El Feth a ouvert ses portes non pas aux chouyoukhs mais au raï. Vivant dans une jungle inextricable où une louve ne reconnaîtrait les siens, la médiocrité règne en maître absolu, favorisée par des médias , le ra¨est désormais une culture et un art,que l’auditeur, à l’oreille désormais déformée, gobe en payant le prix fort.

Des diseurs de paroles se prenant pour des poètes Ce phénomène qui bouleverse le paysage culturel est une (contre) révolution culturel relègue toute une génération d’hommes et femmes de culture et d’arts issue d’une Algérie profonde au musée de l’histoire. Aujourd’hui, paroliers et chanteurs en absence des poètes, bricolent le plus vite possible sous la pression des fabricants de C.D, la demande d’un public qui n’a le plus souvent comme modèles médiatiques et médiatisés que Nancy Adjem, Thamer Hosni Cheb Untel. Combien d’écrivains, de chercheurs, de journalistes, de comédiens, de poètes sont interrogés à longueur d’année sur leur métier, leurs problèmes ? Aucun. Mais lorsque Cheb Khaled se déplace de la départementale à la nationale, toute l’Algérie le sait.

Des chanteurs médiocres et vulgaires sont devenus en quelque sorte « Les députés », les représentants de la plus large fraction de la population .Le raï sous une forme latente ou inconsciente, est devenu un expression politique dont l’idéologie de base est l’aspiration à la réussite dans un environnement où l’argent, l’apparat et les signes extérieurs de richesse sont ostentatoires.

L’adhésion de la nouvelle génération à ce qu’on lui présente (uniquement le raï)

Ne se contente plus d’être assis pour écouter, elle fait irruption avec son corps qui devient un acteur qui pose problème à tous les « ringards » qui ne savent plus s’il faut invoquer Dieu ou le diable.

Pourtant, notre terre a donné en son temps des idées et des hommes. Le poids de ses créateurs est encore là dans toute la lumière de ses certitudes. La culture est une entreprise de clarification et de mise en perspective.

Alors, si le poète Oranais a dit un jour « Rohi ya Ouahrane beslama » devrons nous dire aujourd’hui « Rohi ya Thakafat bladi beslama » ?

Yamina Ghassoul. Elle était la comédienne incontestée dans la plus célébre pièce ‘’Al Khobza’’ de Abdelkader Alloula

Une sorte d’amnésie frappe les oranais dans tous les domaines, politique, social et culturel. On a occulté toute une époque avec sa génération. L’époque de ‘’Wahrân el Bahia lil oua n’har Zahia.’’ On a oublié nos comédiens et comédiennes du Théâtre d’Oran. Lorsqu’on parle du cinéma ou du théâtre on vise toujours le centre du pays Alger, alors que l’Oranie a donné à l’Algérie les meilleurs comédiens et comédiennes du théâtre et du cinéma, de Keltoum, Chouikh, Chougrani, Bacha Ali Allel, Khelladi, Ould Abderrahmane Maazouz, Touita Okacha, Zellal Abdelrim (Rupture) Wafia

Ainsi que les comédiens et comédiennes de la place d’Oran et de Mostaganem. Malheureusement ces hommes et femmes de l’Art, ont étaient relégués aux oubliettes.

Sur notre photo deux comédiens du théâtre d’Oran, Aîssa Moulferaâ et Yamina Ghassoul la comédienne qui a partagée avec Adar Mohamed le succès de la célèbre pièce ‘’ El Khobza’’ du regretté Abdelkader Alloula. Yamina dans ‘’El Khobza’’ était l’artiste la plus admirée par les femmes Maghrébine.

Après la mise à la retraite des comédiens (nes) notre héroïne Yamina Ghassoul n’a plus donnée signe de vie dans le milieu du 4ème art, ni dans le milieu culturel de la ville qui malgré bon gré, quelques uns continuent à s’agripper sur le bateau naufragé. Yamina était une vraie comédienne du théâtre Régional d’Oran, elle a signée son nom d’ailleurs et depuis l’époque de l’occupation, elle mérite toute la considération du milieu culturel frappé d’amnésie. Yamina la comédienne, elle mérite d’être honorée. Malheureusement l’amnésie nous frappe de plein fouet, nous nous s’apercevons toujours de nos valeurs que lorsqu’ils partiront pour de bon ! Et là on va vite leur accrocher ‘’El Ârdjoune’’ en retard et après le départ nos personnalités de l’art et de la culture.

Quant au comédien Aïssa Moulferaâ, il était aussi l’un des piliers de base du TRO, et un organisateur de spectacle national et international. Connu à travers le pourtour méditerranéen, un comédien à part entière.

Wahrân n’a pas su garder ses enfants, ils sont partis dans différentes directions et surtout dans le silence complice des Oranais qui se vantaient d’être des Ouled Bled. Car on a le sentiment d’avoir assisté et en assiste toujours à une présentation de pièces… détachées, où à chaque occasion un ou une comédienne disparaît de la scène sans retour et sur fond noir et un silence complice. Sans aucun dialogue.

Le comble dans tous cela, C’est que les spectateurs et les patrons de notre culture, malheureusement, oublient vite dés l’instant de la tombée du rideau. On oubli la pièce jouée, les comédiens, le metteur en scène, le régisseur et même le personnel de l’accueil.

C’est fait dans le silence, Dés l’instant de leur retrait de la scène nous les oublierons :

: Kaki, Korid Ali, Osmane Fethi, Hadjouti Bouâlem, Alloula Abdelkader, Ahmed Saber, Ben chaâ, Alloula, Djennat, Belmokadem Abdelkader, Sirat Boumediene …et aujourd’hui Belaroussi,

Ceux qui se sont retiré dans le silence complice de la retraite : Yamina Ghassoul, Adar Mohamed, Tayeb Ramdane, Belkaïd Abdelkader, Medjahri,, Saïd Bouabdellah, pour ne citer que ces noms car beaucoup d’autres étaient les auteurs de la fierté de l’art et de la culture de l’Oranie et de son Théâtre Régional d’Oran.


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