DzActiviste.info Publié le lun 13 Mai 2013

Les deux prochaines guerres de l’Algérie

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par Abdelkrim BADJADJA
L’Algérie est en guerre quasi permanente de …1830 à nos jours!
Aux guerres livrées aux armées coloniales dès le 27 juin 1830, à Alger d’abord, puis à l’Ouest avec l’Emir Abdelkader jusqu’en 1847, et à l’Est avec Hadj Ahmed Bey jusqu’en 1848, avaient succédé des insurrections populaires qui avaient jalonné de sang la deuxième moitié du 19ème siècle. La période des soulèvements populaires se prolonge avec l’insurrection de l’Aurès en 1916. Puis survient le temps des combats politiques avec la création des premiers partis politiques algériens dans les années 1920. Cette période d’accalmie ne dura pas longtemps, et les massacres sanglants de mai et juin 1945 renouèrent avec les insurrections populaires, tout en sonnant le glas du combat politique qui ne menait à rien.


Vint le 1er novembre 1954 et une guerre atroce qui couta très cher au peuple algérien, un million et demi de martyrs dont il faudra bien un jour en faire la liste pour ne plus laisser dans l’anonymat les Chouhadas.
La guerre était-elle terminée, une fois l’Indépendance acquise en juillet 1962? Loin s’en faut : une guerre pour le pouvoir entre algériens est enclenchée alors même que le peuple n’avait pas fini de célébrer l’Indépendance chèrement acquise. D’où les premières manifestations de l’Algérie indépendante aux cris de « Sebâa Sinin Barakat », sept ans ça suffit.
Mais l’Algérie n’en a pas fini avec les violences qui vont marquer les 30 premières années après l’Indépendance :    
–               Eté 1963, manifestations à Constantine contre le chômage auxquels répond Ben Bella par des nationalisations de pâtisseries !
–               29 septembre 1963 : Hocine Aït Ahmed et d’anciens maquisards de la guerre de libération nationale de l’Algérois, de la Kabylie et du Constantinois créent le Front des Forces Socialistes (FFS) et décident d’une lutte armée contre la dictature de Ben Bella et de Boukharouba. (1)
–               19 juin 1965, manifestations à Annaba contre le coup d’Etat qui venait de se produire conduit par Boumediene, 40 morts.
–               14 décembre 1967 : Tentative de coup d’Etat du colonel Zbiri contre le colonel Boukharouba. De violents accrochages ont lieu à El Affroun. Des Migs pilotés par des soviétiques bombardent les colonnes blindées des putschistes. Près d’un millier de morts dont de très nombreux civils. (2)
–               1970-1971, grèves des étudiants qui seront réprimées par des arrestations de leaders étudiants, et la dissolution de l’UNEA. Etudiant à l’époque, je me souviens que des ordres avaient été donnés aux jeunesses du FLN d’agresser tous les étudiants isolés.
–               Juin 1974 : Affrontements entre gendarmes et population à Larbaâ Nath Irathen, suite à l’interdiction de chanteurs kabyles de se produire sur scène: 3 morts. (3)
–               20 avril 1980 : Les brigades anti-émeutes donnent l’assaut en pleine nuit à l’université et à la cité universitaire de Tizi Ouzou : Plus de 500 blessés. Vingt-quatre responsables du collectif culturel berbère sont arrêtés. Certains seront sauvagement torturés. (4)
–               9 novembre 1986 : une manifestation de lycéens à Constantine est sauvagement réprimée par les brigades anti-émeutes : 4 morts, de nombreux blessés. Près de cinquante citoyens sont arrêtés, torturés et jugés. (5)
–               Suite à ces évènements, six intellectuels de Constantine et Annaba sont enlevés par la sécurité militaire et assignés à résidence au Sahara (Bordj Omar Driss) pour « participation à mouvement insurrectionnel ». (6)
–               5 – 10 octobre 1988 : Une machination criminelle orchestrée par un clan du pouvoir et un parti stalinien semi-clandestin (PAGS) débouche sur des émeutes d’une jeunesse désemparée sur tout le territoire national. L’armée tire sur la foule: plus de 600 morts. Des centaines de jeunes citoyens seront arrêtés et affreusement torturés dans certaines casernes et commissariats. (7)
–               10 janvier 1992 : Chadli démissionne sous la pression de l’armée afin de faire annuler le deuxième tour des élections législatives qui allait consacrer la victoire du Front Islamique du Salut (FIS). Commence alors une nouvelle vraie guerre d’Algérie qui allait durer une dizaine d’années et entrainer la mort de 200.000 algériens, et la « disparition » – entendre exécutions sommaires- de 20.000 autres algériens.
–               Avril-juillet 2001 : Révolte de la jeunesse dans plusieurs régions du pays : Bejaïa, Bouira, Tizi-Ouzou, Annaba, Oum El Bouaghi, Tébessa, Boumerdés, El Tarf, Skikda, Biskra : une centaine de morts et plus d’un millier de blessés. (8)
–               1992-2004 : Salah-Eddine Sidhoum, publie dans Algeria-Watch, une chronologie des évènements en Algérie, rédigée sur la base d’informations de la presse nationale et internationale, des agences de presse, des témoignages de citoyens et de faits vécus par l’auteur. Elle retrace jour après jour la tragique guerre imposée à la population par les putschistes du 11 janvier 1992 avec son lot de morts, de blessés, de souffrances et de destructions. (9)
La Révolution éclatée dans le temps et dans l’espace !
A partir de janvier 2005, c’est-à-dire dès les débuts du deuxième mandat de Bouteflika, l’Algérie entre dans une période de guerre larvée sous forme d’émeutes populaires qui vont toucher toutes les régions d’Algérie. Deux phénomènes caractérisent ces émeutes populaires : elles sont spontanées et locales sans liaisons entre elles. Une Révolution certes, mais éclatée dans le temps et dans l’espace. Chaque jour, des routes sont coupées, des pneus sont brûlés, des pierres sont lancées contre les forces de l’ordre, les édifices et biens publics sont saccagés. Les revendications ? Ni changement de régime, ni autre revendication politique. Mais, les Algériens – qui s’estiment laissés pour compte- réclament de manière brutale l’amélioration de leurs conditions déplorables de vie : des logements, des routes, de l’eau potable, de l’électricité, de meilleurs salaires, et du travail. 
Une fois de plus, on peut relever dans Algeria Watch (10) la liste des émeutes populaires de 2005 à 2011 :
–               Année 2005: 113 émeutes populaires
–               Année 2006: 49.
–               Année 2007: 71.
–               Année 2008: 131.
–               Année 2009: 105.
–               Année 2010: 52.
En janvier 2011, l’Algérie entre de plein pied dans les soulèvements populaires du « Printemps arabe ». Janvier 2011 fut un mois d’enfer : 166 émeutes populaires en 26 jours, soit plus que les années 2009-2010 cumulées !
Dans une nouvelle prémonitoire, publiée dans le journal français « Le Monde » en décembre 2008, j’avais bien prédit des manifestations populaires spontanées en Algérie qui allaient s’étendre à tout le monde arabe (11). Et j’avais souligné que ces manifestations exprimaient le ras le bol des populations arabes, en renvoyant dos à dos aussi bien les pouvoirs en place que leurs oppositions. (12)
Le pouvoir algérien ayant usé et abusé du bâton et de la carotte (gros chèques pour donner l’illusion de régler quelques problèmes), l’Algérie ne suivra pas le printemps arabe, et se résoudra à reprendre le train-train quotidien des soulèvements spontanés et ininterrompus avec moins d’intensité :
–               85 émeutes populaires de février 2011 à décembre 2011.
–               68 émeutes en 2012.
–               Une dizaine d’émeutes populaires depuis le début de l’année 2013.
Est-ce à dire que les revendications populaires sont à bout de souffle ? Loin s’en faut, même si le pouvoir croit que grâce à l’argent du pétrole et du gaz il peut acheter la paix sociale, et se maintenir en place pour l’éternité, préparant sa progéniture a la relève. (13)
En réalité, ce qui se prépare c’est bel et bien deux prochaines guerres pour l’Algérie.
La première guerre sera politique
Tels « les petits ruisseaux qui font les grandes rivières », les émeutes populaires locales finiront par fusionner un jour ou l’autre pour se transformer en manifestation nationale appelant, voire exigeant, un changement radical de régime, vu que le pouvoir en place n’a pas la volonté de régler les problèmes de la population, se cantonnant dans le service de ses partisans, ses clients, ses protégés, ses serviteurs, et ceux qui peuvent lui être utiles pour le protéger, essentiellement les services de sécurité. La Révolution éclatée, dans le temps et dans l’espace,  qui scandait des revendications d’ordre social, finira bien par se regrouper en une nouvelle révolution nationale qui brandira comme mot d’ordre la mise à mort d’un système politique prédateur qui avait confisqué les fruits de l’Indépendance.
Ce sera une guerre impitoyable, les intérêts matériels et financiers immédiats des uns et l’avenir des autres étant en jeu. Elle sera meurtrière : le pouvoir n’hésitera pas à user et abuser des forces de répression, et de requérir l’armée et ses gros moyens pour étouffer toute contestation, y compris l’aviation et les blindés. C’est bien dans cette perspective que de grosses augmentations de salaires avaient été servies à l’armée, la gendarmerie, la police. N’ont pas bénéficié de ces largesses d’autres services de sécurité, non armés ceux-là, donc inutiles pour la défense du périmètre des maitres du pays : les douaniers (14), et les pompiers (15).
Mais le pouvoir ne se contentera pas de mobiliser uniquement les services de sécurité pour frapper les manifestants, ce serait démontrer au grand jour, et surtout à l’opinion occidentale que la dictature sévit en Algérie. Il mobilisera aussi ses partisans civils pour prouver que les manifestants sont isolés au sein de la population. Qui sont ces partisans civils et serviles prêt à se lever pour servir les maîtres qui leur accordent des largesse sans compter ? Ils seront plus nombreux qu’on ne le croit. Il y aura bien sûr les partis du pouvoir, FLN, RND, et des groupuscules dont les noms changent au gré des circonstances. Et aussi la « famille révolutionnaire » avec les moudjahidines vrais ou faux, leurs enfants et petits-enfants, les  enfants et petits enfant de Chouhadas ou de harkis. S’ajouteront toutes les organisations satellites qui mangent régulièrement au râtelier du pouvoir : UGTA (16), UNPA, UNJA, UNFA, et tutti-quanti…
Le pouvoir puisera au besoin dans ses réserves en instance d’admission dans la famille révolutionnaire : 800.000 dossiers de reconnaissance de la qualité de moudjahid (en fait de faux moudjahidine ou de vrais harkis) sont en instance au sein de l’organisation des moudjahidine (17). Voilà une force d’appoint redoutable dont se servira le pouvoir comme chair à canon: ces 800.000 « moudjahidine » potentiels risquent fort d’être armés pour défendre chèrement des privilèges qu’ils n’ont pas encore acquis, et qu’un renversement de régime risque de les en priver. Il faut se rappeler la méthode utilisée par l’armée américaine pour recruter des volontaires pour combattre en Irak parmi les sans-papiers qui vivent dans l’illégalité en Amérique : « Tu veux acquérir la citoyenneté américaine ? Va combattre en Irak, et si tu en reviens vivant, tu l’auras ! ».
De quelle idéologie se réclament tous ces défenseurs du pouvoir mafieux qui règne en Algérie ? Aucune. Ils se réfèrent tous – explicitement ou implicitement – aux avantages et privilèges que leur sert, ou leur servira le régime. Le lundi 6 mai 2013, on peut lire dans la presse que : « les députés avec l’aval de leur président auraient voté pour eux-mêmes une augmentation sous forme de primes de dix millions de centimes par mois … ». (18)
Comme la presse a publié des articles sur l’accès aux meilleurs soins à l’étranger pour la Nomenklatura, et les hôpitaux-mouroirs pour l’ensemble de la population ! (19)
Mais, le pouvoir peut mobiliser encore d’autres ressources parmi la population civile affamée depuis des décennies : moyennant promesses de logements, de travail, voire de commerces, le pouvoir n’hésitera pas à inciter les Algériens à s’affronter les uns aux autres. Des baltagias (20) algériens restent disponibles, suffit de les siffler !
En face du pouvoir et ses alliés, plutôt ses serviteurs zélés, vont s’aligner les masses populaires avec au premier rang les jeunes qui n’ont rien à perdre sinon leur vie qu’ils risquent chaque jour dans les flots de la méditerranée.
Théoriquement, les masses populaires seront plus nombreuses que les alliés du pouvoir. Normal, c’est justement ce déséquilibre dans la répartition des richesses nationales, ajouté aux injustices et répressions qui en découlent, qui constituent la cause première du soulèvement populaire. Et les autres partis politiques qui ne mangent pas dans les réfectoires du pouvoir, se joindront-ils aux masses populaires en colère ? Cela dépend de leur perception de ce mouvement de révolte.
Des parti(cules) staliniens, tels le MDS et le PLD, se méfieront des masses populaires qui n’obéissent à aucune chapelle, surtout pas celle des communistes attardés. Ces parti(cules) avaient déjà condamné le phénomène du « printemps arabe » qui avait débouché sur des victoires islamistes. En fait, ils finiront bien par se ranger du côté du pouvoir , alors même qu’ils le condamnent matin et soir. Contradiction ? Pas vraiment, ces staliniens continuent de rêver tout haut en revendiquant ouvertement le pouvoir sans se fouler la rate, avec leurs bataillons qui se chiffrent au mieux à « deux pelés et trois tondus ». Ils exigent notamment de (21) :
– « Réaliser le changement radical du système en prononçant la dissolution de toutes les institutions « élues » : Sénat, APW, APC, de tous les partis actuels, de toutes les associations et syndicats, … ».
– « Placer l’ANP sous l’autorité du CRT (c’est à dire les communistes staliniens) ».
Le parti des travailleurs (PT) de Louisa Hanoune se méfiera lui aussi des masses populaires, y voyant la main de l’étranger. Il se rangera du côté du pouvoir, ce qu’il fait constamment après avoir déversé sa bile sur ce même pouvoir pour amuser la galerie.
Les partis islamistes ? Cela dépend. Pour les partis « khobzistes » créés à la suite des mouvements de redressement orchestrés par le DRS à l’encontre des initiatives politiques de Cheikh Abdallah Djaballah, aucun doute n’est permis : ils se rangeront du côté du pouvoir qui a su les domestiquer – en fait c’est tout ce qu’ils voulaient – par des postes et avantages sonnants et trébuchants. Dès la création de ses partis successifs, Djaballah s’était heurté à l’appétit vorace de ses disciples.
Hamas ?  Depuis sa création, ce parti islamiste « soft » avait pratiqué la politique de « l’entrisme » soit disant pour s’opposer au pouvoir à l’intérieur du système. En fait, ses responsables voulaient gouter eux-aussi aux délices du pouvoir et rien d’autre, d’où ses alliances avec les partis du pouvoir FLN et RND..
Les partis laïcs ? Je vise en particulier le FFS, le plus vieux parti d’opposition qui n’a jamais contracté d’alliance avec le pouvoir, à l’inverse de son frère de palier le RCD, tous les deux chassant sur les terres amazigh. Le RCD avait commis l’irréparable en soutenant Bouteflika lors des élections présidentielles de 1999. Je me souviens d’une rencontre à cette époque, à l’aéroport d’Alger,  avec un ami d’enfance en partance pour Constantine. A ma question : « Alors, tu vas voir la famille à Constantine », il me répond franchement : « J’y vais plutôt pour faire du tamtam (N’Tabtbou) pour Bouteflika au profit du RCD ! ». En tout état de cause, l’amourette du RCD avec Bouteflika ne durera pas plus qu’une lune de miel pour un mariage de dupe. Le RCD quittera l’alliance à la suite de la répression sauvage qui avait frappé la Kabylie au mois d’avril 2001, « le printemps noir » de Kabylie précèdera de dix ans « le printemps arabe ». Mais, ce parti laissera derrière lui des plumes, dont Khalida Toumi qui avait refusé farouchement de renoncer aux « ors du Palais ». Une femme debout ? Tu parles !
Aujourd’hui, le FFS et le RCD – revenu à l’opposition – aspirent vraiment à un changement de régime, voire de république. Ils devraient en toute logique soutenir tout mouvement populaire – pacifique – qui se soulèverait dans ce sens.
Mais, cela dépendra du comportement du seul parti islamiste vraiment opposé au pouvoir sans compromission possible, et interdit pour cette raison : Le FIS, ou du moins ses militants les plus farouches, et les plus actifs, avec à leur tête un trublion par lequel tous les scandales et les excès peuvent surgir : Ali Benhadj, dont les appétits politiques l’emportent et de loin sur sa première vocation de prédicateur. Ce sera alors la catastrophe non annoncée qui sera tout bénéfice pour le pouvoir en place. Tout mouvement populaire en Algérie court le risque de voir surgir les islamistes enragés prêts à en découdre avec les forces de l’ordre. Il faut bien admettre qu’ils sont pratiquement les seuls à se mouvoir au sein de toutes les couches de la société comme un poisson (ou poison) dans l’eau.
D’où vient cet engouement des jeunes et moins jeunes pour les Islamistes ? Les Algériens, musulmans pour leur majorité, ont perdu tout espoir dans les politiques engagées depuis l’Indépendance : populisme avec Ben Bella, socialisme avec Boumediene, libéralisme débridée avec Chadli, corruption généralisée avec Bouteflika, sachant que la corruption avait été encouragée par tous les régimes précédents, en même temps que l’opportunisme, chaque régime  voulant consolider son pouvoir en laissant les rapaces s’installer à sa périphérie pour en faire usage le moment venu contre les adversaires.
De là vient l’espoir en une vie vraiment meilleure avec les Islamistes qui brandissent à bout de bras le texte sacré : Le Coran. Joignant le geste à la parole, les Islamistes avaient pénétré dans les ruelles les plus sombres des villes et villages d’Algérie, prêchant la bonne parole, et distribuant des aides aux plus démunis. Le Coran à la main utilisé comme slogan infaillible. En fait, ces Islamistes qui s’étaient lancés à corps perdu dans la bataille politique, au lieu de rester cantonné dans la champ religieux, ne sont pas moins faillibles que leurs adversaires conservateurs et laïcs : ils sont ambitieux, prétentieux, et tout aussi cupides que FLN, RND, et consorts. La preuve : les Islamistes « descendus des Djebels » suite à des tractations avec le pouvoir, dans lesquelles l’aspect financier était l’argument principale accouplé à l’amnistie accordée pour eux et leurs partenaires du DRS. Beaucoup de ces anciens islamistes armés roulent carrosse exhibant des fortunes mal acquises, en plus des générosités sonnantes et trébuchantes du pouvoir corrupteur. Ne comptez pas sur eux pour qu’ils se joignent à une révolution quelconque qui risquerait de leur faire perdre leurs acquis –mail acquis- en plus de se faire juger pour crimes contre l’humanité au côté du DRS. Ils se rangeront sans problème du côté du pouvoir, rejoignant la « famille révolutionnaire », après tout n’avaient-ils pas eux-aussi engagé une « révolution islamiste » qui avait fini par porter ses fruits – pour leurs comptes en banque ! En cas de « révolution populaire », les Islamistes alliés ou adversaires du pouvoir, partiront en ordre dispersé. Ils ne seront pas les seuls dans ce cas.
Les partis conservateurs (FLN, RND) jouent leur partition sur le registre du nationalisme en prétendant haut et fort que « c’est nous qui avons libéré le pays », y compris du reste leurs rejetons qui ne craignent pas le ridicule en se revendiquant eux aussi de la Révolution armée alors même qu’ils sont nés après l’Indépendance ! Tout est possible en Algérie dès qu’il s’agit de téter à une mamelle bien généreuse qui fait baver les Occidentaux : 200 milliards de Dollars et d’Euros bien tassés dans les banques de Paris, Genève, New York et de grandes quantités d’or de surcroit bien à l’abri dans les « casernes » de Fort Knox !
De cette mamelle généreuse pour les autres aussi (les Occidentaux essentiellement) avaient été prélevés cinq milliards de dollars mis à la disposition du Fonds monétaire international (22), lequel tout aussi généreusement  y a puisé pour prêter de l’argent à notre voisin la Tunisie (23). Ne pouvions pas nous-même prêter cet argent à nos frères tunisiens sans intérêts, et surtout sans conditions draconiennes qui mettraient le peuple tunisien à genoux ? En fait, ces largesses accordées à l’Occident résulte d’un calcul : on attend de cet Occident un soutien en cas de « printemps » ou de révolte à l’algérienne. Au mieux toute révolte pourrait être réprimée impitoyablement dans le sang sans que l’Occident n’ait à redire, surtout pas après les victoires islamistes qui avaient suivi le printemps arabe. Au pire, le pouvoir algérien et quelques-uns des privilégiés de la « famille révolutionnaire » s’exileront en Occident et partageront avec les Occidentaux le « gâteau algérien ». A chacun son motif :
–               Les Algériens exilés se présenteront comme des persécutés, chassés par des révolutionnaires sanglants, et ils auraient besoin d’une partie de la cagnotte pour organiser la résistance. Tu parles !
–               En échange, ces exilés de luxe – qui disposaient déjà de comptes bien fournis au cas où- fermeront les yeux sur ce que feront les Occidentaux de la part la plus importante du gâteau, lesquels occidentaux ne se feront pas prier pour saisir le trésor algérien, en attendant que la situation s’éclaircisse, soi-disant, en Algérie. D’ici là, beaucoup d’eau, et surtout d’argent, coulera en Occident pour rétablir quelque peu une situation de crise qui n’en finit pas de tracer ses sillons –cicatrices- sur les peuples (occidentaux)  désespérés par les politiques de leurs dirigeants.
Nous n’en sommes pas là pour l’instant, arrêtons ces projections funestes sur l’avenir des Algériens, et revenons à leur présent immédiat, en particulier pour parler du rôle des partis laïcs.
FFS et RCD, qui puisent l’essentiel de leurs forces d’une seule région d’Algérie en dépit de leurs efforts louables de s’implanter au niveau national, auront certainement des réactions différentes, et ne feront certainement pas alliance, chacun ayant sa propre perception du jeu de pouvoir.
Le FFS soutiendra à coup sur les révolutionnaires, même si le FIS pointe sa tête au-dessus du lot. Le FFS n’avait-il pas été partie prenante du contrat de Saint Egidio aux cotés des Islamistes ? La stature historique incontestable de Hocine Ait Ahmed, seul chef des neufs historiques encore en vie, pèsera d’un poids certain sur le cours des évènements, en particulier pour tenter d’empêcher tout débordement sanglant, souci que ne partageront certainement pas ni le pouvoir et ses alliés, ni les partisans fanatiques de Ali Benhadj.
Et le RCD ? Il y a un risque de voir ce parti tourner casaque, donnant le dos à « la Révolution » si celle-ci devenait armée guidée par les Islamistes. Il reviendra à ses amours illégitimes avec le pouvoir si jamais il était travaillé au corps à corps par « Hitler Number 2 » : le général de corps d’armée Mohamed Mediene, surnommé Toufik, qui tentera de créer une brèche dans les rangs des laïcs, quitte à proposer le poste de chef du gouvernement à Said Sadi, avec promesses de réformes sérieuses pour promouvoir la démocratie ! Se faisant, l’inamovible patron du DRS –telle une vieille chèvre qui ne veut pas mourir- fera plusieurs coups avec une seule pierre : ramener le  RCD dans les rangs du pouvoir, drainer à la suite des groupuscules laïcs hostiles au nom même d’Islam, et surtout diviser la Kabylie « pour mieux régner ». Dans cette opération vicieuse, « Hitler number 2 » trouvera un allié involontaire et inattendu qu’il n’aurait pas sollicité : Ferhat M’Henni et le MAK. En effet, il est à craindre que le mouvement séparatiste MAK n’en vienne à profiter de la confusion qu’engendre toute révolte populaire pour proclamer immédiatement l’autonomie de la Kabylie, pire son indépendance pure et simple, considérant que les luttes qui opposent le pouvoir aux révolutionnaires- combats arabo-islamistes selon son vocabulaire-  ne concernent en rien la Kabylie. Si cela devait arriver, la première reconnaissance internationale viendra certainement d’Israël, en attendant la France, M’Henni considérant que les ennemis du pouvoir arabo-islamistes sont ses amis. Ce dérapage entrainera la division de la Kabylie en plusieurs fractions, ce qui réjouira certainement le pouvoir, mais pas les révolutionnaires.
Partisans du FFS, partisans du RCD, partisans du MAK, partisans islamistes ou non des révolutionnaires, entreront dans la bataille en ordre dispersé dans des camps opposés.
Et les élites, en particulier les francophones et francophiles, dans ce sombre scénario, quel pourrait être leur rôle ? Nothing. Ces élites auront trop longtemps fait et refait l’Algérie et le monde dans des salons cossus une bouteille de bière à la main, totalement coupé du peuple, le « ghachi » !
La nouvelle révolution algérienne se déclenchera dans la confusion tant les intérêts des uns et des autres ne convergeront pas. Entre-temps, les Occidentaux suivront d’un regard peu inquiet les évènements, préparant des scénarios multiples pour faire face à la situation, en lorgnant sur l’Algérie « utile ». Pensez-vous que l’Algérie utile c’est le nord ? Que nenni, c’est plutôt le sud avec son gaz, son pétrole, et sa population peu nombreuse. Le nord de l’Algérie a perdu tout intérêt pour les Occidentaux : cette partie du pays densément peuplée ne produit rien d’utile, ne cherchant qu’à consommer, en exportant seulement des harragas.  N’empêche, les Occidentaux prépareront quand même un plan B, surtout dans la perspective de la chute du pouvoir, et de l’arrivée aux commandes de révolutionnaires déterminés mais désunis. Viendra alors le temps d’une seconde guerre.
La seconde guerre sera identitaire
avec risque de balkanisation de l’Algérie
Nous avons déjà dit que lors de la première guerre politique, un mouvement autonomiste, le MAK, risquerait de profiter de la situation pour se détacher de l’Algérie. Si jamais un nouveau pouvoir incluant des Islamistes remplaçait l’ancien, la rupture sera consommée, les séparatistes rejetant avec force toute idée d’alliance avec les « arabo-islamistes », révolutionnaires ou pas. Le socle identitaire qui devrait faire consensus en Algérie : Amazighité, Arabité, Islamité, sera rejeté violemment par les séparatistes qui considèrent qu’ils ont plus d’affinités avec les Bretons, les Français, voire avec les Israéliens, qu’avec les Arabes et les Musulmans perçus encore comme « envahisseurs » 14 siècles après la pénétration de l’Islam en Algérie.
Ils seront rejoints dans cette revendication identitaire par les « convertis » au protestantisme, qui avaient déserté la religion de leurs ancêtres plus pour des considérations matérielles que pour une quête spirituelle. Ainsi d’ailleurs que par les laïcs de tout bord, grands perdants de la révolution, qui retrouveront l’espoir de reconquérir les espaces perdus.
La situation risque d’empirer si Israël saisit l’occasion de ses liens avec le MAK pour porter un coup définitif à l’Algérie, affaiblissant le Maghreb dans le combat contre l’entité sioniste.
En effet, de quels moyens disposeraient les séparatistes pour fonder un état autonome ? Israël proposera ces moyens en contrepartie d’un pied à terre dans une république autonome aux portes d’Alger : une base militaire probablement. La France pourrait aussi mettre son grain de sel dans l’évolution de ses relations avec un parti autonomiste qui non seulement ne revendique pas de repentance, mais au contraire qui considère que la période coloniale est un « simple malentendu » ! Et le reste du monde occidental pourrait être tenté d’enfoncer le clou, si jamais le nouveau pouvoir d’Alger affichait une position hostile aux intérêts occidentaux en commençant par revendiquer ce qui appartient de plein droit au peuple algérien : les 200 milliards de dollars et d’euros déposés par l’ancien régime dans les coffres forts occidentaux, à commencer par les 5 milliards de dollars prêtés un peu trop vite au FMI.
Pourrait alors entrer en action le plan B concocté dans les officines occidentales profitant de la première brèche ouverte par les séparatistes. Mais ce plan B ne concernera en aucune façon le nord de l’Algérie, plutôt le sud, et la France pourrait réaliser alors ce qu’elle n’avait pu faire lorsque des hommes, des vrais, dirigeaient la révolution algérienne. La France sortira de ses cartons d’archives le premier schéma de séparation de l’Algérie avec la création en 1956 de l’Organisation commune des régions sahariennes, l’OCRS. (24)
Puis son deuxième schéma, datant de 1961 et publié dans le journal Le Figaro autant que je me souvienne (conservé aux Archives de Constantine), qui prévoyait le partage de l’Algérie en regroupant à Alger, voire Oran, tous les Européens d’Algérie avant l’indépendance.
Dans cette perspective, seront d’abord mobilisés par les Occidentaux tous les perdants et les déçus de la révolution porteuse de tous les dangers : les séparatistes, les laïcs, les démocrates déconnectés du peuple,  afin de ranimer la flamme de la Fitna, et créer une situation d’anarchie en vue de justifier le partage de l’Algérie en trois sous-régions au moins, la Kabylie du MAK, le Sahara, et le reste de l’Algérie dont on avait déjà dit qu’il n’intéresse personne hormis Israël.
Dans un article publié en février 1991 lors de la guerre du Golfe, j’avais déjà évoqué la possibilité d’une intervention des Occidentaux en Algérie :
« Point 8 : Comment aider l’Irak ?  Il ne s’agit pas seulement de sauver l’Irak de la destruction, il s’agit aussi d’empêcher que vienne notre tour sous un prétexte quelconque (affaire du Sahara occidental, ou bien « démocratie » version occidentale en péril) ». (25)
Sombre tableau que voilà ! J’exagère ? Peut-être. Mais, beaucoup de papiers ont été affichés ces derniers jours pour alerter sur la situation explosive de l’Algérie.
Jugez-en :
Algérie: sombres perspectives….
dimanche 5 mai 2013
http://www.soleilalgerie.com/2013/05/lalgerie-sur-une-poudriere.html
Sur les réseaux sociaux, les spéculations vont bon train. Des gens supposés plus introduits que d’autres sont sollicités par leurs amis du Facebook, qui viennent aux nouvelles. Et des infos s’échangent ainsi, sous le manteau de la toile, les unes plausibles, les autres moins. On brode sur n’importe quelle déclaration, jusqu’à celles tout à fait formelles, aussi stériles que si elles avaient été émises par un robot, comme ce fut le cas après la déclaration récente du médecin personnel de Bouteflika. Car c’est de ce dernier qu’il s’agit.
Une guerre des tranchées qui risque de mal finir…
Ainsi, depuis que le Président Bouteflika a été évacué sur le Val-de-Grâce, c’est panique à bord, à Alger. Même ceux qui ont vendu la mèche, et qui ont balancé l’information, sur l’état de santé du Chef de l’Etat, sujet qui relève habituellement du secret d’Etat, ne savent plus s’ils ont bien fait. Ils étaient en guéguerre  depuis quelque temps, avec le clan présidentiel, et ils ont voulu le mettre dans la gêne, en révélant aux opinions publiques que celui qui se prépare à un quatrième mandat est dans un état plus qu’alarmant, puisque certains parlent désormais de destitution, pour raisons impérieuses de santé….
Le régime ou le déluge…
A Alger, c’est panique à bord. Tout le monde craint une étincelle, qui ferait sauter toute la cambuse. Ce serait une immense catastrophe, parce que le régime a éradiqué le sens même de la politique. Il a fait en sorte que c’est lui ou le déluge. Si les Algériens descendent dans la rue, ce ne sera pas une contestation politique pacifique et organisée, mais une explosion de violence débridée. Trop de haine a été accumulée….
Attendons de voir ! Attendons que le ciel nous tombe sur la tête.
Djamel-Eddine Benchenouf.
Pour un projet présidentiel de transition vers la IIe République
http://www.elwatan.com/contributions/pour-un-projet-presidentiel-de-transition-vers-la-iie-republique-11-05-2013-213248_120.php
1-            « …dans le Sud, les pays d’Afrique et du Monde arabe se précipitent dangereusement vers le gouffre de la fragmentation et les divisions qui accentueront leur dépendance et conduiront à terme à leur «douce» recolonisation ».
2-            L’enseignement utile à retenir par tous est que seuls les Etats en accord avec leur peuple peuvent survivre, être indépendants et souverains.
3-            Si aujourd’hui il s’en tient à des revendications socio-économiques dans le souci de ne pas aggraver la crise, il sera appelé, si le statu quo perdure, à avancer des revendications politiques radicales
4-            A ce propos, il est impératif d’insister que les concepteurs du projet de changement et ses artisans doivent être les forces réelles de la société : partis politiques, associations civiles et personnalités autonomes.
5-            l’Internationale terroriste qui se donnera rendez-vous dans nos villes et montagnes, avec le gros arsenal qui lui sera généreusement cédé.


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