DzActiviste.info Publié le jeu 21 Mar 2013

Les dictatures de l’insécurité nationale

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AutrucheLes dictatures de l’insécurité nationale

Dans le choc et l’effroi… le cauchemar

Ahmed Selmane
Mercredi 20 Mars 2013
In lanation.info

 

Dix ans après l’invasion de l’Irak, l’Empire et ses relais dupliquent et adaptent le « modèle de gestion » en s’appuyant sur la plus redoutable des armes : les dictatures « républicaines ». Elles sont le pire des cauchemars des nations. Retour sur un désastre qui concerne aussi les Algériens.

Le 19 mars 2003 commençait l’opération « choc et effroi » (Shock and Awe ), la guerre de néoconservateurs américains en Irak. Dans ce pays pratiquement disloqué et de nouveau en guerre civile de basse intensité des attentats meurtriers sont venues rappeler que la démocratie importée par les missiles Cruise et les chars américains était une illusion. Trop malins, les  médias occidentaux n’occultent pas l’évènement. Ils le font sur le mode du « globalement positif ». Sur un documentaire diffusé par Arte, un poète irakien leur a apporté, malgré lui sans doute, le mot censé être final : « Sous Saddam, il y avait la sécurité, mais il n’y avait pas d’espoir. Maintenant, il n’y a pas de sécurité mais il y a de l’espoir ». Final Cut donc. Peu importe donc que l’Irak soit un pays profondément dévasté, qui est déjà, en filigrane, disloqué en trois entités, que le sectarisme très stimulé par l’occupation américaine ( et des israéliens très visibles au Kurdistan) subroge le sentiment d’appartenance nationale, que les entreprises de l’Empire font de juteuses affaires et que le pétrole est passé sous leur coupe… Oui, donc bilan « globalement positif ». Car ce que l’irakien moyen, dont l’esprit n’a été enturbanné ni dans le sectarisme, ni dans la « collaboration », considère comme un désastre absolu, était bien le but de guerre. Bien entendu, à l’ombre de l’Empire, des élites, en partie ramenées dans les soutes des avions américains, « dirigent » et s’empiffrent allégrement, mais le dangereux Irak d’aujourd’hui est loin d’être une démocratie, il s’agit tout au plus d’une régionalisation de la dictature. Et c’est un pays presque sans espoir…  C’est un pays travaillé par une guerre sectaire allumée par l’Empire et entretenue par ses relais régionaux… « L’espoir », dernier argument des partisans de l’invasion de l’Irak ne concerne que les chefs de secte qui « espèrent », en guise de partage de la dépouille, un morceau d’Irak utile et « purifié » de toute altérité…

Sykes-Picot en plus grand

Il y a des décennies que des analystes indépendants ont mis en relief le fait que la stratégie US dans la région du Moyen-Orient avaient pour objectif de redessiner les pays sur des bases ethno-religieuses dans une stratégie d’affaiblissement des Etats-Nations. Pour justifier le caractère théocratique d’Israël et en garantir la pérennité. Il ne s’agissait en définitive pour les néocolonialistes que de mettre à jour les accords Sykes-Picot. Les mises en gardes d’observateurs intègres et de militants démocratiques étaient remisées dans la case infamante des « théories du complot ». Une stigmatisation d’autant plus efficace que nos dictateurs usent du procédé jusqu’à la corde… Hans Blix, ancien chef des inspecteurs de l’Onu pour l’Irak entre fin 2002 et début 2003, esprit libre issu d’un pays libre, n’avait pas obtempéré en son temps à la formidable machine de propagande de l’Empire. Il avait refusé de mentir au nom des intérêts « supérieurs » de l’Occident et d’Israël, et il le répète dix ans plus tard, à l’âge de 82 ans : ce fut une « terrible erreur   ». Il redit, dix ans plus tard, qu’une guerre contre l’Iran au nom des « intentions » qu’auraient ses dirigeants de se doter de l’arme nucléaire serait une erreur aussi tragique que celle qui a été décidé en Irak au nom d’un mensonge. Le respectable Hans Blix parle au nom d’une vision respectueuse du droit international, d’une vision humaniste… Mais si l’on se place du coté de l’Empire, le « bilan » de la guerre en Irak, est «globalement positif ». La guerre en Irak a été une mise en application d’un modèle de gestion néo-hitlérien (cf. Totaler Krieg) qui combine suprématie militaire – le choc et l’effroi – et une formidable entreprise de conditionnement des esprits. Et dans ce modèle-là, sans cesse adaptable,  nos dictateurs et nos  dictatures, sont des éléments clés. Ils sont les « amis » qui matent leurs peuples, font les guerres par procuration pour l’Empire et ses émirs enturbannés (l’abjecte guerre de Saddam contre l’Iran) et qui, in fine, servent d’argument pour une occupation directe. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que le « modèle irakien » a été mis en application avec une certaine efficacité en Libye. La position géopolitique de ce pays n’étant pas très « sensible » et ses capacités de défense inexistantes, on a fait vite. En Syrie, les choses se passent différemment. La chute du régime syrien ne constitue pas un objectif en soi, il faut que les capacités de ce pays soient détruites de manière substantielle de manière à lui ôter toute capacité de nuisance et surtout à empêcher toute centralité possible. Désormais, la Syrie nouvelle est envisagée dans la perspective d’une série de mini-Etats qui se créeraient autour des villes… déjà en ruine. Encore une dictature, très « patriotique » qui sert parfaitement les desseins de l’Empire…  La situation en Syrie est analysable par des multiples biais. Mais le point nodal, du moins pour les populations de l’aire arabo-berbère, est bien l’extrême dangerosité des systèmes dictatoriaux pour la sécurité nationale, au sens vital et réellement stratégique du terme. En empêchant l’émergence de la citoyenneté, de la démocratie et du droit, ces systèmes, très verbeusement patriotes, sont d’une faiblesse absolue sur la scène internationale. Le choix est d’une terrible simplicité, ils peuvent réprimer leurs populations tant qu’ils sont des vassaux. Et pour être agréé, il faut sans cesse faire assaut de vassalité et apporter constamment les preuves de l’allégeance…

La plus redoutable des armes de l’Empire

C’est cette terrifiante préparation au pire, par l’existence même de nos dictatures, qui constitue la plus redoutable des armes de l’Empire. Notre choc et notre effroi à venir. L’Irak ne se conjugue pas au passé. Il se conjugue encore au présent et tend à devenir pluriel. En Syrie d’abord. Et potentiellement dans d’autres pays, y compris l’Algérie, dont il faudra tôt ou tard extirper définitivement le caractère rétif à la domination. Cela n’arrive pas qu’aux autres et ceux qui voyaient la Yougoslavie de Tito comme exception à la règle se sont réveillés avec un Soudan divisé en attendant mieux. Des Etats peuvent disparaitre alors que ceux qui en sont les tristes vitrines font beaucoup de bruit. « Saddam l’ami devenu  Saddam l’ennemi » en a été l’illustration. La dictature c’est bel et bien l’insécurité nationale. Les dernières affaires de corruption impliquant de hauts responsables algériens dans des affaires de pots-de-vin révélés par la presse italienne font des vagues en Algérie et suscitent un grand embarras. Pourtant, il n’y a pas que l’aspect moral – qui compte énormément -, il y a également une dimension de sécurité nationale que pose la gestion, hors de tout contrôle, des ressources du pays.

Cauchemar

Quand des dirigeants très haut-placés se retrouvent, par immoralité et manque de vertu – le mot parait bien désuet en ces temps de « frappes-ton-coup » – avec des casseroles très lourdes chez les Etats étrangers et leurs services, quelle politique « nationale » peuvent-ils bien faire ? En décembre 2011, Ghazi Hidouci  faisait un sombre constat. « « Nous sommes au milieu du gouffre. L’Algérie est entièrement visée par les pays de l’OTAN, on lui demande des comptes, on contrôle sa police directement, on lui demande de prouver qu’elle lutte contre le terrorisme, on lui demande de se prononcer dans un sens ou un autre, en Libye, en Syrie… Demain, on le lui demandera pour l’Iran, et Israël… Nous avons un pouvoir qui a disparu, … on voit la disparition de l’Etat… Si vous êtes visés par l’OTAN et que vous n’avez pas d’Etat, c’est une hypothèse de cauchemar que nous vivons… ». Depuis 2011 – et alors que la propagande du régime a tenté de faire des chômeurs qui protestent pacifiquement une source de danger pour l’unité de la nation -, les événements se succèdent dans l’environnement immédiat de l’Algérie. L’opinion apprend les méthodes incroyables, plus viles encore que celles de républiques bananières, dont on gère l’octroi des grands contrats avec ce que cela permet comme constitution de « fiches » à l’extérieur. Un pays mis à l’encan par des maquignons incultes et sans honneur. Un pays dont l’unité nationale est proclamée avec force par ceux-là mêmes que la misérable propagande officielle présente comme des séditieux. La chute est verticale alors que le régime s’installe dans une morbide immobilité… Et c’est cela qui fait que le cauchemar n’est pas un simple scénario. Le choc et l’effroi ? On y est déjà.


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