DzActiviste.info Publié le ven 16 Mai 2014

Les élites algériennes ont le devoir de libérer leur peuple (source Algérie Patriotique)

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Pris dans son propre piège, celui de ne pouvoir réformer de sa propre volonté le système auquel il doit son existence, pour avoir accumulé autant de passifs contre la société et principalement la dilapidation des richesses nationales sans contrepartie sur le développement national, le pouvoir algérien se trouve acculé à recourir systématiquement au coup de force pour perpétuer le statu quo qui lui garantit impunité et perpétuation de ses privilèges. Cette impasse met en demeure les élites dans un état d’impuissance généralisée à pouvoir s’organiser en «contre-pouvoir» pour venir à bout de la crise nationale qui découle de cette situation et qui immobilise dangereusement la nation tout entière. Depuis toujours, ce pouvoir a su s’adapter, à chaque fois, à toutes les conjonctures dont il a été amené à faire face, par le truchement d’une stratégie de circonstance appropriée. La dernière en date est celle qui correspond au coup de force en cours, qui est soutenu par une rhétorique démagogique, celle d’un «Etat transitionnel», par un leurre affiché d’un transfert du pouvoir d’un Etat autoritaire, qui est pris en otage par l’armée et les forces de sécurité, à un Etat civil souverain. Dont la sollicitation des partis politiques de l’opposition, des personnalités publiques et de la société civile à participer au gouvernement et aux réformes institutionnelles, laisse transparaître son arrière-pensée de récupération des forces politiques susceptibles de constituer un contre-pouvoir, qui viendrait mettre à mal sa stratégie de reconduction du statu quo, par leur clientélisation. Après l’épuisement du truchement de la démocratie de façade, le voilà à présent à vouloir vendre à l’opinion au prix d’un marché de dupes l’«Etat transitionnel» de façade. Notons que parmi les réformes institutionnelles que le pouvoir projette de conduire, il est question de l’indépendance de la justice, de la restructuration des services de sécurité et la révision constitutionnelle. Rien que des déclarations d’intention sous forme d’effets d’annonce n’ayant pour seul et unique objectif que la simulation du changement pour tromper l’opinion. Car l’indépendance de la justice est un acquis déjà consacré par la Constitution, alors que son problème réside dans la mise en pratique de ses prérogatives, qui sont neutralisées par le caractère prédateur du pouvoir lui-même qui la prive d’une réelle indépendance. Concernant la restructuration des services de sécurité, il y va de même. Il suffit tout simplement à ces institutions de respecter leurs propres prérogatives et de ne point transgresser le domaine de leurs missions constitutionnelles, à savoir l’annulation de leur rôle de police politique. Quant à la révision de la Constitution, dont la rumeur laisse entendre qu’il est prévu une limitation du nombre de mandats présidentiels à deux seulement et l’institution d’un vice-président, cela ne pourra que servir la reconduction du statu quo pour dix années encore et faire gagner un temps précieux au pouvoir, tout en permettant au président A. Bouteflika de continuer à assumer sa fonction et surmonter ainsi le problème de sa maladie. Face à ce leurre d’«Etat transitionnel», qui n’aura pour effet en fin de compte que d’aggraver la crise nationale qui immobilise déjà dangereusement la nation, il appartient aux élites de revenir de leur dispersion et de leur démission, et de relever le défi d’affronter cette crise et d’accompagner une véritable transition démocratique. Car ce n’est pas par des réajustements structurels, trompeurs et intéressés, d’un système de pouvoir despotique, autoritaire et défaillant, qu’on pourrait venir à bout de cette crise. L’Algérie aujourd’hui est confrontée à une crise multidimensionnelle dont elle n’est pas prête à s’en sortir à moindres frais. Il y a d’abord la crise de légitimité du pouvoir, il y a ensuite la crise d’émergence d’un contre-pouvoir et il y a par ailleurs une crise sociétale profonde qui sert de carburant aux deux autres crises, qui fait que les trois formes de cette crise sont interdépendantes et donc étroitement imbriquées entre elles. Cette crise multidimensionnelle est un indicateur d’impasse générale qui caractérise l’état dans lequel se trouve ankylosée aujourd’hui l’Algérie. Concernant la crise de légitimité, celle-ci est apparue au tournant même de l’émancipation de la société algérienne de l’emprise coloniale à travers le système de pouvoir qui a émergé à ce moment-là et qui s’est imposé à la société par la force des armes. Il s’est ensuite perpétué dans sa forme despotique par son caractère autoritaire et répressif sans jamais vouloir restituer la souveraineté législatrice au peuple. Usant et abusant de toutes sortes de contraintes, allant de la violence politique à la fraude massive qui a toujours prévalu dans les scrutins qu’a connus le pays. Quant à la crise d’émergence d’un contre-pouvoir, elle se caractérise par une situation de dépendance, qui fait qu’elle se trouve alimentée simultanément par les deux autres crises. D’une part, l’interventionnisme du pouvoir qui empêche un contre-pouvoir de prendre corps par ses différentes stratégies de divisions, de manipulations, voire de la clientélisation de ses potentiels acteurs et à la limite par leur répression. D’autre part, les contradictions inconciliables entre les différents courants idéologiques qui traversent la société entre conservateurs et modernistes, dont les projets de société qu’ils véhiculent sont aux antipodes les uns des autres, demeurent inéluctablement une source de dispersion des acteurs potentiels susceptibles de contribuer à l’émergence d’un véritable contre-pouvoir. C’est ce que l’on observe aujourd’hui sur le terrain de la scène politique opposée au système de pouvoir dominant. Il y a, d’une part, la Coordination pour les libertés et la transition démocratique (CLTD), à dominante islamiste, qui au plus négocieraient un partage du pouvoir, même si le RCD, parti laïc et fédéraliste, en fait partie, certainement par calcul de se replier en perspective en autarcie dans son fief kabyle pour mettre en pratique son idéologie fédéraliste. Le FFS faisant bande à part et attendant passivement loin de la mêlée pour négocier à son tour sa part du pouvoir au moment opportun. Les partis démocrates modernistes complètement absents de l’espace public trouvent impertinent de s’associer à des islamistes qui n’augurent rien de concret en matière de démocratie. La société civile tente de s’organiser à son tour indépendamment des autres organisations politiques. Celle-ci est principalement représentée par la LADDH, le Snapap, le Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC), le Syndicat national autonome des étudiants (SNAE), le Syndicat des enseignants du supérieur (SESS), le Syndicat autonome des travailleurs de la formation (Satef), auxquels il faut rajouter des mouvements autonomes, tel que le mouvement Barakat et le mouvement Rafd, ainsi que beaucoup d’autres organisations citoyennes. A côté de ceux-là s’est constitué un groupe d’intellectuels à Alger dont l’objectif se situe loin des préoccupations de la transition démocratique, se contentant selon eux d’agir au niveau des vulnérabilités locales de la population. En dernier lieu vient la crise sociétale, qui constitue le terreau d’alimentation des deux autres crises, par la division de la société en groupes multiethniques et multiculturels divers, qui empêchent le corps du peuple de s’affirmer souverainement dans l’unité et les partis politiques de l’opposition de se constituer en contre-pouvoir, du fait qu’ils sont eux-mêmes issus de ce peuple. Auquel il faut ajouter l’aliénation du peuple, dans sa majorité, dans des structures mentales patriarcales et dans l’imaginaire mythologique religieux, aggravés par une volonté délibérée de la part du pouvoir à accentuer sa dépolitisation, qui empêchent à leur tour l’émergence d’une conscience citoyenne avec tout ce que ce terme représente en matière de libertés fondamentales et de droits de l’Homme. Dans ce cas, la crise sociétale se traduit pour ses sujets par un état de conscience prépolitique, qui viendrait alimenter aussi bien la crise nationale et d’empêcher l’émergence d’un véritable contre-pouvoir représentatif pour une refondation d’un État républicain souverain. Devant cette impasse générale, quelles perspectives pour un Etat civil sous un régime véritablement démocratique en Algérie ? Incontestablement, la réponse se trouve dans la compréhension et dans l’action pragmatique sur ces trois principaux aspects de la crise. C’est ce que doit tenter de faire un leadership composé des élites issues de cette dispersion des forces du changement et le retour des autres de leur démission, soutenu par le peuple, à travers une initiative de changement pacifique du système de pouvoir, pour le rétablissement de la justice sociale, les libertés fondamentales et la souveraineté populaire, en réalisant la transition démocratique par le transfert du pouvoir de l’autorité militaire aux civils. Cette initiative de changement pacifique doit être une solution interne à la société qui doit rejeter à la fois le statu quo et l’aventurisme qui menacerait la souveraineté nationale. Etant donné que le noyau de la crise réside dans le problème de la légitimité du pouvoir et que celui-ci est exercé abusivement par l’institution militaire, il convient au préalable de dépolitiser son hiérarchie, pour pouvoir ensuite envisager le transfert du pouvoir aux civils. Car l’institution militaire se présente comme une force prétorienne au service de ses chefs, qui font et défont les pouvoirs pour la seule motivation du maintien de leur hégémonie politique sur la société. Elle se place donc au-dessus des institutions civiles et occupe des fonctions différentes de celles de défense nationale contre la volonté populaire. Elle joue de manière permanente le rôle de parti politique de substitution, par le truchement du FLN, du RND ou de tout autre parti politique qui participe à la démocratie de façade en affaiblissant les capacités politiques des autres partis d’opposition. Elle a étendu son rôle professionnel de la défense nationale à l’ordre intérieur en contrôlant l'Etat et en maintenant l'ordre dans la société. Cette expansion de rôle a empêché le développement d'institutions autonomes et l’émergence d’un pouvoir civil. Dans ces conditions, le principal défi qui se pose à ce leadership pour ébranler un véritable processus de transition démocratique est d’arriver au contrôle de l’armée par des civils, pour permettre à la société de s’organiser et d’élire librement ses représentants. Or, l’intrusion de civils dans les affaires internes de l’institution militaire est perçue comme une ingérence étrangère à son corps constitué. L’image que se fait l’armée d’elle-même est de se considérer comme intouchable et comme le seul représentant légitime de la révolution de Novembre, en s’autoproclamant en tant que «famille révolutionnaire», dont l’image est profondément enracinée dans l’histoire nationale et les traditions militaires. Quelle stratégie adopter donc pour vaincre la résistance des militaires à se soumettre au commandement d’un gouvernement civil démocratique ? La stratégie de transition démocratique que doit adopter ce leadership doit reposer effectivement sur un plan de transition démocratique, appliqué lui-même à l’armée, dont le succès d’une telle initiative dépend de nombreux facteurs. Le facteur inconditionnel pouvant rendre cette transition démocratique possible est la mobilisation des forces du changement autour d’un projet de démocratisation, dont le consensus et la cohérence interne doivent être sans failles pour pouvoir vaincre la résistance de l'armée. Car l’existence d’une forte coalition politique très structurée et ancrée profondément dans la société n’est pas sans influencer la résistance de l’armée à se soumettre à la réforme que cette dernière lui imposerait. C’est par la mobilisation du peuple que ce leadership représentatif de la volonté populaire pour le changement doit pouvoir s’imposer aux militaires. Car la volonté de cette initiative est celle d’un peuple uni autour d’un leadership, qui ne laisserait aucune place aux infiltrations et à la manipulation de la part du pouvoir. Dès lors que cette première étape aura été accomplie, la réticence de l’armée sera vaincue principalement par la perception de compétence du leadership de la coalition civile dans des tâches essentielles. Cette compétence est exprimée dans des facteurs comme la vision en profondeur du développement de la société et son arrimage à la contemporanéité du monde, la stratégie pour la réaliser, les opérations et les tâches spécifiques à accomplir, y compris pour ce qui relève de la qualité d’un plan de réforme militaire pour la réalisation du changement dans l'armée par l’amélioration de son cadre professionnel et de la revalorisation du statut de son personnel. Car pour les militaires, il n’y a rien de plus important pour le rétablissement de leur dignité institutionnelle que la professionnalisation militaire. La démocratisation de l'armée ne peut être effectuée efficacement que s'il y a un contrôle politique clair et ferme par le pouvoir civil. Ce contrôle politique implique la démobilisation de l'armée et la restauration de l'autorité de civils au pouvoir. Dans ce cas, la coalition de démocratisation devrait montrer aux militaires les effets positifs des politiques de démobilisation et les effets négatifs des rôles et fonctions non professionnelles (sécurité intérieure et police politique). La redéfinition institutionnelle de l'armée comme un atout national dépendra de cette démobilisation. La réussite de redéfinition du rôle et la capacité du leader politique à maîtriser efficacement la résistance militaire, par la professionnalisation de l'armée, signifie la dépolitisation de leur chaîne de commandement et la réorientation de leur mandat de l'ordre interne à la défense nationale exclusive. Pour achever la transition démocratique, le nouveau pouvoir civil doit introduire un changement constitutionnel quant au contrôle politique présidentiel de l'armée, en lui octroyant la capacité de nommer le haut commandement dans chacune des forces et de pouvoir forcer la démission de ses membres hostiles au changement, en les remplaçant par des cadres loyaux. Mais ce contrôle politique serait inefficace s'il n’est pas complété par une direction forte pour la professionnalisation de l’armée, fournie par l'autorité civile. Pour cela, le plan de transition démocratique que doit élaborer ce leadership doit se fonder principalement sur la restructuration du noyau sur lequel repose le système de pouvoir militaire. De l’ouverture du débat entre ce leadership avec les cadres de l’armée disposés au changement autour de ces deux facteurs cruciaux, qui sont la professionnalisation de l’institution militaire et la constitution d’un pouvoir civil porteur d’un projet de développement intégré de la société, dépendra la réussite de la transition démocratique et le transfert du pouvoir des militaires aux civils. Si par malheur une telle initiative tarde à se concrétiser, tous ceux qui étaient susceptibles d’apporter une pierre à l’édifice et qui n’auraient rien entrepris, pour des raisons partisanes, idéologiques, par calculs égoïstes, ou tout simplement par pessimisme, résignation ou démission, seront comptables devant l’histoire et devant la mémoire collective pour avoir failli à leur devoir patriotique, en abandonnant la nation à sa perte et le peuple à ses souffrances et ses misères.


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