DzActiviste.info Publié le lun 27 Août 2012

Les Hama Loulou, qui se rappelle ?

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Djaffar Benmesbah via sa page sur Facebook.

Le chef de l’appareil du parti unique Mohamed Cherif Messaadia parlait d’unité dans la pensée ! La police algérienne délaissait la charge que lui assignait le principe même de son existence pour adopter celle d’une armée d’occupation. Tragi-comique manière dont le nouveau pouvoir de Chadli usait pour rectifier les erreurs du pouvoir de Boumediene qui l’avait précédé. Le spectre d’un Etat policier apparaissait au grand jour au même temps que la misère et les injustices innommables. Les bidonvilles sortaient de terre et les compulsives campagnes policières s’intensifiaient.

Puis, dans Alger, il eut l’apparition des « Hamma Loulou », un nouveau corps dans la police composé d’éléments analphabètes recrutés des régions déshéritées. Les algérois les avaient surnommés ainsi, « Hamma » du nom du quartier d’Alger où ils étaient cantonnés et « Loulou » du nom du commissaire qui en était le commandant. Ils étaient jeunes et frustrés, bourrés de complexes et humiliés par leurs conditions sociales. Les hauts cadres de la police en avaient fait des rogues sans aucune pitié, manufacturés pour brutaliser tout le monde. Personne n’y échappait, ils bousculaient les vieilles et brutalisaient les vieillards. Ceinturons serrés et rangers cirés, provoquant l’inquiétude, ils malmenaient d’abord à coups de matraque avant de demander les pièces d’identité. Ils n’avaient aucune notion du droit ni de civisme. Pas de respect aucune indulgence. Il suffisait qu’un homme traverse la rue en dehors du passage clouté pour qu’ils se mettent à cinq à le tabasser. Quelques fois, parce qu’un regard s’est hasardé dans leur direction, ou bien un nez ne leur plaisait pas. Ils n’avaient d’égards que pour leur collègues policiers, les magistrats et les officiers militaires, les autres, tous les autres, étaient des indociles à discipliner. Telles étaient leurs instructions. Souvent, ils se donnaient à des jeux dégradants et humiliants, ils ordonnaient aux jeunes de se tenir un bon moment sur une seul jambe ou les obligeaient à garder les mains levées dix à quinze minutes. Le jeune, à l’allure peu remarquable était foutu, il lui demandaient de ramasser des trottoirs les mégots épars et à les jeter dans la bouche d’égout. Déçus de n’avoir rien à lui reprocher, il lui remettait sa carte d’identité à la manière d’une gifle Se tenir au balcon de son appartement était interdit et les ballades en couples les outrageaient. Ils interpellaient les gens pour le plaisir pervers de les voir se morfondre en excuses. Quand ils débarquaient dans le quartier, le silence se faisait automatiquement; il ne fallait surtout pas les regarder dans les yeux, ce qui justifiait les avalanches d’injures.

Ils avaient le génie d’innover dans l’insulte. Leurs provocations n’avaient pas de limites  » Nique ta mère ! Ça ne te plaît pas que je te demande ce que tu fais ici à 10h du soir ? »,  » Si ta mère n’est pas une prostituée, tu serais chez toi « ,  » La nuit, il n’y a que des prostituées et des bâtards dans la rue ».

Dans les commissariats se jouaient la bestialité, le sadisme et la torture. Le gouvernement avait décidé d’éduquer la société à sa façon. l’individu était ignoré, méprisé, spolié de sa citoyenneté. La moindre faute pouvait envoyer son auteur sous la matraque à la dure récolte de l’alfa dans les hauts plateaux. Une personne était en faute, si, objet d’un contrôle, elle n’était pas en mesure de prouver son identité sur-le-champ. La faute, pouvait être aussi une parole incomprise à l’adresse d’un policier qui eut à la juger déplacée.
Et il eut Octobre.


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