DzActiviste.info Publié le jeu 30 Jan 2014

Les indignés

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LA DIGNITE HUMAINE, essai de Abdennour Ali-Yahia, Inas Editions, 289 pages, 500 dinars, Alger 2007

Il a récemment été classé par un site d'informations électronique algérien comme la personnalité 2013 la plus influente en Algérie. Quoi d'étonnant ? Bien sûr, on peut ne pas être d'accord avec bien de ses positions politiques lors de moments très fortement dramatiques du pays, et avec bien de ses analyses, trop tranchées, mais cela n'exclut en rien qu'il représente pour beaucoup d'Algériens, et en particulier pour les intellectuels (en dehors de leurs réunions militantes), le symbole de l'engagement, peut-être «entêté» (comme chez tout berbère qui se respecte !) mais bel et bien exemplaire.

Le livre passe en revue à peu près toutes les questions politiques, économiques et sociales, et tous les moments forts des années 90 à nos jours. En n'hésitant pas à dénoncer les comportements «infidèles» ou hypocrites de certains. Avec, toujours, au centre de la problématique, l'homme, l'être humain, le citoyen et ses droits. Face à un «pouvoir» assez diabolisé et avec des opposants presque «angelisés». Il est vrai que la la dignité humaine (avec le respect des droits de l'homme au centre) ne se saucissonne pas. A prendre ou à laisser. Et, c'est son respect ou son irrespect qui conditionne le devenir d'une nation.

Avis : Un livre résolument engagé qu'il faut absolument lire pour bien saisir le combat pour les droits de l'homme et pour mieux comprendre celui de ceux qui les défendent. Une faille cependant : la rapidité avec laquelle la question de l' «islamisme» (terroriste) est expédiée en une toute petite page.

Extraits : «Il est humain de se tromper, mais il est diabolique de persévérer» (p 6) «Les droits de l'homme ne sont pas un wagon, mais une locomotive de la démocratie» ( p 10) «Le plus difficile n'est pas d'adhérer à un parti, mais d'y rester» ( p 31) «En Algérie, les trois qualités du président sont : arriver au pouvoir, l'exercer et surtout le conserver» (p 175) «La devise de la révolution par le peuple et pour le peuple a laissé place à une autre, sans le peuple et contre le peuple»( p 242)

LA DECENNIE DE LA DERNIERE CHANCE Emergence ou déchéance de l'économie algérienne ?

Essai de Abdelhak Lamiri, Chihab Edition, 287 pages, Alger 2013

Le titre est, à lui tout seul, toute une thèse… ce qui nous amène à aller directement, avant même de commencer par l'introduction, à la conclusion. «Le scénario de la déchénace est fort probable si des mesures salutaires et radicales ne voient pas le jour dans les toutes prochaines années. Tout le monde y perdrait», même les membres de la nomenklatura dont les fortunes amassées à l'étranger seront de peu de secours. Chih fihoum ! Voilà qui diminuera de la future affliction populaire. Les petites gens ne seront pas les seules à payer les «pots cassés» par leurs dirigeants. Toujours ça de gagné !

Retour au cœur du livre : l'auteur ne se contente pas d'exposer , comme il le fait d'ailleurs depuis des années, sa vision des choses… vision qu'il livre de manière régulière par le biais de chroniques de presse… et de l'Ecole de management (privée) qu'il dirige. Situation. Analyse et diagnostic. Propositions: Exposé des schémas conceptuels. Histoire économique du pays («loin des clichés sentimentaux auxquels nous avons eu souvent droit»)… avec un «oubli» étonnant, celui de la période 79-88. Et… on n'y coupe pas, et c'est tant mieux pour avoir un véritable manuel de gouvernance («un terme creux» qui n'est autre que la qualité des institutions ) globale … des recommandations «pour éviter la déchéance et aller vers l'émergence et le développement». Et, cerise sur le gâteau, l'auteur ne se faisant pas beaucoup d'illusions,… pour ceux parmi les décideurs qui ne veulent pas (ou ne savent pas ) lire, un dernier chapitre qui résume l'ensemble, résumant les scénarii possibles.

Avis : Un livre très utile et se lit facilement. Ouvrage de terrain et d'action. Clair, net, précis ! Pour un thème aussi complexe ! Un bon manager de l'écriture. Assez pessimiste, bien que se disant alarmo-optimiste. De plus, le livre vient (un peu) en retard, tant les dégâts sont importants et les retards cumulés irratrapables… dans les conditions actuelles. Le livre aurait gagné en attractivité avec un titre plus court et plus accrocheur

Extraits : «Les débâcles d'un pays sont rarement le fruit du hasard. Elles s'expliquent souvent par des soubassements historiques et culturels. En dépit de quelques améliorations, les mêmes réflexes perdurent. La matrice culturelle de l'intuition et de l'assistanat est omniprésente»( p 11) «Une personne intuitive prend ses idées pour des réalités» ( p 12) «Lorsque les intuitions des dirigeants deviennent la principale source d'inspiration des politiques économiques, le désastre n'est pas loin» (p14) «L'économie s'habitue à l'irrationalité» ( p 23) «On sait désormais comment construire une architecture propice à l'explosion du management. Cependant, on ne sait pas comment dénouer les problèmes politiques qui bloquent le processus» (p 31) «Si un pays était peuplé d'anges, n'importe quelle économie fonctionerait efficacement» ( p 39).

L'UNITE ECONOMIQUE DU MAGHREB EST-ELLE POSSIBLE ?

Aux origines de l'unité maghrébine. Essai de Belaid Abdesselam, Dar Khettab. 263 pages, 750 dinars, Alger 2013

D'emblée, l'auteur annonce la couleur. Il paraît que le thème de l'unité maghrébine «demeure un sujet qui semble intéresser notre opinion nationale». Vrai ? Faux ? En tout cas, lui n'y croit pas, ou plutôt plus. Et, cela ne date pas d'aujourd'hui. Il remonte le temps et démonte la «volonté» clamée, affichée des uns et des autres. Il montre que l'Algérie sur ce plan ne doit rien et ne doit pas se sentir obligée d'y aller les «yeux fermés». A partir de l'hypothèse ( ?) suivante : «On parle volontiers, aujourd'hui, des concours et des appuis dont la révolution algérienne avait bénéficié de la part de la Tunisie et du Maroc, devenus indépendants, comme d'une dette dont l'Algérie serait redevable. Si dette il y a, l'Algérie l'avait payée à l'avance.»

Le reste de l'argumentaire coule de source et la thèse développée est claire, nette et franchement écrite.Ce ne sont – depuis toujours – que coups fourrés ou tordus, manigances et conjurations (entre autres de la part de Bourguiba et de Hassan II) contre la souveraineté nationale ou contre les projets, surtout les plus révolutionnaires (dont ceux industriels…) ou contre les prises de position politiques (frontières, Sahara occidental..) qui n'arrangeaient ni les voisins, tous les voisins, à l'exception peut-être de la Mauritanie et les pays du Sahel, ni l'ancien pays colonisateur, toujours à l'affût…

Pour lui, avant toute chose, il faut d'abord se poser certaines questions comme au temps de la guerre de libération nationale… et juste après quand «la chanson de l'unité maghrébine prenait bien les intonations d'une antienne néocolonialiste» : Le Maghreb, pourquoi faire ? Quel Maghreb édifier ?

De la méfiance ? non. De la prudence excessive, peut-être. Du doute sur la bonne volonté des autres ? certainement. C'est dans la nature du bonhomme. Et, il n'a peut-être pas tort.

Il y a aussi des regrets, comme la décision prise par H. Boumediène, après Amgala I, en janvier 1976, «d'expulser » les ressortissants marocains établis en Algérie, parfois depuis longtemps». Une «décision fâcheuse» !

Avis : Pédagogique, loin de la construction habituelle du discours politique bien que texte politisé. On aime ou on n'aime pas… l'auteur. Il faut cependant le lire pour (re-)découvrir beaucoup plus le personnage que le problème. Il écrit beaucoup plus pour lui-même, et c'est bien. Mais, il nous apprend énormément de choses… jusqu'içi oubliées ou évitées ou tronquées. Pas mal de révélations (comme la proposition de Boumediène faite, le 12 mai 1973 à Bourguiba d'unir les deux pays, l'Algérie et la Tunisie ; comme la recommandation de l'auteur, non acceptée, par H. Boumediène, de demander également que le territoire sahraoui fût rattaché à l'Algérie ; comme… 😉 … qui permettront de savoir (en lisant parfois entre les lignes) le pourquoi du comment.

Extraits : «L'avènement de l'indépendance en Algérie était loin de se limiter aux cérémonies protocolaires du transfert des compétences des autorités d'hier aux autorités nouvelles. C'était vraiment l'atmosphère d'une prise de pouvoir révolutionnaire, la vision d'un monde qui s'écroule et d'un monde qui émerge du néant et de la lutte» (pp 64-65), «Il n'y a rien de plus dangereux et de plus nocif pour la politique d'un pays et même pour sa sécurité que la présence, au sein de ses sphères dirigeantes, d'hommes que leur vanité ou leur cupidité conduisent à vouloir paraître, vis-à-vis de l'extérieur et, surtout, de leurs interlocuteurs étrangers, de leurs connaissances parmi les milieux étrangers ou de leurs associés étrangers, qu'ils ont de l'influence dans leur pays»(p 100) «En matière diplomatique, la sagesse ne consiste pas, du moins pas toujours, à jouer les sages» (p151).


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