DzActiviste.info Publié le jeu 20 Mar 2014

Les jeunes donneront un jour prochain un coup de grâce au système

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Bien qu’avec des "si" on n’attrape pas la rose des tresses blondes mais on pourrait imaginer un instant que si Bouteflika avait tenu sa promesse de Sétif et s’était retiré du pouvoir que se serait-il passé ? Quel aurait été le scénario le plus probable ?

Si l’on se base sur les arguments avancés par les partisans de la continuité «Bouteflika même malade, est la seule personnalité qui rassemble car la scène politique algérienne divise et cela fait peur aux seniors.» Les circonstances particulières aux frontières : Mali, Libye exigent un charisme et Bouteflika l’a. Avec de telles hypothèses et en cas de défection, on aurait propulsé quelqu’un du sérail pour perpétuer le système sans que les forces vives ne se rendent compte et on aurait pris avec lui encore deux ou trois mandats. Mais à quelque chose, malheur est bon, ce quatrième mandat devait crée un déclic aussi bien chez les jeunes que des intellectuels pour réorienter les contestations non pas sur la personne mais sur tout le système. Les analyses des comportements des uns et des autres montrent qu’il ne s’agit pas d’un quatrième mandat en valeur absolue qui est contesté mais le fait qu’après plus d’un demi siècle de pouvoir, le système présente au monde un homme malade et venir créer tout haut « voilà ce qu’il reste de l’Algérie indépendante » Il faut préciser par ailleurs qu’en dépit de l’appel en renfort d’anciens du parti unique et ses excroissances, des avertissements envoyés à certains généraux en poste ou dans leur retraite, appuyer Bouteflika dans les circonstances actuelles et au-delà de la personne, n’est pas du tout un signe de puissance envoyé par le système. Bien au contraire le monde a détecté une défaillance grave de son impuissance de présenter une alternative et surtout une relève de reproduction. Le système Algérien est à bout de souffle et ne recherche plus un compromis politique des différents acteurs de la société mais se compromet face à des clans souvent dirigés par l’argent sale. Les plus honnêtes parmi eux demandent l’euthanasie de ce système pour passer le flambeau aux jeunes générations. Donc même si ce mouvement de jeunes soit infiltré et il est très fort probable qu’il le soit, la DRS ne l’éclatera pas : Il ne gêne en rien la mise en œuvre de sa stratégie. D’ailleurs leurs derniers rassemblements ne sont pas réprimés malgré leurs slogans hostiles au pouvoir. Comment justement est formée cette génération si déterminée avec des contestations différentes de celles qu’a connu l’Algérie par le passé ? Quelles sont ses caractéristiques ? Quels outils utilise t-elle ? Les conditions économiques actuelles et perspectives favorisent –elles son émergence ? Enfin, est-elle en phase avec les prédispositions démographique et anthropologiques de la société Algérienne ?

1- La genèse de la protesta des jeunes Algériens

Ceux qui continuent de penser que l'Algérie a passé son printemps arabe en octobre 88 se leurrent lourdement. La crise de l'été 77, celle d'octobre 88 et les émeutes de janvier 2011 et bien d'autres qui n'étaient pas ostentatoires, ne sont en fait que des purges pour permettre au système de surmonter ses contradictions et retrouver son équilibre. A chaque fois que l'exécutif tente de mettre de l'ordre dans la gestion du pays pour plus de transparence, le système lui crée un soulèvement ou lance des rumeurs pour le dissuader et ainsi de suite. Il y a réussi à chaque fois. La rentrée 2012/2013 par exemple a été selon toute vraisemblance réservée à l'éradication du marché informel de toutes les villes et villages en Algérie. Une telle opération de grande envergure touche directement les intérêts des barons de l'import/export qui utilisent ce circuit pour écouler leurs marchandises. Tous les analystes s’attendaient un début janvier 2013 très chaud mais ils ont été déçus. Pourquoi ? Deux phénomènes nouveaux viennent perturber cette ligne de conduite sur laquelle le pouvoir et la maffia politico- financière basent leur analyse : la crise économique mondiale de 2008 et le printemps dans certains pays arabes. L’algérien qui a montré depuis près de trois décennies qu’il était capable de se transformer en entrepreneur créateur dès qu’il quitte son pays, cette crise ne lui permet plus de réaliser ses ambitions dans des conditions convenables. L’humiliation dans ces pays en crise a atteint des niveaux inacceptables. L’étranger n’est désormais plus un refuge pour les Algériens. Ils décident de prendre leur destinée en main et dans leur propre pays. La Tunisie et l’Egypte leur ont servi de leçons qu’ils ne sont pas prêts d’oublier. Comment se fait-il que leurs aînés d’octobre 88 et qui étaient les pionniers à réclamer une ouverture démocratique se retrouvent aujourd’hui derrière la jeunesse Tunisienne et Egyptienne ? Rappelons que la Tunisie vient de ficeler sa constitution et aussi paradoxalement que cela puisse paraître le rôle de la femme a été l’élément rassembleur y compris dans l’aile islamiste. Lorsque les jeunes égyptiens ont aspiré aux changements, ils n’ont pas quitté la rue depuis plus de 7 mois. Par leur détermination, ils ont barré la route á toute velléité de revenir au régime d’avant le 25 janvier 2011, pourtant il s’agit d’un régime très ancré dans la société égyptienne. Jusqu’à quand l’armée va-t-elle résister au jusqu’au boutisme d’une génération décidés ? Cela a donné de l’eau à la bouche des jeunes Algériens qui ont opté par assainir leur pays pour y vivre au lieu de subir les contraintes de l’immigration. Le chômage a été toujours sous estimé par les pouvoirs publics en avançant des chiffre biens en deçà de la réalité. Après avoir tenté tous les moyens pour trouver du travail ailleurs jusqu’à se jeter en mer, les jeunes viennent de s’organiser au niveau national et leur dernier rassemblement à Ouargla pour baptiser la principale place de cette ville «place Tahrir» devait faire trembler les autorités. Quels arguments auront- elles à avancer ? La création des emplois inexistante depuis plus de deux décennies ! Le favoritisme dans le recrutement ! L’humiliation des jeunes dans des concours de part leur position de lièvres dans un jeu fermé ! L’exploitation des jeunes de préemploi etc. D’autres jeunes qui voyaient leurs aînés amorphes face à cette mascarade ont commencé leur protestation à cinq pour devenir en quelques semaines des milliers. En effet, d’un simple refus d’un quatrième mandat, le mouvement Barakat a pris une dimension politique internationale.

2- Ils utilisent facebook pour contourner l’information officielle fallacieuse

De fait, Facebook aura été leur meilleur allié. Cela leur permettait, en temps réel, de connaître la réalité de la situation sur le terrain et de contourner la désinformation de la télé officielle. Al-Magharibia qui propose des émissions de débats en donnant la parole aux experts et opposants Algériens et, dans une moindre mesure, la chaîne France 24 en arabe et en Français leur ont été d’un grand secours. Dans leurs différentes manifestations, il régnait une solidarité incroyable. Des habitants leur offraient des boissons désaltérantes et du lait, très efficace contre les effets en cas des gaz lacrymogènes. Au fil du temps, les policiers étaient de plus en plus tendus. C'était perceptible à leur grossièreté: chaque jour, la violence verbale, notamment à l'égard des femmes, n'a cessé de grandir pour devenir en définitif carrément agressive jusqu’à créer un conflit ouvert entre le commandement de la DGSN et le ministère de l’intérieur. Pour cette génération-là, l'histoire de l’Algérie commence maintenant. Même si Bouteflika se succède à lui même et s'il ne respecte pas la démocratie, ces jeunes n'ont pas désactivé leur compte Facebook.

3- Les caractéristiques de cette génération Facebook

Contrairement aux protestations du 5 janvier 2011 et celles qui l’ont précédées et qui se sont soldée par les casses, la génération Facebook est non violentes. Ce sont généralement des étudiants, des jeunes qui viennent de trouver un emploi ou des diplômés sans emploi. Ils résistent et passent leurs messages malgré l’agressivité policière. Ils font beaucoup attention à leur manipulation et refusent leur parrainage par des partis politiques. Pour eux, les politiciens sont tous les mêmes, ils développent un discours hard contre le pouvoir mais dès qu’ils le rejoignent ils s’en accommodent voire même le défendent. Ils citent souvent le cas de Khalida Toumi, Louisa Hanoune, Benyounes et bien d’autres. Donc pour eux la présidentielle n’est qu’une formalité comme une autre tant que n’apparaîtra pas une réelle alternative de changement du système. Cette alternative, ce sont les générations futures qui poseront ses jalons. Enfin et pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie, la diaspora Algérienne soutient fermement un mouvement libre comme celui là pour y contribuer au débat d’un pays démocratique.

4- Ces jeunes comprennent bien la situation socio-économique de l’Algérie

Les discours crus ne les convainquent plus. De quels chiffrent parle t-on, disent-ils ? S’il s’agit de la manne financière, c’est l’augmentation des prix du pétrole qui l’a permise. Quel effort de créativité ont fait les différents gouvernements pour laisser l’Algérie entièrement dépendantes des hydrocarbures voilà maintenant plusieurs générations. Que constatent-ils sur le terrain ? Sur le plan économique, le peu de savoir et savoir-faire capitalisés par les puissantes sociétés nationales dans les différents secteurs s'est effrité. Les algériens ne savent plus travailler la terre. Elle est devenue un vaste champ artisanal. Le célèbre grenier algérien connu bien avant la colonisation a été bétonné. On importe tout. Le ridicule a été poussé jusqu'au jour où un certain «Azzoug» se présente à la télévision nationale pour proposer d'importer la viande à – 60 DA le kg. Si ce projet avait été concrétisé, que serait devenu l'élevage des bovins en Algérie ? On ne sait plus construire des bâtiments, des routes et on fait appel aux Chinois et aux européens pour le faire. Les catastrophes naturelles comme les différents séismes qu'a connus le pays ont montré l'amer regret d'avoir éclaté la Sonatiba et la DNC. On ne sait plus produire et distribuer de l'énergie sans faire appel aux étrangers. Les techniques d'extraction des hydrocarbures ont été laissées aux américains, sous les bons auspices de l'ancienne puissance coloniale (TFT, Hassi Berkine, Tiguentourine, etc.). L'expertise parapétrolière a été abandonnée au profit des multinationales comme Schlumberger, Wetherford, etc. et, ce, avec la mort programmée de Alfluid, Aldia, pour ne citer que ceux-la. Le boosting des gisements fatigués a été confié aux Japonais sans aucune intervention des nationaux. La base logistique de Beni Mered à Blida était construite pour produire des pièces de rechange grâce à ses puissants fours s'est limitée au moulage des statues pour Riadh El Feth qu'on montre comme une fierté nationale. En somme, on est passé d'une économie en voie d'industrialisation à celle de bric-à-brac qui a permis aux fortunes indûment acquises de s'incruster pour justement former et consolider le système en vigueur à ce jour. Sur le plan social, le modèle de développement choisi après l’indépendance n'a pas été gratuit, mais a demandé des sacrifices énormes mais aussi et surtout un coût humain qu'il ne convient pas de considérer comme une conséquence de l'échec du modèle de développement mais plutôt comme un fort tribut payé pour atteindre l'objectif visé. Ils auraient sans aucun doute été facilement dissipés si le rythme de développement n'aurait pas été rompu ou s'ils avaient donné un résultat. Ce coût humain consistait dans un changement radical des structures sociales anciennes. La dislocation de la famille par migration, l'acquisition de nouvelles habitudes de consommation et de mode de vie, la contradiction entre vie au travail et hors travail, la lutte acharnée parfois humiliante contre le pouvoir bureaucratique, l'acculturation par un procès de travail installé par les sociétés capitalistes censé fonctionner dans les conditions locales, un environnement international hostile à l'industrialisation dans le tiers-monde en général et l'Algérie en particulier pour s'emparer de la matière première à des prix avantageux.

5- Un mouvement démographique et anthropologique

Contrairement à d’autres pays similaires comme la Tunisie ou l’Egypte qui ont brillé par les jeunes générations facebook, tamarrod ou le mouvement du 6 avril notamment en Egypte, l’Algérie a toujours marginalisé politiquement sa jeunesse en l’étouffant. Pourtant elle est contrainte à un nouveau virage dans le domaine démographique, avec un fait exceptionnel en 2014, il y aura plus d’un million de naissances, pour la première fois dans l'histoire du pays. Cette évolution confirmera l’exceptionnelle poussée démographique enregistrée en 2012, selon l'ONS, qui estime la population algérienne au 1er janvier 2013 à 37,9 millions d'habitants. En 2014, selon les prévisions de l'office, le pays comptera 38,7 millions d'habitants, résultat d’une forte hausse des naissances, d’une hausse tout aussi remarquable du nombre de mariages, qui expliquent, selon l'ONS, cette nouvelle explosion démographique que connaît l’Algérie. En fait, la hausse démographique naturelle a débuté en 2008, avec une progression de 1,92%, puis 1,96% en 2009, 2,03% en 2010 et 2,04% en 2011. Si l’on considère le taux des citoyens de moins de 15 ans à 27,8 et ceux âgés de plus de 64 ans à 5%, on peut estimer ceux en âge d’activité à 67,2%. Ceci est énorme en matière d’énergie disponible. Mais malheureusement cette énergie est dissipée dans le vide sans aucun profit dans l’intérêt général. Ramené à la population totale, la masse active algérienne ne représente que 32% presque équivalente à l’Egypte mais derrière la Tunisie (36%), le Maroc (36%) enfin la Libye (39%). Il est donc intéressant de capter cette entropie pour la réorienter dans le sens des objectifs nationaux. Aujourd’hui cette jeunesse approchée dans les écoles moyennes, les universités, les entreprises et les institutions étatiques, celles privées, les places informelles, les mères aux foyers pour voir ce qu’elle pense de cette mascarade,livre un bien sombre tableau. D’abord ces jeunes aussi bien les filles que les garçons ne croient pas à l’ascension sociale. Ils se sentent trahis par leurs aînés qui ont tout pris (logements, argent et postes de travail) depuis le départ des colons et l’affaire des biens vacants. Ils pensent être sacrifiés et perdus. Pourquoi cette perte ? Parce qu’ils n’ont plus de marqueurs qui étaient leur moule d’orientation mais qui s’effrite avec le désengagement de l’Etat. Ils ne veulent pas connaître le travail aliènent comme leurs parents. Ils aspirent à plus d’autonomie pour entreprendre et faire face aux challenges. Ils n’aiment pas les responsabilités dans des postes publics pour se consacrer à leur petite famille et de ne pas les sacrifier comme l’ont fait leurs parents. Ils s’accommodent malgré eux aux gains faciles et donnent l’impression d’être heureux. Si les experts internationaux qui ont travaillé pour le compte de l’ONU les jugent heureux en les plaçant à la 73e place sur les 156 pays analysés c’est qu’ils s’appuient sur des critères subjectifs et des notions fausses. Le PIB par tête d’habitant est un raccourci de tendance, quant à l’espérance de vie, ce n’est certainement pas l’Etat qui l’assure avec ses hôpitaux mais le marché parallèle de devise. La «générosité» ou la «possibilité de pouvoir compter sur quelqu’un», elle est probablement liée à l’importance des liens familiaux dans le contexte exceptionnel Algérien. Il faut ajouter à cela une vision sociale faite de soutiens aux prix et marquée par des transferts sociaux importants pour entretenir une paix sociale comme les dispositifs d’aide aux jeunes par les microcrédits etc.

6- Conclusion

Opportune, spéculative, cette analyse confirme au moins une chose sûre. Avant même le lancement officiel de la campagne électorale prévue pour le 23 mars, les principaux candidats ont réorienté leurs programmes vers les jeunes. Ainsi Sellal pour Bouteflika, parle du renforcement des dispositifs micro- crédits (Ansej et CNAC). Il promet un dispositif spécial pour les jeunes diplômés à travers l’encouragement des start up soutenues et prise en main par les pouvoirs publics. A ces diplômés, il leur annonce un droit au logement dans le cadre des opérations en cours. Benflis quant à lui vise la bourse des étudiants et la réduction de la durée du service national avec une forme civile lorsqu’il est possible. Tout porte à croire que les messages de ces jeunes semblent bien passés, reste à savoir s’ils permettront le rétablissement de la confiance.

Rabah Reghis, consultant, Economiste Pétrolier


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