DzActiviste.info Publié le lun 1 Avr 2013

Les proches du président algérien dénoncent une instrumentalisation de la justice par l’armée, avant la présidentielle de 2014.

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Par Mélanie Matarese
In Le Figaro 01/04/2013

Le président Abdelaziz Bouteflika, en janvier dernier devant la résidence Djenane el-Mufti à Alger. Crédits photo : FAROUK BATICHE/AFP

Le président Abdelaziz Bouteflika, en janvier dernier devant la résidence Djenane el-Mufti à Alger. Crédits photo : FAROUK BATICHE/AFP

Des perquisitions spectaculaires au domicile de Chakib Khelil, le ministre de l’Énergie, qui fut pendant dix ans l’un des hommes les plus puissants d’Algérie et que les rumeurs disent en fuite à l’étranger. Un cambriolage dans les bureaux du tribunal d’Alger. Et des enquêtes en Italie, au Canada, aux États-Unis, sur de douteuses passations de marchés.

Les scandales de corruption n’en finissent plus d’éclabousser le groupe pétrolier Sonatrach, première entreprise d’Afrique, source de 98 % des recettes d’exportations de l’Algérie. Et par ricochet, l’entourage du président Bouteflika. Avec l’ouverture en Italie, début février, d’une enquête par le parquet de Milan sur l’éventuel versement de 197 millions de dollars de pots-de-vin par le géant énergétique ENI à des responsables algériens en échange de contrats, c’est toute «l’affaire Sonatrach», endormie depuis 2010, qui rebondit. À l’époque, Mohamed Meziane, PDG du groupe, ainsi que des dizaines de cadres avaient démissionné dans une affaire de malversations présumées. Chakib Khelil avait été démis de ses fonctions.
Rapport de forces

Pour Hocine Malti, cofondateur de Sonatrach et auteur d’Histoire secrète du pétrole algérien, cette saga politico-financière n’a toutefois rien d’une opération mains propres. «On a utilisé le motif de la corruption pour procéder à un transfert de pouvoir d’un clan à un autre: celui du DRS (le service de renseignements, NDLR) a opéré une reprise en mains du groupe et du secteur pétrolier, jusque-là sous le contrôle du clan présidentiel, explique-t-il. Aujourd’hui, le DRS veut fragiliser le cercle du président Bouteflika dans la perspective de l’élection de 2014.» Au Palais d’el-Mouradia, personne ne dément le rapport de forces. «Le problème, c’est que les militaires oublient qu’ils se sont, eux aussi, servis dans la caisse. On peut même parler de décennies et de décennies de rapine!», s’énerve un proche du président.

Devant les possibles prolongements du scandale au Canada (SNC-Lavalin), mais aussi aux États-Unis, où un juge fédéral a été chargé d’enquêter sur des contrats passés entre Sonatrach et des sociétés américaines impliquées dans le secteur de l’énergie et des hydrocarbures (US Anadarko, Kellogg Brown & Root), Abdelaziz Bouteflika, pourtant peu enclin à s’exprimer sur l’actualité, a affirmé qu’il ne pouvait «passer sous silence» ces scandales et qu’il comptait sur la justice pour «sanctionner les coupables». Mais Halim Feddal, secrétaire général de l’Association nationale de lutte contre la corruption, n’y croit pas. «C’est oublier que la justice algérienne est instrumentalisée par l’exécutif et que la corruption s’est généralisée sous le règne de Bouteflika.» Le président de l’association, Mustapha Atoui, ajoute, pessimiste: «Contre cela, les Italiens, qui ont sans doute ouvert l’enquête sur des informations venues de chez nous et qui ont beaucoup d’intérêt en Algérie, ne pourront rien faire.» Au début de l’année, l’ONG Transparency International a classé l’Algérie parmi les pays les plus exposés à la corruption. Aux côtés de la Syrie, de l’Angola ou encore de la Libye.


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