DzActiviste.info Publié le mar 16 Avr 2013

Les syndicats autonomes mènent la contestation

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Revendications salariales, status…

Mokrane Ait Ouarabi in El Watan 16/04/2013

Rassemblement de l'intersyndicale de la santé publique 14 05 2012Les revendications socioprofessionnelles sont défendues avec une assiduité et une hargne qui appellent des réponses «sérieuses» du gouvernement.

Les tensions sociales s’attisent dans un contexte politique délétère. Il y a partout des poches de protestation. Education, santé, administration publique, formation professionnelle, ministères, entreprises économiques… le pays est au bord de l’explosion. Les travailleurs, quel que soit leur secteur d’activité, se disent lésés, marginalisés et injustement rémunérés. Et ils refusent d’être mis devant le fait accompli. Bien structurés et organisés, les syndicats autonomes frappent fort, dans l’espoir d’obtenir un maximum d’avantages socioprofessionnels.

Des grèves en série sont annoncées. Elles ont déjà commencé dans certains secteurs. Inédit, les proviseurs et les censeurs rejoignent cette nouvelle vague de protestation sociale. Cette catégorie de fonctionnaires (censés être des cadres de l’éducation) se trouve, en vertu des nouveaux statuts particuliers, comme dernière roue de la charrue. Ils dénoncent une entreprise de dévalorisation du poste de proviseur. Les traditionnels syndicats de l’éducation nationale, à savoir le Snapest, le Cnapest et le CLA, mènent une nouvelle bataille pour requinquer le statut particulier, jugé insuffisant et très perfectible.
«dialogue de sourds»
Bien qu’ils aient des divergences de vue sur le sujet, ces syndicats veulent aller de l’avant pour secouer le cocotier et faire avancer leur cause commune, qui est de servir la corporation qu’ils représentent. Pour ces syndicats et les travailleurs de l’éducation, les statuts particuliers que l’administration commence à mettre en application consacrent des divisions au sein d’un même corps. Il s’agit donc, à leur yeux, d’une tentative de les affaiblir en les divisant.

Ainsi donc, la principale pomme de discorde est actuellement ces statuts particuliers qui, apparemment, n’arrangent aucune corporation. Au contraire, ils sont vivement décriés par les fonctionnaires, qui les qualifient d’«injustes» et d’«incohérents».
Au sein du secteur de la santé, c’est le dialogue de sourds qui s’installe depuis des mois. La trêve observée par les syndicats du secteur vient en effet d’être rompue. La raison est que le mécontentement des travailleurs est tel que les syndicats doivent traduire ce sentiment à travers des actions sur le terrain pour lancer des avertissements aux pouvoirs publics, qui feignent ignorer les problèmes de cette corporation. Cela même si les doléances des différents corps de la santé ne datent pas d’aujourd’hui.

Elles sont même antérieures à l’arrivée de ce nouveau ministre qui semble s’inscrire dans la même logique que son prédécesseur : celle du refus de tout dialogue ou de vaines promesses sans lendemain. Les choses s’enveniment de jour en jour, de semaine en semaine. Et les travailleurs, qui ne voient rien venir, ne trouvent d’autre moyen pour s’exprimer que de recourir à des débrayages qui, parfois, ne garantissent même pas le service minimum.

Hier, la Fédération nationale du secteur de la santé a annoncé un préavis de grève de trois jours à partir du 6 mai prochain. Les problèmes soulevés datent de plusieurs années. Grâce à la multiplication de syndicats autonomes, ces revendications socioprofessionnelles sont remises sur la table et défendues énergiquement par les corporations concernées.
Jamais le monde du travail n’a connu autant de tensions et de problèmes qu’aujourd’hui. Il y a bien péril en la demeure. 

Déclarations :

 

– Idir Achour. CLA : «Notre mouvement ne fait que commencer»

«Les mouvements de protestation actuels sont le résultat d’un mécontentement généralisé. Ce même mécontentement a été provoqué par la mise en application du statut particulier. Dès la rentrée scolaire, nous avons donné un signal d’alerte sur les portées dangereuses de ce statut. Malheureusement, les pouvoirs publics ont refusé de nous écouter. Les travailleurs, qui se sont vu dévaloriser dans leurs postes de travail, ont, comme premier acte de protestation, opéré des démissions de leurs tâches quotidiennes. Et aujourd’hui, nous sommes en train de canaliser ce mécontentement généralisé pour obtenir le blocage de ce statut et la réouverture de négociations pour réparer les graves erreurs commises. Mais de quel droit va-t-on remercier des professeurs qui ont passé le plus clair de leur vie à enseigner sous le motif qu’ils n’ont pas de diplômes, alors que leur recrutement avait été autorisé par le ministre ? Ce sont toutes ces injustices et incohérences que nous demandons à être réparées et levées. Notre mouvement ne fait que commencer. Nous œuvrons à l’unité de l’action pour répondre clairement à ceux qui veulent nous diviser.»

– Lyes Merabet. SNPSP : «On nous met dans l’impasse»

«Le ministère de la Santé n’a absolument rien fait pour éviter d’arriver à cela. Nous avons suspendu toute action de protestation durant presque une année dans l’espoir d’avoir des solutions à nos problèmes soulevés il y a plus de deux ans. Notre dernière action de protestation remonte pratiquement au mois de mai 2012. Mais aujourd’hui, nous nous retrouvons dans une situation d’impasse. Aucune promesse n’a été tenue, notamment en ce qui concerne le projet d’amendement du statut particulier qui traîne au niveau de la Fonction publique depuis deux ans maintenant. Par expérience, nous savons qu’il faut sortir dans la rue pour arracher ses droits. Et nous sommes résolus à reprendre le mouvement de protestation jusqu’à la prise en charge de nos doléances. En plus de l’amendement du statut, nous avons demandé à notre tutelle de réparer une injustice qui dure depuis des années ; il s’agit de la promotion au grade de principal des praticiens de santé publique qui ont dix ans et plus d’expérience conformément à l’actuel statut en vigueur.»

 

– Nouar Larbi. Cnapest : «La grève n’est pas un choix, mais une conséquence»

«Le processus revendicatif passe par trois étapes essentielles ; la première consiste à présenter des revendications aux autorités. Si celles-ci n’ouvrent par des négociations et ne donnent pas de réponses à ces revendications, il y aura automatiquement grève. Malheureusement, chez nous, il n’y a pas de négociation. Les autorités agissent en solo, faisant des promesses de résoudre les problèmes posés, mais sans donner de suite. Les grands dossiers actuels sont la médecine du travail, le problème de logement qui est un outil de travail pour l’enseignant, la prime de zone et celle du Sud. Ces deux primes sont attribuées selon des critères qui ne répondent à aucune logique. Nous avons alors proposé l’élargissement de ces primes à tout le territoire national, en adoptant des critères logiques et acceptables par tous.»

– Meziane Meriane. Snapest : «Nous ne sommes pas des agitateurs politiques»

«La protestation ne s’estompe pas parce que les problèmes n’ont pas été résolus. Les différents responsables essayent de gagner du temps. Mais l’horloge de l’Algérie ne s’arrêtera pas de tourner. Donc il est préférable de solutionner les problèmes de façon définitive. Le problème qui se pose aujourd’hui concerne la prime de zone pour le Sud et les Hauts-Plateaux qui n’a pas été actualisée. C’est une aberration de se référer à trois salaires de base dans une même fiche de paie. C’est pour cela que nous demandons à M. Sellal, puisque cela concerne toute la Fonction publique, de solutionner définitivement ce problème. Qu’on ne nous accuse pas d’être des agitateurs politiques. L’unité nationale n’est nullement menacée ; ce qui risque de la remettre en cause, c’est la répartition inéquitable des richesses nationales.» 

Propos recueillis par M. M. et M. A. O.
 

Mokrane Ait Ouarabi


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