DzActiviste.info Publié le ven 11 Mai 2012

Lettre à Aït Amara Mercredi, 9 Mai 2012 par….Saadi Yacine

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Monsieur Aït Amara,
Directeur d’algeriepatriotique.com

« La vérité est comme une source pure : si on la verse dans des récipients impurs, elle se déforme au point que le sage ne la reconnaît plus. » Jaques d’Arès

Cher Monsieur,

Vous avez répondu à mon intervention concernant votre article intitulé « Réunion secrète des anciens du FIS dissous et de Rachad à Alger » (1) par le paragraphe suivant :

« Cher M. Yassine Saadi, C’est parce que vous avez conclu votre courrier par des salutations fraternelles que nous vous ouvrons nos colonnes. Non, M. Saadi, nous ne sommes pas contre les principes que vous énumérez. Pour reprendre vos propos exacts, nous sommes pour la démocratie, pour la bonne gouvernance et contre la république bananière et héréditaire. Mais contrairement à votre association, nous nous battons pour le changement à partir de notre pays et nous ne faisons pas le jeu des bédouins du Qatar qui se servent de votre ami Larbi Zitout, contre une prestation de gugusse sur la chaîne israélienne Al Jazeera. Un conseil fraternel, puisque vous vous présentez à nous en frère : éloignez-vous de cet ex-petit bureaucrate d’ambassade qui se proclame “ancien diplomate” et qui est prêt à vendre son pays contre dix grammes de poudre à lever pour faire tourner sa boulangerie de Londres. Quant aux deux chaînes que vous citez, en assurant la couverture de votre conclave secret, elles confirment la présence du FIS au sein de votre association, puisque les deux télévisions appartiennent aux financiers wahhabites d’Abassi Madani. Merci, donc, d’avoir confirmé notre information. » (2)

Puisque vous avez refusé de publier ma réaction à votre réponse, je me permets de la rendre publique.

Tout est dit dans votre paragraphe…

Dans mon idéal démocratique le droit de réponse est déontologique avant qu’il ne soit dicté par les amabilités ou la loi ! L’éthique journalistique l’exige et la morale l’impose !

Cher monsieur, mon éducation ne me permet pas de voir l’autre en ennemi, mais en compétiteur, à la rigueur en adversaire. Mon éducation ne me permet pas de colporter des rumeurs, ni d’accabler l’Autre par des assertions fausses et malhonnêtes.

La vox populi voudrait que l’organe « algeriepatriotique.com » soit considéré comme le canard des enfants nantis du régime (Toufik et Nezar). Donc il ne serait ni neutre ni crédible, encore moins honnête. Je ne mange pas de ce pain. Pour moi ce n’est pas un argument ni une preuve, je pense que chaque citoyen à le droit d’exercer la fonction qui lui convient. Y compris les enfants des généraux de l’armée algérienne !

Ce qui m’intéresse c’est ce qu’ils disent, ce qu’ils pensent, et ce qu’ils projettent, mon éducation me rend lucide en mesure de faire la dissociation entre l’acte et l’acteur !

Je n’ai pas comme habitude de donner des coups de bâtons en guise d’arguments « argumentum baculinum ».

Je reviens à ma mise au point. La chaîne Alasr est le produit propre, au sens propre et figuré, d’un groupe d’Algériens qui veulent redonner la parole confisquée au peuple, dont certains militent au sein du Mouvement Rachad, et non pas « association ».

Il s’agit d’une chaîne aux moyens modestes ; même les profanes de l’audiovisuel le constatent. Son financement est exclusivement algérien ! Sachez monsieur, que les Algériens sont par milliers, à travers le monde, prêts à mettre la main dans les poches pour briser le monopole de l’ENTV ; les Algériens sont heureux d’entendre une autre voix que celle qui vient d’un âge stalinien révolu partout sauf chez nous et en Corée de Kim Jong-Il !

L’audience le prouve, les courriels par dizaines de milliers, les adhésions à notre mouvement le confirment.

Cher monsieur, les Algériens ne sont plus des mineurs à qui on raconte des sornettes ; aujourd’hui, le cyberespace, leur offre cette possibilité de s’exprimer sans être censurés, dire ce qu’ils pensent sans être dans la crainte d’être arrêtes et torturés. Le monde est devenu interactif, l’instant est devenu le mode de communication absolu ! Vous êtes nus, plus de tortures à huit clos, plus de détournements de biens publiques dans le silence et l’indifférence. Le peuple entend et voit ; le numérique est votre cauchemar !

Monsieur, votre charge contre monsieur Mohamed-Larbi Zitout est d’une violence incroyable. Etre diplomate ou petit fonctionnaire d’ambassade, n’est pas un crime, ou impropre. Je vous cite « éloignez-vous de cet ex-petit bureaucrate d’ambassade qui se proclame “ancien diplomate” et qui est prêt à vendre son pays contre dix grammes de poudre à lever pour faire tourner sa boulangerie de Londres. »

Voila ce que Molière dans le mariage forcé emploie avec le pyrrhonien Marphurius l’argumentum baculinum ; c’est donner des coups de battons en guise d’arguments ! Nos dirigeants ont vendu l’Algérie pour grossir leurs comptes à l’étranger ; ils ont hypothéqué l’avenir de nos enfants pour éviter les tribunaux ! Khalifa n’est pas ami avec Zitout; Chakib Khelil, n’est pas son parrain ! Zitout ne possède que son honneur !

Zitout est un homme libre qui a fait un choix qui se respecte. S’il a une boulangerie comme vous le dites pour le moquer, c’est pour qu’il ne tend la main à personne ; dans son éducation le travail est une valeur sure. C’est un honneur de militer avec un homme qui n’a pas la fortune de certains de nos généraux.

Je vis à l’étranger depuis plus de trente ans, je suis dans un domaine où je vois, avec une profonde tristesse, les transferts de fonds plus que douteux mais certainement juteux, où je constate les acquisitions de biens immobiliers par milliards. Certains de nos illustres chefs de garnisons sont parmi les plus riches propriétaires en Espagne comme le rapporte un article d’El Pais bien documenté sur des enfants rois d’une Algérie aux abois…

Zitout ne touche pas un kopeck pour ses convictions… Si vous avez des informations et des preuves faites-le savoir et l’antenne d’Alasr vous est ouverte pour une émission spéciale ! Je vous donne ma parole d’honneur.

Ancien diplomate il l’est, ses documents le prouvent, notre homme des sales besognes comme il se nomme et premier ministre Oyahia « Ben Kiran » (allusion à son entreprise de transport) le confirme dans plusieurs déclarations !

Autre chose. Je n’ai pas de complexe ni par rapport à Aljzeera, ni par rapport aux « bédouins » du Qatar. Notre cher président les laisse faire du braconnage dans notre beau désert avec la protection de notre armée ! Certains illustres anti-bédouins que je ne cite pas ont à Dubaï et ailleurs des villas de rêves…

Pour vous Aljazeera est une chaîne israélienne, donc suspecte. Croyez-vous que vous avez le monopole du patriotisme ? Ce n’est pas Rachad qui a invité Bernard-Henri Lévy à la villa de la présidence. C’est votre amie ministre de la culture, Khalida Toumi, qui a fait le pèlerinage à Tel Aviv, mandatée par ses mentors pour qu’elle ramène un certificat de virginité, pour un système défroqué ! Il suffit de voir certains de nos hauts gradés en belle compagnie, avec des généraux israéliens, où la belle photo de Bouteflika en train de faire presque du bouche-à-bouche avec Yhoud Barak, assassin notoire, pour déconstruire votre discours.

Donc, de grâce, pas de leçons de patriotisme. Si vous voulez un débat contradictoire, « marhba », mais le mépris, la condescendance, je vous dis que cette ère est caduque.

Revenons à la conférence que vous qualifiez de « conclave ». Le choix du vocabulaire trahit la boutique. Sachez monsieur qu’elle n’a été ni secrète ni clandestine. Ce sont des militants de divers horizons qui se sont rencontrés autour d’une table pour discuter d’une plateforme démocratique. Il suffit de voir la liste des signataires pour comprendre qu’une autre Algérie est possible, où la parole remplace les cartouches et l’espace politique ouvert remplace les salles d’interrogatoires et les cachots. Sachez que l’Algérie ne se limite pas aux zones vertes de Hydra et de Club-des-Pins. L’Algérie populaire est accueillante et pour ses enfants protectrice et bienveillante, loin de vos « yeux » et de vos « oreilles », donc pour vous forcément clandestine.

Notre crime c’est de dire non à la corruption. Ça vous gène de dire non la mauvaise gouvernance et ça vous dérange. Non à l’exclusion qui devient un Casus Belli.

Monsieur, à mon tour de vous dire un conseil : éloignez-vous des rivages du système et de ses combines ; la vague du mécontentement va tout emporter.

Pour conclure je ne trouve pas mieux que Friedrich Nietzsche : « La croyance que rien ne change provient soit d’une mauvaise vue, soit d’une mauvaise foi. La première se corrige, la seconde se combat » !

Bien à vous et salutation fraternelles.

Yassine Saadi
9 mai 2012


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