DzActiviste.info Publié le lun 3 Mar 2014

Lettre aux généraux algériens

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Saïd RADJEF

armcee-algerienne-1Il y a environ 43 ans lorsque Salvador Allende, un président réellement exceptionnel, avait secoué tous les chefs d’Etats présents à la session de l’ONU avec ce discours mémorable : « Nous assistons à un conflit frontal entre les grandes transnationales et les Etats. Ces derniers se trouvent parasités dans leurs décisions essentielles, politiques, militaires, économiques, par des organisations mondiales qui ne dépendent d’aucun Etat et ne répondent de leurs actes devant aucun Parlement ni devant aucune institution garante de l’intérêt collectif. En un mot, c’est toute la structure politique du monde qui est en train d’être sapée. » C’est ce même discours qui lui coûta la vie quelques jours plus tard et fait plonger le Chili dans les ténèbres d’une dictature sans précèdent.

Qu’en est-il de l’Algérie devenue aux yeux de la haute finance internationale et de la grosse industrie militaire la poule aux œufs d’or que doit surveiller un président infirme et cliniquement mort pour un quatrième mandat successif ? Bouteflika est-il votre candidat ou celui des autres, celui de cette minorité très restreinte qui tient d’une main de fer les destinées de l’humanité ?

Dans plusieurs de ses déclarations extravagantes dont il est le seul à avoir le secret, le chef du gouvernement ne cesse de répéter lors de ses multiples visites à travers le pays que notre armée est forte et responsable de ses missions historiques. Si tel est réellement le cas, pourquoi acceptez vous une situation -faire postuler un candidat ayant perdu toutes ses facultés politiques et intellectuelles pour un quatrième mandat successif- qui fait de notre pays la risée de l’humanité tout entière ? Et pourtant l’Algérie regorge de talents, d’aptitudes et de patriotes compétents qui n’ont en tête que l’idée de se sacrifier pour le bonheur du peuple et l’épanouissement de la nation.

Il ne s’agit pas ici d’être pour ou contre Bouteflika. Peut-être que c’est un bon bipède, mais c’est un bipède qui est arrivé au terme de ses capacités politiques et intellectuelles, qui ne peut plus servir et défendre les intérêts supérieurs de la nation algérienne. Pourquoi le reconduire pour un quatrième mandat contre la volonté du peuple ? Vous a-t-on contraints à le faire ou bien êtes vous infirmes politiquement et intellectuellement au même titre que le candidat qu’on vous a imposé de l’extérieur?
A ce jour encore vous vous définissez comme des moudjahidine et non comme des militaires. Mais force est de constater contrairement à ce que furent nos glorieux Ali Mellah, Abbas Laghrour,Si Salah, Mourad Didouche, Larbi Ben M’hidi, Zighout Youcef, M’hammed Bouguera, Abane Ramdane…qui ont inspiré Salvador Allende, au lieu de braquer vos canons contre cette minorité de prédateurs qui veut nous spolier de notre souveraineté, vous continuez a régenter tous les espaces conformément aux vœux des maîtres de la haute finance et de la grosse industrie militaire, vous continuez à nous jouer des comédies selon lesquelles des poches très puissantes à l’intérieur de l’ANP se seraient rebellées et auraient conspiré contre la hiérarchie pour porter un candidat cliniquement mort aux plus hautes destinées du pays. Vous vous en lavez les mains alors vous détenez la réalité du pouvoir !

Comme le disait souvent Bertolt Brecht, si le peuple doit changer de dirigeants quand ils ne valent rien, parfois les dirigeants souhaitent changer de peuple quand celui-ci ne leur convient pas. Cette remarque cerne assez bien l’état d’esprit dans lequel vous vous trouvez en ce moment précis. Vous ne savez pas de quoi sera fait votre avenir si vous vous dessaisissez de la décision politique et vous ne pouvez pas non plus vous mettre à travers les décisions des grandes multinationales qui sont en train de démembrer les États les uns après les autres pour des intérêts mesquins et sordides brandis au nom des règles de la mondialisation et du libre marché, parce que vous n’avez pas la légitimité requise pour le faire. Hiatus !

Sachez messieurs les généraux, en dépit de toutes vos bourdes légendaires, le peuple algérien tient à son armée comme à la prunelle de ses yeux. L’armée est une et indivisible. Chaque patriote porte en lui le rêve d’une armée algérienne forte, moderne, professionnelle au service de la citoyenneté et de la république. Il est temps pour vous de sortir de votre coquille et de prendre les décisions de votre époque, de passer le témoin en remettant la décision politique à qui de droit. Bouteflika n’est pas le bouclier qui va vous mettre et mettre le pays à l’abri des convoitises des transnationales qui sont en train de vider les États de leurs souverainetés. Le salut est dans votre dernière mission en tant que détenteurs du pouvoir réel, celle de restituer l’État à la nation et de passer la main à une génération qui à cœur de fertiliser le champ de la démocratie et de l’alternance, pour assurer une véritable transition démocratique. C’est la seule alternative que peut proposer ce système qui touche désormais à sa fin.


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