DzActiviste.info Publié le lun 7 Jan 2013

Lettre aux journalistes algériens

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Said Radjef

36ejournauxPlus je travaille pour la presse algérienne, plus j’ai l’air d’être un pédé. Depuis bien des années la presse algérienne, soumise aux caprices du DRS, n’est rien d’autre qu’un conglomérat de mercenaires et de chiens errants chimériques qui inventent un tas d’histoires pour se donner une légitimité intellectuelle.

Je sais que cette presse dont les éditeurs ne disposent d’aucune intelligence pour comprendre le cours des évènements, veut restaurer les faux semblants, le mensonge et l’ignorance sur le trône de la république à la place du savoir, de la science, de la vérité et des valeurs humaines. En raison de la décennie rouge au cours de laquelle des journalistes ont été assassinés et sacrifiés par la junte militaire sur l’autel au nom de la lutte contre le terrorisme, la fonction a eu droit à une certaine immunité. C’est ce qu’elle pense. C’est faux. Les lecteurs le savent.

Bien qu’à présent le droit d’être homme n’ait pas la moindre chose à voir avec la liberté d’opinion, telle que les voleurs de grands chemins du progrès la propagent, et que l’on puisse très bien se représenter la plus complète disposition des biens de la vie sans une presse quotidienne, le peuple se voit inculquer si profondément, à coups d’éditoriaux, le lien indissoluble de tout ce que l’homme est en droit d’exiger de la vie avec un journalisme non censuré que l’on pourrait imaginer plus facilement des mécontents dans une époque sans presse que dans une époque sans pain. C’est ce que disait Kraus quelques heures avant l’avènement du nazisme.

Mais l’Algérie n’a pas les moyens moraux et intellectuels de l’empire nazi. On est gouverné par des faussaires. Des tirailleurs déserteurs de l’armée française dont le niveau scolaire ne dépasse pas la CM2. Dans la morale algérienne, seuls les esclaves et leurs descendants peuvent s’enrôler dans l’armée française. Celui qui croise le regard avec le « roumi » est un mécréant. Aujourd’hui, la presse n’est pas si différente de ces tirailleurs zouaves. Non seulement elle recrute dans les milieux de la pègre, parmi les repris de justice, les pédophiles et les dealers, mais elle refuse de s’ouvrir aux vraies élites du pays. La presse vit de la publicité de la junte. Elle se fout royalement des attentes légitimes du peuple. La presse préfère parler des braconniers en Afrique du Sud, simuler des intrigues autour de la personne de Bouteflika que de soulever les véritables questions qui engagent le destin de la nation. Plus que cela, elle refuse d’être l’espace de réconciliation entre le citoyen et les lieux de socialisation qui entretiennent l’imaginaire collectif.

L’Algérie va mal. Elle est malade des mensonges, des faux semblants de ses dirigeants. Mais elle est également malade de sa presse de zouaves qui a appauvri Kateb Yacine, offensé Mammeri, exilé Dib, enragé Mimouni et humilié Djebar. De petits tirailleurs et mercenaires qui ont détourné le cours du premier novembre 1954. La presse algérienne est au service de ces gens et non au service de la citoyenneté et de la démocratie. La presse est le premier élément par lequel le régime veut exclure l’élite intellectuelle de la décision politique dans le pays. La presse actuelle reflète la peur des nomades de Ain Zena et des chargés de mission de Baden Baden qui se sont emparés du pouvoir en 1962.

J’ai pitié de ces journalistes ignorants qui jouent aux amis de Kateb Yacine et de Mouloud Mammeri pour se faire accepter par la première dévergondée du coin. Je sais qu’ils n’ont jamais connu les gens dont ils prétendent avoir été des amis intimes. Mais je reconnais qu’il y a beaucoup de bien en eux. Que ces journalistes qui pleurent dans les bars la mort de Yacine, qui déplorent les positions de Camus et Haddad cessent d’être les instruments conscients de la propagande criminelle du régime militaire en place. Qu’ils disent non. Non à l’exploitation, au travail au noir contre un salaire de misère et de reniement moral et intellectuel. Qu’ils disent plutôt mourir de faim que de servir le mensonge et l’imposture.


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  1. Au lieu de soulever les questions qui engagent le destin de la nation, au lieu de s’attaquer aux problèmes qui menacent l’avenir du pays, la presse algérienne avec de faux airs qui renseignent beaucoup plus sur sa stupidité et son ignorance que sur sa capacité à comprendre les enjeux du moment, se dresse en rempart pour assurer la survie du régime. Qui ne sait pas parmi le peu d’intellectuels qu’a le pays, que ce se passe aujourd’hui au Mali est l’œuvre du régime algérien ? Pourquoi la presse n’ouvre pas un débat sur les accusations du prince Qatari qui a éclaboussé l’entourage de Bouteflika ? On a vu les ténors de la droite Française s’exprimer à travers les medias sur les accusations portées par le régime de Kadhafi sur le financement de la compagne de Sarkozy. Pourquoi ce qui est vrai ne l’est-il pas en Algérie ? En quoi parler du Sida, de l’homosexualité qui gangrène la société, le marché de la prostitution et de la drogue géré par les forces de sécurité, l’exil forcé des universitaires, l’inexistence d’une industrie, de perspectives touristiques, d’une économie bien établie ; pourquoi parler du passé pour comprendre l’avenir, du patrimoine culturel, civilisationel et artistique bradé par l’ignorance de nos dirigeants, de ces patrons qui servent de prêtes noms aux hauts dignitaires de l’ANP , est –il tabou, un danger pour l’avenir du pays ? Et en quoi la présidence de l’APW de Tizi , les escarmouches qui secouent des partis qui n’ont jamais existé sur le terrain peuvent-ils intéresser le peuple, sachant que depuis l’arrêt du processus électoral à ce jour , le peuple n’a jamais participé aux scrutins organisés par le régime ? A ce titre, il convient de dire que depuis 1994 à ce jour, les taux de participation aux différents scrutins n’ont jamais dépassé les 15% dans le meilleur des cas.
    La question qui se pose maintenant est celle-ci : voulons nous réellement construire un Etat Nation sur les principes de l’alternance, de la démocratie, du savoir et de la science, ou allons nous a cacher tout le temps la vérité sur régime que les lois de l’anthropologie et de la biologie condamnent a disparaitre dans la fange de l’histoire, par des faux semblants, de sales connivences et de mensonges grotesques pour dévier le regard du citoyen et corrompre l’imaginaire collectif ? Que nos amis journalistes jettent un coup d’œil en dehors de leurs chimères, leur schizophrénie et fantasmes. Qu’ils regardent dans les kiosques pour évaluer l’impact de leur prose débile sur le citoyen. Et bien, il y a longtemps que l’algérien ne lit plus la presse de son pays et que journaliste est devenue le sujet d’une risée caustique et collective de la société.

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