DzActiviste.info Publié le jeu 10 Jan 2013

Lettre de Iskander Debbache à Madame Bitat

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Ceux qui ne connaissent pas Iskander Debbache, et n’ont pas une idée précise de ses actions trouveront dans ce texte qu’il a fait parvenir à Madame Bitat, de quoi méditer sur son engagement, et sur sa vision du régime qui a tout perverti, jusqu’à ceux et celles qui ont sincèrement lutté pour la libération de ce pays, pour finalement se laisser corrompre par des embusqués et des assassins de masse. DB
Pas aux Algériens, Madame Bitat!

Par Iskander Debbache

Paris le 14 Février 2011.
Un proverbe Quetchua en Amérique Latine dit en substance Qu’un Caméléon n’a la couleur d’un Caméléon que lorsqu’il est sur un autre qu’un Caméléon… (François Cavanna – Bête et Méchant).
Vous affirmiez Mme Bitat la semaine dernière dans les colonnes de la presse Algérienne que la levée de l’état d’urgence est une nécessité nationale. Rien que ça! Et pour une première, je dois avouer qu’elle est de taille…..

Cela fait dix-neuf ans à deux doigts révolus qu’une bande de malfrats affublés d’uniformes étoilés et prétextant d’une montée de l’Islamisme a fait main basse sur l’Algérie dans le seul et unique objectif de la mettre en coupe réglée, dix-neuf ans que pour étouffer toute contestation, la torture dans sa forme la plus sadique, les assassinats sommaires, les enlèvements suivis de disparitions et les pratiques de la « Lettre de cachet » ont été érigés en système judiciaire, dix-neuf ans qu’au nom de l’intérêt national et d’une supposée stratégie économique mondialiste, des entreprises autrefois lucratives et prospères sont démantelées, nos ressources naturelles bradées, des usines fermées jetant à la rue des millions d’Algériens sans autres moyens de survie que la débrouille et parfois même pire: le vol et la prostitution…. Dix-neuf ans que les Algériens voient leurs condition aller de mal en pis, des restrictions autrefois érigées en manipulation de masse à la pauvreté, puis de la pauvreté à la misère…. Savez-vous Mme Bitat quelle est la différence fondamentale entre la pauvreté et la misère? On dit que la misère est l’état où la pauvreté ne serait plus contenue dans les limites de la dignité ou autrement dit, lorsqu’au moyen d’une interprétation univoque du droit et de sa négation universalisée, elle s’accommode des transgressions aux barrières de la simple moralité jusqu‘à livrer de pauvres enfants parfois en bas âge à l‘exploitation sexuelle et aux trafics d‘organes en bandes organisées.
Dix-neuf ans de vacuité morale et juridique au cours desquels des pratiques que l’on croyait jusque-là étrangères à notre société ont fait irruption dans notre vie de tous les jours comme les kidnappings et la traite des blanches ou de pauvres jeunes filles sont capturées puis séquestrées pour être livrées à la prostitution… Dix-neuf ans que l’état d’urgence sévit sur le commun des Algériens sans que l’on ne vous entende proférer ne serait-ce qu’une seule remarque ou autre réflexion quant à l’opportunité de son maintien et de son renouvellement systématique et voilà que vous vous rappelez à notre bon souvenir par une sortie pour le moins inhabituelle sur l’état de l’Algérie et ce qui préoccuperait selon vous, les Algériens…
Qu’ont fait les Algériens pour mériter d’en arriver là? On n’a jamais vu cela, même pas à l’époque coloniale!
Et justement à ce propos Madame, je me souviens d’une scène à la Mairie d’El Biar en 1997 juste avant mon départ définitif quand une vieille femme a tancé un « Moudjahid » qui venait de la bousculer devant le Guichet où elle avait observé une file de pas moins de deux heures en lui lançant à la face:
– Ecarte toi et ferme ta gueule, je suis un Moudjahid!
Ce à quoi la vieille dame avait répondu d’un air résigné:
– Maâlich, Rouh ya oulidi, França tendeb Aâlik! Hiya Wella Oudjouhkoum……
Ceci pour vous signifier chère Madame, toute l’estime dans laquelle vous tient aujourd’hui le peuple Algérien, je veux dire vous et ceux de votre clan non par un déni de l’histoire ni du sacrifice de nos Martyrs mais pour ce que vous êtes devenus c’est-à-dire les prédateurs avides et insatiables toujours prets à n’importe quelle compromission, pour peu qu’elle vous permette de jouer dans la cour des vainqueurs quittes pour cela, à anticiper les évènements voire, jusqu’à renier vos propres convictions ou à défaut, ce qui serait sensé en tenir lieu soit au final, une formidable flexibilité au moyen de laquelle feu votre Mari et en occurrence Rabah Bitat avait un jour prêté allégeance aux dirigeants du F.I.S. alors dans sa pleine époque de gloire.
C’était avant le coup d’état du 11 Janvier 1992 date fatidique à laquelle le clan des Moudjahidine s’est blotti sous la férule des Généraux et du D.R.S. auxquels il a prêté une obédience au plus offrant et plus que douteuse offrant ainsi une pseudo-légitimité historique au service exclusif d’un protecteur à la fois puissant et généreux. Une histoire et puisque c’est de cela qu’il s’agit, pour le moins curieuse où votre protecteur et mentor d’alors et en l’occurrence Mohamed Lamari n’était pas moins qu’un sous-officier Parachutiste du 3° R.P.C. lors de la bataille d’Alger et à ce propos, il n’était pas le seul: les Colonels Touati et Ali Tounsi étaient également de la fête…. C’est dire si à Alger, les vestes se retournent plus vite que les ombres…..
Dites-moi Madame Bitat, qu’est devenue la petite jeune fille bon chic bon genre, au teint clair et aux allures de jeune fille instruite et bien élevée que l’on a vue aux côtés de Yacef Saadi et sous le regard narquois de Babouche dans le film d’actualités tourné lors de votre arrestation par les paras du Colonel Godard? Personnellement, j’ai du mal à croire que cette jeune fille au regard si intelligent et effrayé ait pu un jour vendre son âme au diable au point de s’allier avec les pires prédateurs de la nation Algérienne… Et pourquoi? Par communion d’intérets ou par simple esprit de clan? Puisque c’est de cela qu’il s’agissait Madame Bitat, un clan régnant sans partage sur une Algérie où il n’y avait de place que pour vous les Moudjahidine envers et contre tous les autres, c’est-à-dire envers et contre cette populace ignare et insipide qui ne méritait tout au plus que votre profond mépris…
Je parle de ce même clan qui a salué l’arrêt du processus électoral en 1992 et sous la protection duquel vous et les vôtres avez pendant près de cinquante ans littéralement déféqué sur les Algériens en vous prévalant de votre qualité de Moudjahidine alors qu’on espérait dans ce contexte d’hystérie collective le voir garder suffisamment de bon sens pour s’opposer à la folie sanguinaire du pouvoir des Généraux génocidaires d’Alger avec son bilan effarant de 300 000 morts et cinq cent Milles déplacés sans parler des disparus dont le nombre est aujourd’hui est estimé à 30 000 dont 7000 ont été reconnus par les pouvoirs publics.
On espérait entendre votre voix faire pour le moins intellectuellement barrage à cette orgie économique dont le seul mérite a été de dilapider sans compter les ressources énergétiques du peuple Algérien hypothéquant par là et même gravement, toute stratégie de développement pour des générations à venir. Une orgie de dépenses que le pouvoir a l’impudeur autant que le formidable culot de travestir sous de faux bilans financiers pour donner à l’extérieur l’image d’une stabilité économique à défaut de légitimité populaire…
Mais au lieu de cela, vous avez préféré Madame tendre la main à un petit usurpateur de première génération et en l’occurrence Mr Bouteflika protégé à bout de bras par des Généraux génocidaires pour profiter de ses « largesses » en faisant rebaptiser l’Aéroport de Annaba du nom de votre défunt mari Mr Rabah Bitat. Un nom particulièrement vomi par les Algériens et qui sonne bizarrement pour un ancien patriote comme un symbole de l’oppression, de l’usurpation et du mépris mais de cela vous n’avez cure, puisqu’après tout, venant de la populace et donc de si bas, n’est-ce pas qu’on n’est jamais sali que par de la matière fécale?
Mais il y a pire que cela Madame, votre appel de dernière minute à la levée de l‘état d‘urgence saupoudré à cette manière de mettre un orteil dans l‘opposition juste pour paraître dans l‘air du temps, sonne aux oreilles des Algériens comme un attentat à la pudeur…
Cordialement,
Iskander DEBACHE (Journaliste en exil).


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