DzActiviste.info Publié le mar 9 Oct 2012

L’évacuation de Abane Ramdane d’Alger vers Blida en pleine Bataille d’Alger. Témoignage de Claudine Chaulet

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Nous tenons à remercier notre Ami Salim Benkhedda pour nous avoir adressé les propos recueillis par son père, Le Président Benyoucef Benkhedda auprès de Mme Claudine Chaulet
La Rédaction LQA
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Propos recueillis par Le Président Benkhedda auprès de Mme Claudine Chaulet.
L’évacuation de Abane Ramdane d’Alger vers Blida en pleine Bataille d’Alger
Témoignage de Claudine Chaulet (20 . 10 . 2000)
Lundi 25 février 1957 :
(ou peut-être la veille ?) Nous avons été amenés par un contact (je ne sais plus qui, Pierre pense que c’était Hamoud Hachemi ) pour repérer le lieu où nous aurions prochainement à accompagner quelqu’un.

C’était une petite ferme , à gauche de la route en allant vers Blida, avant le début de l’agglomération blidéenne (qui était alors bien plus étroite que maintenant, on ne reconnaît plus les lieux sous les nouvelles constructions). Il y avait un bâtiment modeste, et devant une cour ou un terrain, et une entrée sur le bord de la route, ouverte, avec quelques arbres.

Mercredi 27 . 2 . 57 :
Nous avions été avertis (par qui ?) d’avoir à faire le transfert de Abane dans l’après-midi. RV à 14 h au Champs de Manœuvres .
. Pierre est arrêté le matin à l’hôpital par la DST. Les policiers (en civil) montent chez nous à Diar el Mahçoul avec lui et font une fouille complète, sans rien trouver. Ils emmènent Pierre vers 13 h. En nous embrassant, nous nous donnons l’accord pour que j’aille au R.V. Les policiers ont laissé la 2 C.V. stationnée devant la maison et n’ont pas pris les papiers et les clés. Je n’ai pas le temps de faire autre chose, je prépare Luc , le mets dans son couffin, et descend au Champ de Manœuvres, en prenant selon la bonne règle, un itinéraire compliqué pour être sûre de ne pas être suivie. (Je suppose que j’ai traversé l’hôpital).

. Le R.V. était sur le trottoir qui est en bas de l’hôpital, au bout de la rue de Constantine, là où il y avait un petit bureau de trams/trolleys/CFRA.

J’étais à l’heure, Abane aussi. Il y avait là quelqu’un (je ne sais plus qui) qui veillait à ce R.V. Perturbé par l’arrestation de Pierre – mais je lui précise que j’ai fait attention de n’être pas suivie, que je connais le lieu où il faut aller, et que je peux faire le trajet (le bébé toujours dans son couffin sur le siège arrière). Il n’y avait pas le choix, même la voiture ouvreuse prévue n’était pas là, on y va. Il me semble qu’il y avait aussi sur le trottoir, un peu plus loin, Benyoucef Ben Khedda, ou alors Saâd Dahlab ???

. Il faisait très beau, il n’y avait aucun barrage. (même pas le grand avec des blindés qui était d’habitude en bas de la grande descente entre Birkhadem et la plaine).

Nous nous sommes arrêtés pour cueillir le signe de reconnaissance convenu, un rameau d’olivier. Abane m’a dit que si on était arrêté, je devais sortir de la voiture avec Luc et aller vers les militaires qui ne tireraient pas sur moi, dire éventuellement que je l’avais pris en stop, et que lui sortirait de son côté et tirerait. Il avait son gros revolver posé sur les genoux, à peine caché par un journal ou un vêtement. Il était habillé comme d’habitude (blouson ?) et très détendu. Pour lui (ou du moins dans ce qu’il disait), c’était un repli circonstanciel du CCE sur la montagne et pas un départ pour l’extérieur, pas même un échec de la stratégie urbaine. Pour Pierre et moi, cela faisait déjà un moment que nous pensions, et avions dit, qu’il n’était plus possible de tenir en ville et de compter sur les planques, et que les responsables seraient plus en sécurité et plus efficaces dans les montagnes. Ce départ était donc nécessaire, pas drama-tique.

Nous avons parlé pendant le « voyage » (c’était plus long que maintenant ! et Luc a dû dormir ou jouer gentiment) de la contradiction, intenable à mon avis et celui de Pierre, entre le discours politique d’avenir et la pratique des bombes aveugles dans les quartiers « européens ». Ce n’était pas le première fois, mais bouleversée par notre échec à trouver une nouvelle planque pour Ben M’hidi – (tous les refus étaient appuyés sur ces bombes) j’ai dû être violente.

. Arrivés en face de la ferme, je me suis arrêtée à droite, nous nous sommes dit au revoir, il a traversé la route avec son rameau d’olivier, est entré dans la cour, quelqu’un s’est approché. J’ai vu qu’il était accueilli comme prévu, j’ai démarré.

J’ai été faire le tour du centre-ville de Blida (j’ai pensé aller visiter la grand-mère de Pierre pour donner un prétexte à ce voyage, mais j’ai renoncé, ne sachant pas quoi lui dire pour son petit-fils). En repassant devant la ferme, j’ai vu que la cour était vide, tout était calme : Mission accomplie.

. Je suis rentrée sur Alger et suis allée directement chez mes beaux-parents, 3, rue Monge (il fallait surtout que je reste seule pour ne pas « disparaître » et que la police puisse nous faire parler l’un à l’autre).

Le soir, vers 18-19 h, il y a eu un coup de téléphone de Pierre depuis les bureaux de la DST : ils le gardaient… mais il a compris que tout s’était bien passé.

Claudine Chaulet

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