DzActiviste.info Publié le ven 17 Mai 2013

L’ex-dictateur argentin Videla est mort en prison.

Partager

Videlahttp://www.lefigaro.fr

 

Condamné à la prison à perpétuité pour l’enlèvement de bébés d’opposants, l’ancien général avait dirigé de 1976 à 1983 une junte militaire responsable de la disparition de 30.000 personnes

C’est l’un des principaux protagonistes et théoriciens de la dernière dictature argentine (1976-1983) qui s’est éteint, vendredi matin. Jorge Rafael Videla, âgé de 87 ans, est décédé, de mort naturelle, à 6h30, dans la prison fédérale de Marcos Paz où il purgeait une peine de prison à perpétuité pour plusieurs crimes contre l’humanité.

Fils de militaire, Jorge Videla a peu à peu gravi les échelons de l’armée pour être nommé commandant en chef de l’institution en 1975. L’année suivante, le 24 mars 1976, il prend la tête d’un putsch contre le gouvernement d’Isabel Peron, aux côté d’Emilio Massera et d’Orlando Agosti. Pendant les cinq premières années de la dictature, c’est lui qui dirige le pays. Commence alors une période sombre qui laisse encore de douloureuses traces en Argentine.

Plan d’élimination des dissidents

Pour réduire au silence l’opposition de gauche, sans laisser d’empreintes de ses exactions, la junte met en place un plan d’élimination des dissidents. Selon les associations de défense des droits de l’homme, 30.000 personnes ont disparu à cette époque. La plupart sont emprisonnées dans des centres de détention clandestins, puis torturées, avant d’être exécutées. Les corps sont jetés dans des fosses communes, des tombes non identifiées, ou jetés à la mer. Dix-huit Français, dont les religieuses Alice Domon et Léonie Duquet figurent parmi les victimes. La persécution des opposants s’élargit aussi aux pays voisins. Jorge Videla et les dictateurs du Chili, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay se mettent d’accord pour échanger informations et exilés. C’est la fameuse opération Condor. Parallèlement, la junte organise un crime inouï: le vol de plus de 500 bébés de dissidents, confiés à des militaires ou à des proches. Grâce à l’association des Grands-Mères de la place de Mai, une centaine d’entre eux ont aujourd’hui retrouvé leur véritable identité.

«Guerre contre la subversion»

Après le retour de la démocratie, un procès historique contre la junte aboutit à la condamnation à perpétuité de Jorge Videla en 1985. Il est ensuite gracié en 1989 sous Carlos Menem. Mais l’ex-président Nestor Kirchner fait annuler les lois d’amnistie et rouvre les procès de la dictature. Depuis, les condamnations s’enchaînent. En 2010, Videla écope d’une peine de prison à perpétuité pour l’exécution d’opposants. En juillet 2012, c’est pour le vol de bébés qu’il est jugé.

Videla, escorté dans un couloir du tribunal de Buenos Aires, en 1998.

Videla, escorté dans un couloir du tribunal de Buenos Aires, en 1998. Crédits photo : DIARIO PERFIL/AFP

Lors de ce procès, Videla avait lancé une nouvelle provocation, accusant les opposantes qui ont accouché en prison «d’avoir utilisé leurs enfants comme boucliers humains». L’an passé, ce fervent catholique a bien reconnu certaines de ses exactions. Dans un livre intitulé Disposition finale, fruits d’entretiens avec le journaliste Ceferino Reato, l’ex-dictateur a admis qu’entre «7000 et 8000 personnes» avaient été exécutées. Sans toutefois regretter ce que les généraux ont toujours considéré comme une légitime «guerre contre la subversion», ni rompre le pacte du silence passé avec d’autres généraux. Les mères place de Mai, qui recherchent leurs enfants disparus, n’ont d’ailleurs pas fêté ce décès. L’une d’elle, Nora Cortiñas, confie: «Je ne peux me réjouir car il emporte dans sa tombe des secrets trop importants l’endroit où nos fils ont été cachés et notre histoire.»


Nombre de lectures: 224 Views
Embed This