DzActiviste.info Publié le mer 23 Oct 2013

L’exploitation du gaz de schiste doit faire l’objet d’un débat national

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Le gaz de schiste. Qui connaît vraiment en Algérie cette nouvelle ressource fossile « miracle » ? Elle doit, au dire de ses plus fervents défenseurs, permettre de retarder de quelques décennies  « la fin des haricots » du système économique algérien rentier ?

Pourtant, la décision d’exploiter le shale gaz a été officiellement confirmée en Algérie. Une décision prise en coulisse ; malgré les oppositions des rares membres de la société civile bien renseignés sur le sujet. Dans les médias, le débat a été très timide, et principalement par articles et experts interposés.

Rarement on a vu un membre du gouvernement répondre directement aux questions de ces citoyens et citoyennes algériens inquiets de savoir si tous les paramètres ont bien été abordés avant de trancher pour une exploitation imminente.

Certains affirment que les risques environnementaux sont quasi nuls ou parfaitement maîtrisés. D’autres, faisant mine d’être plus pragmatiques, affirment que c’est une manne incontournable pour notre économie. D’autres, encore, ont pris le parti de souligner à cet effet l’inévitable augmentation de la consommation énergétique de la société algérienne.

L’exploitation de ce type de gaz relativement récente, aucune étude ne dispose d’assez de recul pour attester l’absence de risques écologiques ni de leur maîtrise par les industriels pétroliers. Par contre, les nombreux dégâts déjà commis par les forages horizontaux à fraction hydraulique existent bel et bien.  Il suffit de suivre l’actualité internationale.

Le gaz de schiste fait peser sur le Sahara une épée de Damoclès trop menaçante pour être occultée d’un revers de main.

En effet, la nappe albienne, réserve immense d’eau, dont les experts avancent des capacités de 60 000 milliards de M3, est un « or bleu » pour l’Algérie. Ces eaux risquent d’être contaminées par les extrêmes pollutions liées à l’utilisation de plus de 400 produits chimiques, dont certains provoquent des cancers et de graves maladies. La grande quantité d’eau nécessaire pour chaque forage est aussi préoccupante quand on sait que la surexploitation de cette nappe entraînerait la  salinisation des terres et donc l’avancée du désert.

La gestion de l’eau et la lutte contre le désert sont pourtant des secteurs essentiels au bien-être économique et écologique de notre pays.

Pour ceux qui ne veulent rien entendre à l’Environnement, j’aimerais insister sur le fait que les objections que l’on peut faire au sujet du gaz de schiste sont loin d’être seulement écologiques.

On  parle dors et déjà d’une « bulle du gaz de schiste »  suscitant  la  défiance  de nombreux  économistes à travers le monde. Il est question d’investir plusieurs centaines de milliards de dollars pour extraire ce gaz non conventionnel en Algérie. La seule partie dans cette aventure vraiment sûre d’en tirer d’immenses bénéfices, ce sont  ceux qui  en ont le monopole technologique.

Le plus grand consommateur d’énergie au monde, les USA, s’avère devenir aussi  le plus grand producteur de gaz et de pétrole mondial. D’autres pays, comme la Pologne ou la Chine, disposent elles aussi  de réserves très importantes de gaz de schiste capables d’inonder le marché européen et asiatique grâce notamment des connivences économiques, géopolitiques et culturelles  évidentes avec ces marchés. Qu’adviendra-t-il des cours d’une telle ressource si coûteuse et dépensière en énergie? L’Algérie du gaz de schiste sera-t-elle aussi attractive et influente dans cette nouvelles géopolitique ?

Il faudra forer pas moins de 12000 puits, monter, démonter les installations, assurer leur fonctionnement, traiter les eaux usées, acheminer le matériel et le gaz. Tout cela a un prix énergétique qu’il faut évaluer avec une extrême transparence et précision afin d’être bien sûr qu’un tel effort sera vraiment rentable.

La guerre de l’énergie ne se gagnera pas par des batailles pour  en augmenter la production, mais bien en menant un combat durable contre sa surconsommation. De nombreux investissements sont  nécessaires pour réaliser une telle mutation salutaire pour le système énergétique algérien et donc pour l’économie algérienne.

Selon certaines estimations américaines, notre pays posséderait la troisième réserve mondiale de gaz non conventionnel. Mais, il est également avéré que le Sahara algérien, est  dotée d’un potentiel  solaire encore plus  rare et conséquent. On parle très peu des capacités éoliennes de ce vaste désert.

Pourquoi l’Algérie ne se donne pas le temps d’innover afin de devenir une nation d’avant-garde dans l’exploitation des énergies renouvelables ? Elle l’a déjà fait  jadis en participant au développement du gaz naturel liquide, une véritable révolution dans l’univers pétrolier et pour la protection de l’environnement. Le pays avait ainsi renforcée  sa souveraineté sur ses ressources fossiles et permis le développement des voitures GPL.

Les investissements de l’Algérie dans le secteur des énergies renouvelables semblent au contraire avoir été pourtant largement revus à la baisse depuis. C’est un syndrome récurent chez toutes les nations qui ont décidé d’exploiter leur gaz de schiste.

Il ne s’agit pas de remettre en question le principe d’exploiter du gaz de schiste en Algérie. La vraie question est « pourquoi et comment ? ». L’exploration doit être consciencieuse  et prudente, la recherche réactive et innovante, l’exploitation inscrite dans un mix énergétique respectueux  de l’environnement algérien. Ce gaz devrait  patiemment attendre d’être extrait avec une technologie moins écocidaire et s’inscrire dans un mix énergétique. C’est ce que pensent beaucoup de ceux, parmi la société civile, qui ont étudié  le sujet avec soin.

L’absence de  réelle communication de la part du gouvernement afin d’exposer  aux citoyens algériens  les avantages et les inconvénients d’une telle option pour l’Algérie, ses réticences à stimuler un débat public national, tout cela ne laisse rien présager de bon quant à la légitimité d’un tel choix : continuer à focaliser nos efforts à maintenir notre dépendance économique  et énergétique  aux seuls gaz et pétrole au lieu de nous engager vers la voie d’une énergie propre au service d’un développement  économique diversifié et  soutenable  tant par notre nation  que par son environnement.

Dans la meilleure des Algérie, on aurait même dû organiser une campagne de sensibilisation ainsi qu’un référendum national et une commission indépendante issue de la société civile pour veiller à son bon déroulement.

Qui pourrait parier que le « oui » l’emporterait ? Sûrement pas  tous ceux qui se félicitent qu’en Algérie on ne soit pas donné la peine  d’instaurer un tel débat.

Par Karim Tedjani, militant écologiste, créateur du portail Nouara


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