DzActiviste.info Publié le ven 16 Nov 2012

l’homo algerianus de 2012 est une monstruosité

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Adel HERIK

L’Histoire des sociétés humaines est un éternel mouvement de flux et de reflux. Chaque époque se voit assigner une tâche historique majeure, en fonction des conditions objectives qui la caractérisent. Dans notre pays, après le premier choc de l’occupation française, suivi de la résistance acharnée des tribus, après l’effondrement des structures de l’État turc d’El-Djazayer, puis, après la défaite de tous les soulèvements contre l’occupant et la célébration par les colons français du centenaire de la colonisation, en 1930, les élites algériennes se virent assigner comme tâche historique la restauration de la nation algérienne indépendante. Cette tâche absorba les énergies des meilleurs enfants de la société algérienne meurtrie durant près de 30 ans. La mobilisation de tout ce que cette société comptait comme élites finit par porter ses fruits et déboucha sur l’insurrection du 1er novembre 1954 et la proclamation de l’indépendance, un certain 5 juillet 1962. La nation algérienne était de nouveau présente parmi les autres nations du monde et la longue période de reflux prit fin lorsque le drapeau algérien fut hissé à la place du drapeau français au fronton des édifices publics.

La nouvelle tâche historique qui fut dès lors assignée aux élites de l’Algérie indépendante était l’édification de l’État national – une république démocratique et sociale dans le cadre des principes islamiques – et la mise en place d’une économie moderne. Les attentes de la société algérienne, maintenue en état d’infériorité dans tous les domaines pendant 132 ans par la minorité européenne occupante, étaient immenses. Hélas, les élites qui réussirent à libérer le pays de l’occupation coloniale ne tardèrent pas à retourner leurs armes les uns contre les autres et le vent de la discorde balaya tous les espoirs des Algériens et Algériennes de voir leur pays devenir une véritable démocratie dans laquelle le peuple serait souverain et aurait le droit de choisir librement ses dirigeants et le programme socio-économique qu’ils mettraient en œuvre. Ces élites ne furent pas à la hauteur de la tâche que l’Histoire leur avait assignée.

Ayant pris son parti du régime dictatorial imposé par l’homme fort de l’armée des frontières, le peuple algérien, emporté par le généreux élan de l’indépendance, se remit peu à peu à croire en un avenir radieux. Hélas, il ne tarda pas à se rendre compte que l’édifice que ses dirigeants avaient construit était branlant en raison de la non-conformité de ses fondations. Cette désillusion constitua le prélude d’une nouvelle période de reflux dont la tragédie des années 92-98 fut l’épisode le plus sombre. Après 50 ans de bricolage et de manipulations en tous genres, le système politique mis en place par le groupe de Ben Bella et Boumediene est devenu aujourd’hui un système rentier mafieux qui se nourrit de l’argent du pétrole et du gaz et qui profite en priorité à une nouvelle minorité occupante, mille fois plus nocive que la minorité européenne de l’époque coloniale, arrogante, inculte et médiocre. La société algérienne n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même : l’homo algerianus de 2012 est une monstruosité, un être cynique, indiscipliné, incapable de fournir le moindre effort soutenu, attiré par le gain facile. Ses dirigeants sont des prédateurs sans scrupules, médiocres et corrompus qui vivent dans des ilots de luxe hautement sécurisés, totalement coupés du reste du peuple et incapables de le comprendre.

L’Histoire est un maître impitoyable. Ceux qui trichent avec elle n’ont aucune chance d’échapper au verdict de son tribunal. Elle finit toujours par les rattraper. Ainsi, la copie remise par les élites algériennes qui ont eu à diriger le pays entre 1962 et 2012, bâclée et pleine de développements hors-sujets et de plagiats, a écopé d’un 2/20 – et c’est généreusement payé. Recalés. Tout est à refaire.

Aux nouvelles générations d’Algériens et d’Algériennes qui arrivent aujourd’hui à l’âge adulte, l’Histoire réassigne la même tâche qui a été bâclée par leurs prédécesseurs : édifier une république démocratique et sociale dans le cadre des principes islamiques et bâtir une économie moderne. Mais il leur faudra au préalable démanteler le système défectueux mis en place par les tricheurs qui ont mené le peuple en bateau pendant 50 ans. S’ils refusent de prendre leurs responsabilités, l’Histoire attendra patiemment et les générations futures paieront un prix encore plus élevé. Qu’ils se rappellent bien, cependant, que les négligences et l’incompétence des princes Hafsides de Constantine, des princes Zayyanides de Tlemcen, des notables Thaaliba d’El-Djazayer, des Belkadi et Mokrani de Kabylie et des Chouyoukhs de Biskra et Touggourt eurent pour résultat la domination du pays par les Turcs durant trois siècles puis son occupation par les Français pendant 132 ans.


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