DzActiviste.info Publié le mar 11 Sep 2012

Libye: le temps des procès est arrivé

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SlateAfrique, 10 septembre 2012

Le refus d’externaliser les procès des dignitaires du régime Kadhafi arrange tout le monde ou presque.

Des Libyens célébrant la prise de Tripoli, le 22 août 2011. ©MAHMUD TURKIA / AFP
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Mise à jour du 10 septembre: Le procès de Seif al-Islam, fils du défunt dictateur libyen Mouammar Kadhafi, annoncé pour septembre, a été reporté sine die, ont indiqué aujoiurd’hui à l’AFP par les autorités judiciaires libyennes. La raison: l’enquête va se poursuivre depuis l’extradition d’Abdallah al-Senoussi (ex-chef des renseignements du régime de Mouammar Kadhafi). « Un procès pourrait se tenir au début de l’année prochaine », selon un responsable chargé du dossier de Seif al-Islam.

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C’est bien connu, chaque révolution a ses procès et la Libye post-Kadhafi ne va pas faillir à la règle.
Au cours des jours qui viennent, plusieurs hauts responsables de l’ancien régime vont se retrouver devant les juges, parmi lesquels Abdelati Al-Obeidi, ancien ministre des Affaires étrangères et Mohamed Belgassem Al-Zwai, ancien président du Congrès du peuple (parlement, tel que défini par feu le «Guide de la Jammahiriya»).
Mais, c’est surtout la perspective du procès de Seif al Islam, le fils de Kadhafi actuellement détenu à Zenten dans le sud-ouest de Tripoli, qui retient l’attention.
Selon plusieurs informations en provenance de la capitale libyenne, le passage devant la justice de l’ex-futur héritier de son dictateur de père, n’est plus qu’une question de jours. En revanche, il est encore trop tôt pour savoir quand seront jugés Abdallah Al-Senoussi et Baghdadi Al-Mahmoudi, deux personnalités emblématiques du pouvoir Kadhafi.
On le sait, les deux hommes ont pour point commun d’avoir fui la Libye avant d’être extradés par les pays où ils avaient cru trouver refuge.
Pour Al-Mahmoudi, ancien Premier ministre, c’est en Tunisie que s’est joué son sort en juin dernier.
Après plusieurs mois de tergiversation, le gouvernement tunisien a décidé de le remettre aux autorités tunisiennes, une décision qui, à l’époque, avait provoqué la colère du président Moncef Marzouki, ce dernier n’ayant pas été informé de cette extradition (à laquelle, d’ailleurs, il s’opposait au motif que Mahmoudi risque la condamnation à mort dans son pays).

Attentat contre le DC10 d’UTA

Plus intéressant est le cas d’Abdallah Al-Senoussi, ancien chef des renseignements libyens et beau-frère de Kadhafi.
Recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crime contre l’humanité (notamment le massacre de 1.200 prisonniers dans le bagne d’Abou Salim, à Tripoli, en 1986), cet homme, qui a aussi été condamné par contumace en France pour son rôle dans l’attentat contre le DC10 d’UTA (19 septembre 1989), a suivi un curieux itinéraire avant d’être rattrapé par les siens.
Arrêté au Maroc et longtemps détenu dans ce pays —où il a vraisemblablement été débriefé par plusieurs services secrets occidentaux— il a été expulsé vers la Mauritanie qui a fini par l’extrader.
Dans les analyses sur cette affaire, il est souvent mis en exergue le fait que le nouveau régime libyen a su s’imposer face à la volonté de la CPI de juger les anciennes figures du régime de Kadhafi. C’est vrai pour Al-Senoussi mais c’est aussi vrai pour Saïf al-Islam.

L’axe Washington-Paris-Doha

La Libye a refusé de livrer ces deux hommes à La Haye mais aussi s’est montrée peu coopérative avec les missions d’information de cette même CPI en Libye (on se souvient qu’une de ses délégations a été emprisonnées durant un mois après sa visite à Seif al Islam).
Ainsi, Tripoli a fait acte de souveraineté dans un contexte où de nombreux Arabes, à commencer par les voisins algériens, estiment que le nouveau régime libyen n’est qu’une marionnette soumis au bon vouloir de l’axe Washington-Paris-Doha.
Les procès à venir devraient donc conforter l’idée que la Libye a un système judiciaire qui fonctionne et donc de véritables institutions.
Il faut tout de même relever que ce refus d’externaliser ces procès arrange tout le monde ou presque.
A La Haye, disposant d’un avocat et de tous ses droits de prévenu, Seif al Islam Kadhafi aurait pu transformer les audiences en shows bien embarrassants pour ses alliés d’hier à commencer par les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne sans oublier la France.
Même chose pour Al-Senoussi, l’homme des basses œuvres de Kadhafi qui a longtemps été l’interlocuteur incontournable des Occidentaux dans leur lutte contre le terrorisme. Cela sans oublier toutes ces rumeurs de financement de campagnes électorales en Europe comme aux Etats-Unis par Kadhafi.
Il appartient donc à la «nouvelle» justice libyenne de faire en sorte que les procès à venir ne débouchent pas sur des révélations compromettantes pour tout le monde…

Akram Belkaïd 
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