DzActiviste.info Publié le mer 26 Sep 2012

L’Iliade du Sept-Septembre: le jour Stephen Harper shabilla en Agamemnon

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De Fida Dakroub
Global Research, septembre 22, 2012
Url de l’article:
http://www.mondialisation.ca/liliade-du-sept-septembre-le-jour-stephen-harper-shabilla-en-agamemnon/
Généralités

Ainsi que le confirma Ottawa le 7 de ce mois, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, vida son coeur débordant au cours dun point de presse tenu à Vladivostok, en Russie, où il participa au sommet de lAPEC en compagnie du premier ministre canadien, Stephen Harper. À vrai dire, M. Baird tint un discours moins brillant que jaillissant du plus profond de son coeur, discours qui rappela saint Paul quand il dit : « … car celui qui commet l’injustice recevra selon son injustice, et il n’y a point d’acception de personnes [1] ».



Et quel était le héros de ce discours jaillissant du coeur et débordant d’amour ? Quel était le sujet qui inspira tellement M. Baird, dont il parla avec « inspiration à des inspirés » ? Qui était le Ménélas [2]de cette Iliade du Sept-Septembre ?

Personne d’autre que le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu !

LIliade du Sept-Septembre et ce qui advint aux relations avec Téhéran

M. Baird dressa une longue liste de reproches contre lIran et annonça la rupture diplomatique avec Téhéran. L’Iran, dit-il, est « la menace la plus importante à la paix et à la sécurité mondiale à l’heure actuelle [3]». Il repprocha à Téhéran de fournir une aide militaire au gouvernement Assad, en Syrie. Il sinquiéta de la menace que l’Iran représentait pour l’existence d’Israël : « Il (le régime iranien) refuse de se soumettre aux résolutions des Nations unies en rapport avec son programme nucléaire. Il menace régulièrement l’existence de l’État d’Israël et emploie une rhétorique raciste et antisémite, incitant au génocide [4]», lança M. Baird.

Ces paroles monumentales de M. Baird, cette philanthropie sans frontière qui fit pleurer même les crocodiles les plus insensibles de lAmazone [5], cette insistance sans limite à établir paix et justice dans le monde, ces manifestations divines par lesquelles le discours fut prononcé, tout fit écho dans les ruelles de Jérusalem, où les propos de M. Baird furent applaudis par les rois de Juda [6].

Quant à lambassadrice dIsraël à Ottawa, Miriam Ziv, elle déclara, dans un communiqué diffusé le même jour, que cétaient là les mesures qu’il fallait prendre « pour tracer clairement une ligne rouge à l’Iran [7]». Pour sa part, le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, félicita dabord Ottawa : « je félicite le premier ministre canadien Stephen Harper d’avoir pris cette décision courageuse [8]» ; puis il présenta son éloge : « la décision morale du premier ministre canadien est très importante et constitue un exemple pour la communauté internationale [9] »; enfin il montra ses muscles : « la détermination dont fait preuve le Canada servira à faire comprendre aux Iraniens qu’ils ne peuvent pas continuer leur course vers l’arme nucléaire [10]».

Quelques jours auparavant, M. Netanyahou, sen prit à Washington à qui il reprocha sa réticence à envisager l’avenue militaire : « La communauté internationale n’a pas défini une ligne rouge que l’Iran ne doive franchir et l’Iran ne voit pas la résolution de la communauté internationale à stopper son programme nucléaire », déclara-t-il après la publication d’un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Comment Netanyahou chevaucha à Ottawa en tant que Ménélas

À plus forte raison, la décision dOttawa de rompre avec lIran ne sexplique ni par la philanthropie philanthrope de M. Baird ni par la bonhomie de M. Harper ; car« si cest ici le meilleur des mondes possibles, que sont donc les autres ? [11] ».Au contraire, la décision dOttawa se voit dans le contexte de la détérioration graduelle des relations de ladministration Obama avec la coalition actuelle à Tel-Aviv, dun côté, et dans celui de la grandissime admiration du gouvernement Harper pour cette coalition, de lautre côté. Les convergences se font jour entre ce que nous disons ici et la visite de M. Netanyahou à Ottawa, le 2 mars, sans passer dabord par Washington. Lors de cette visite, M. Netanyahou sollicita lappui de son « meilleur ami », M. Harper, pour des actions futures contre lIran, à un moment où le président américain, Barack Obama, séloignait de lui, et croyait encore à lutilité des sanctions et des pressions économiques, sans rejeter, certainement, loption militaire : « toutes les options restent sur la table, et les États-Unis naccepteraient jamais un Iran nucléaire [12]»,confirma Obama.

Comment Harper le reçut en tant quAgamemnon, et Baird en tant quAchille

Lorsque Netanyahou arriva à Ottawa, le 2 mars, shabillant en Ménélas, après avoir traversé les sept mers [13], son « meilleur ami », Stephen Harper, se fut déjà habillé en Agamemnon [14], et John Baird eut déjà appris par coeur les paroles dAchille aux pieds rapides [15].

Sur la Colline du Parlement, les trois héros se retrouvèrent, et une voix fut entendue dans le ciel :

Certes, vieillard, tu surpasses dans l’agora tous les fils des Akhaiens. Ô Père Zeus ! Athènè ! Apollôn ! Si j’avais dix conseillers tels que toi parmi les Akhaiens, la ville du roi Priamos tomberait bientôt, emportée et saccagée par nos mains ! [16]

Quelle mouche piqua alors M. Harper au point de rompre les relations diplomatiques avec lIran ? Quel événement fût venu sajouter au tableau pour justifier une démarche aussi extrême ? Aucun élément, aucune mouche ! À proprement parler, la justification du gouvernement, présentée dans un communiqué officiel du ministère des Affaires étrangères, noffrit rien de précis ; autre que lannonce vague et mal soutenue de M. Baird, rien ne fut ajouté. Au contraire, les arguments de M. Baird eussent été calqués sur ceux de George Bush II et de lImperator [17]Ronald Ramsfield, à la veille de linvasion de lIrak. Parmi ces arguments qui eussent justifié la rupture avec lIran, le gouvernement Harper évoqua son programme nucléaire, son appui au terrorisme et son antisémitisme. Les allégations invoquées furent les suivantes :

premièrement, « le Canada considère le gouvernement de l’Iran comme étant la menace la plus importante à la paix et à la sécurité mondiales à l’heure actuelle » ;

deuxièmement, «le régime iranien fournit une aide militaire croissante au régime Assad »;

troisièmement, «il refuse de se conformer aux résolutions des Nations unies concernant son programme nucléaire » ;

quatrièmement, «il menace régulièrement l’existence d’Israël et tient des propos antisémites racistes en plus d’inciter au génocide » ;

cinquièmement, «il compte parmi les pires violateurs des droits de la personne dans le monde » ;

sixièmement, «il abrite des groupes terroristes auxquels il fournit une aide matérielle ».

M. Baird, après avoir appris par coeur les paroles dAchille aux pieds rapides, donna aussi une longue liste de motifs, dont le soutien de l’Iran au régime du président Bachar el-Assad en Syrie. En effet, les déclarations de M. Baird, concernant la rupture des relations diplomatiques avec lIran, surprirent tout le monde, car aucun élément nouveau ne fut venu sajouter au tableau, pour justifier une telle démarche. Tout le monde ? Pas nécessairement, car ceux qui suivaient de près les déclarations du gouvernement Harper sur le conflit au Moyen-Orient nattendaient pas moins quune nouvelle Iliade, non contre Troie, mais cette fois-ci contre lIran, évidemment.

Ladmiration quavait Harper pour Netanyahou et ce qui advint de notre icône sur la scène internationale

À plus forte raison, la décision dOttawa à rompre avec Téhéran trouva sa justification dans les paroles dadmiration que tenait le gouvernement Harper pour la coalition politique à Tel-Aviv.

Que lon relise dans les archives comment, tout en jouant la lyre dOrphée [18], M. Harper décrit son admiration pour Tel-Aviv ; comment, le jour où la soldatesque israélienne eut brûlé à cendre le Liban en 2006, le gouvernement Harper prit clairement position en faveur de lÉtat d’Israël, en affirmant que ce pays « avait le droit de se défendre [19] »; comment ce gouvernement prit, encore une fois, une position très décevante, cette fois-ci pendant la guerre contre Gaza en 2008 – 2009, lorsque monsieur Lawrence Cannon, alors ministre des Affaires étrangères, répéta le même refrain, indiquant que l’État hébreu avait « parfaitement le droit de se défendre [20]» ; comment enfin lassaut de larmée israélienne contre la flottille humanitaire qui se dirigeait vers la bande de Gaza, le 31 mai 2010, eut provoqua lindignation partout dans le monde, sauf sur la Colline du Parlement, car le gouvernement Harper résista encore et toujours à « lopinion commune ou au simple bon sens (…) aucune condamnation, aucune demande d’enquête ne se fit entendre alors même que Benjamin Netanyahou était devant lui au moment des événements [21]». Il fallait lire tout ce lyrisme ainsi que les innombrables fioritures poétiques qui l’accompagnèrent, pour sentir ce que signifia un « inspiré parlant à des inspirés ».

Dailleurs, toute cette Iliade du Sept-Septembre servit au gouvernement Harper de pousser le Canada pour faire varier son orbite historique, pour redessiner son portrait pacifique en tant quagent de la paix, pour redéfinir son rôle sur la scène internationale, pour hurler enfin avec les loups par volonté daffirmer un changement d’identité : « nous ne sommes plus des agents de la paix, mais des acteurs crédibles des rapports de force entre les puissances internationales [22] », comme le démontra bien Christian Nadeau.

Hélas ! Nous nous posâmes ainsi, sur la scène internationale, comme la nation destinée à attirer sur elle toute la colère de Hadès [23], nous nous mîmes devant Cerbère [24]comme un bouclier, et nous détournâmes sur nous tous les périls et tous les dangers du Tartare [25].

Quel compliment pour lIliade du Sept-Septembre ! Quel compliment pour la rupture dOttawa avec Téhéran ! Sans la déclaration de M. Baird, la paix mondiale se fût échappée des pieds de Hadès. Certes, si M. Baird eut parlé avec moins d« inspiration à des inspirés », si M. Harper eut été moins riche damour et dadmiration à son « meilleur ami », Netanyahou, ou bien si, et seulement si, il eut considéré la position dune grande partie des Canadiens, cela eût mieux valu pour notre pays. Hélas ! Cest ce qui fut arrivé le jour du Sept-Septembre.

En ce qui concerne les six points présentés par la déclaration de M. Baird, justifiant la rupture diplomatique avec Téhéran, nous les reprendrons en analyse et en critique, un par un, dans la deuxième partie de cette Iliade du Sept-Septembre. Rester avec nous !

Fida Dakroub, Ph.D

Communiquer avec l’auteur : www.fidadakroub.net


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