DzActiviste.info Publié le mer 1 Mai 2013

L’indice de développement humain de l’Algérie : 93ème un classement mirage !

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Par Cherif AISSAT
idh algerie
L’Algérie est classée 93ème dans le Rapport 2013. Sans comparer, le dernier « décile »  des 100 premiers pays qui ont occupé les places 90 à 100 dans le Rapport 2011 sont les mêmes que ceux de 2012. Ils sont : le Royaume des Iles de Tonga, Tunisie, Azerbaïdjan, Algérie, Turquie, Jordanie, Samoa, Sri Lanka.

Si un indice des prix à la consommation[i] bas et du développement humain (IDH) élevé reflétaient les coût et qualité de la vie des citoyens, les pouvoirs publics et personnels répressifs  n’hésiteraient pas à les brandir à la figure des manifestants qui dénoncent, au contraire, la détérioration des conditions qu’ils endurent au quotidien et à plus forte raison dans les pays du Sud comme l’Algérie.

Aussi, aborder la vie des individus par des chiffres est amoral. Le résultat logique obtenu avec les propositions simples (richesse/pauvreté), (bonheur/tristesse), (paix/guerre) liées par un « et » donne toujours un résultat vrai en ce sens que les individus même en temps de guerre peuvent vivre en étant riches et tristes ou pauvres et heureux en paix. Rester à ce constat mathématique est incantatoire puisque, même dans les religions monothéistes, l’élection au paradis est basée sur un poids ou indice avec des pondérations numériques connues pour certains actes. L’indice d’accès au Paradis intègre dans son calcul une dose de spiritualité.

Pour obtenir ces valeurs, des variables sont conceptualisées et « mesurées » à partir d’agrégats financiers, monétaires, infrastructurels et autres éléments faciles à chiffrer ou d’indicateurs perceptuels tels que la corruption, les libertés économiques et politiques.

L’indice de développement humain (IDH) est aux cotés de ceux du chômage, balance de paiements, développement technologique et politique sans les mesures qui intègrent les dimensions de développement durable et qui s’imposent tant bien que mal, un indice des plus utilisés.

Si certains indices sont faciles à retenir parce qu’ils sont acronymiques d’autres, symbolisés par des caractères de l’alphabet grec ou par leur inventeur comme Atkinson ou Paretto, le sont moins. Le sympathique est cette invention de journalistes qu’est l’indice Big-Mac[ii], du nom du sandwich, casse-croute américain qui permet de mesurer les taux de change et les parités du pouvoir d’achat.

Aspects normatifs de l’IDH.

En théorie uniquement, par leur neutralité c’est-à-dire sans unité de mesure, les indices permettent de comparer des pays et produire des classements, de mesurer leurs performances et les ranger dans des catégories.

Mais la comparabilité[iii] des pays par des indices est problématique parce que les échantillons statistiques n’ont pas la même taille et qualité, n’utilisent pas la même formule, ne couvrent pas les mêmes étendues géographiques.

Dans les pays à systèmes d’informations raffinés, l’IDH est corrigé par le coefficient d’inégalité pour donner celui ajusté aux Inégalités. Avec cette correction, les USA ont perdu 13 places dans le classement 2013. N’étant pas disponible pour l’Algérie, ce classement est complètement biaisé.

Pour mesurer l’inégalité, deux indices sont utilisés sont : Gini ou Atkinson. L’IDH non monétaire est une autre variante. Il est calculé avec l’espérance de vie à la naissance et l’accès à l’éducation.

En Algérie, l’IDH est calculé à partir des résultats induits par des investissements publics qui ont été faits sur du long terme ou hérités de l’occupation française et certains droits tels que l’obligation de scolarisation des enfants et le droit aux soins et médicaments sachant que certains sont exclus du régime d’assurance maladie et qu’aucune protection sociale n’est disponible pour les sans emplois.

En termes de périodicité, l’IDH est calculé annuellement à l’étranger avec un différé d’une année (-1).

L’Algérie a ratifié le Pacte international relatif aux droits économiques et sociaux. L’IDH permet d’estimer partiellement le droit des Algériens à une vie décente, droits à l’alimentation, santé et éducation. C’est cette dimension « droit de l’homme » qui est complètement éludée puisque avec un  gain ou perte de classement dans l’IDH, il n’est jamais dit que c’est un droit de l’Algérien qui est en prend un coup. 

Ce que mesure l’IDH ou aspect analytique

IDH

 

Éducation (1/3)

 

Esperance de la vie à la naissance

Durée moyenne de la scolarisation

Durée attendue de la scolarisation

Revenu National Brut/habitant (PPA en $)

 1/3

 2/9

 1/9

 1/3

 2012

73,4

7,6

13,6

7418

0,7130

0,5802

0,7556

1,8703

2,9419

0,7124

0,8400

0,6770

0,6357

2011

73,1

7,6

13,6

7341

0,7111

0,5802

0,7556

1,8658

2,9419

0,7118

0,8400

0,6770

0,6342

2010

72,9

7,2

13,6

7262

0,7100

0,5496

0,7556

1,8611

2,9419

0,7026

0,8322

0,6589

0,6326

Tableau 1 : calcul de l’IDH de l’Algérie. Source: http://hdrstats.undp.org/fr/tableaux/

 

Règles de calcul. IDH = Moy.Geometrique (indice esperance vie, indice education, indice RNB)

Indice espérance vie = (espérance vie de l’année – 20)/(83,57-20)

Indice éducation = Racine. Carrée (durée moyenne scolarisation * durée attendue scolarisation)/0.978

Indice revenu = (LOG (RNB par habitant)-LOG(100)) / (LOG(87478)-LOG(100)). 87478 est le RNB du Qatar en 2012 et le RNB minimal est de 100. Source : http://hdr.undp.org/fr/statistiques/idh/

En caractères gras et rouges, nos calculs de l’IDH. En gras et noir, l’IDH calculé par le PNUD.

Lecture rapide du tableau 1. En appliquant des arrondis, les deux IDH sont identiques.

Si l’IDH est une équation alors il faut regarder toutes ses variables.

Les sources académiques divergent sur les catégories de cet indice. Pour certaines, l’IDH est considéré comme très élevé s’il est entre  0,9 et 1; élevé s’il est entre 0,8 et 0,9. Il est moyen s’il est entre 0,5 et 0,799 et faible s’il est inférieur à 0,5.[iv]

Pour d’autres, il est très élevé entre 0,788 et 0,938; élevé s’il est entre 0,677 et 0,784; moyen pour l’intervalle (0,488 et 0,669) et faible s’il est inférieur à 0,670.

Mr Smail Goumeziane, docteur et professeur d’économie a publié une analyse[v] dans l’hebdomadaire électronique algérien La Nation. Nous ajoutons ce qui suit.

Non ajusté aux inégalités, l’IDH national ne reflète pas ce qu’il est censé mesuré.

Seul l’indice des revenus (RNB en PPA par habitant) a varié sensiblement durant les trois années.

Les deux autres indices (espérance de vie et éducation) sont restés identiques pour 2011 et 2012. Avec tout ce qui a été écrit de négatif dans différentes publications sur le secteur médical en Algérie; il faudrait ajouter le poids nécessaire à l’apport des expatriés en termes d’impact sur la longévité des leurs soit par des transferts[vi] de fonds, prises en charge médicale en Europe et Amérique et envoi de médicaments. Si 500 000 immigrés envoient 10 euros, livres sterling ou dollars par an, l’apport est énorme en dinars.

La durée attendue de la scolarité n’a pas varié pour les trois années. D’après les règles du PNUD, cet indice mesure le « nombre d’années de scolarisation dont un enfant d’âge d’entrée à l’école peut espérer bénéficier si les taux de scolarisation par âge devaient demeurer inchangés tout au long de la vie de l’enfant ». Il est de 13,6 explicable par la Loi sur l’éducation en Algérie. Il correspond globalement au cycle fondamental (6 années au primaire et 3 au collège) et secondaire (3 années). Des cycles durant lesquels, il est très difficile pour des enseignants et responsables d’écoles et lycées d’exclure[vii] des élèves quel que soit leurs résultats et c’est ce qui fait la faiblesse du taux de décrochage scolaire en Algérie tel que noté dans les différents Rapports du PNUD.

Reste la durée moyenne de scolarisation qui est, toujours d’après le PNUD, le « nombre moyen d’années d’éducation dispensées aux personnes âgées de 25 ans et plus, d’après les niveaux d’éducation de la population convertis en années de scolarisation sur la base des durées théoriques de chaque niveau d’enseignement suivi ». Sa valeur est de 7,6 pour 2012 et 2011 et 7,2 pour 2010. La définition de cette variable avant transformation par l’UNESCO est « l’effectif de la population âgée de 25 ans et plus par niveau d’instruction[viii] ». Faute de données, elle est difficile à interpréter car nous suspectons des cumuls d’année de séjour à l’université qui n’aboutissent pas à des diplômes de niveau bac + 6 et plus. Cet indicateur, selon l’UNESCO, dit que « le niveau de formation détermine les compétences de la population des pays, il peut être considéré comme un indicateur qualitatif et quantitatif de leur capital humain ». Il est admis qu’il est extrêmement ardu pour un étudiant en médecine de terminer sa formation de médecin en 6 années et encore moins sa spécialisation après 3 années supplémentaires. « Anecdotiquement », ils contribuent à gonfler cette variable. En bout de parcours, les deux indicateurs sur l’éducation suggèrent de revenir sur l’impact de l’amputation du cycle collégial d’une année (passage de 4 à 3 années d’étude) et le bilinguisme ou trilinguisme dans la formation.

 

2012

évolution  (2012/2011)

2011

évolution (2011/2010)

2010

Esp vie à la naissance

0,8400

0,00

0,8400

0,94

0,8322

Éducation

0,6770

0,00

0,6770

2,75

0,6589

RNB /habitant (PPA en $)

0,6357

0,24

0,6342

0,25

0,6326

IDH

0,7130

0,28

0,7110

0,14

0,7100

Tableau 2. Évolution de l’IDH de l’Algérie à 2010 à 2012.

 

Le dernier indice calculé est celui du revenu national brut en PPA par habitant. C’est le seul qui a subi une croissance entre 2010 et 2012.

Il est aisé de conclure que l’IDH de l’Algérie a été « gonflé » par les recettes pétrolières qui permettent de financer des importations et non pas par l’effet des politiques publiques dans le domaine social.

Cherif AISSAT

Post-scriptum : cette contribution est basée sur un travail universitaire sur l’approche des droits humains par l’inflation et le développement durable pour laquelle et sur invitation de l’Association Ikhoulaf,  l’auteur en a fait une présentation publique à Akbou en février 2013.

 


[i] L’IPC mesure l’inflation, désinflation qui signifie le ralentissement dans l’augmentation des prix ou la déflation.

 

[ii] Kenneth W Clements, Yihui Lan et Shi Pei Seah. ECONOMICS.The Big Mac Index. Two decades on evauation of burgernomics.  Business School. The University of  Western Australia. http://www.uwa.edu.au/__data/assets/pdf_file/0003/1082586/10-14_The_Big_Mac_Indes_Two_Decades_On-An_Evaluation_of_Burgernomics.pdf.  C’est un article de théorie qui analyse cet indice non étudié par l’auteur.

 

[iii] Si les médias algériens ont appuyé sur le classement de l’Algérie publié dans le Rapport 2012 du PNUD, Mr Smail Goumeziane a relativisé cette performance dans son analyse. Algérie : suivons les indices. http://www.lanation.info/ALGERIE-Suivons-les-indices_a2051.html

 

[iv] Maria Morfin-Guttierez. Environnement international des affaires. Les nations : pays industrialisés et pays en développement. Montréal.

 

[v] Mr Smail Goumeziane. Algérie : suivons les indices. http://www.lanation.info/ALGERIE-Suivons-les-indices_a2051.html

 

[vi] Des chiffres sont disponibles dans diverses publications électroniques.

 

[vii] Une affirmation sur la base des discussions avec des enseignants et des amis proviseurs. Pis encore, en Algérie, les lycéens « imposent » les cours sur lesquels ils sont amenés à subir l’examen du baccalauréat. En arabe,  cette exigence est connue sous le nom de la âataba.

 


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