DzActiviste.info Publié le dim 12 Fév 2012

"L’information" du Colonel Fawzi (DRS)

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Inédit : Ahmed TAZIR, correspondant de presse témoigne!


Depuis l’indépendance en 1962, la télévision et la radio sont un monopole d’État en Algérie où la diversité politique est absente. Pour ce qui concerne la télévision, les téléspectateurs algériens ont droit à ce que la rue algérienne appelle « l’Unique » ou « l’Itima » l’orpheline en arabe : il désigne l’ENTV ( Entreprise Nationale de Télévision ) qui se découpe en plusieurs chaînes ( une Hertzienne, d’autres par satellite arabophone, francophone, berbère et religieuse ).Toutes ont la même politique éditoriale et le journal de 20h, repris par tous les canaux, est un exemple très révélateur de la ligne éditoriale: les premières 15 minutes du journal se résument à l’énoncé de communiqués de la présidence de la république « Le président Bouteflika souhaite ses meilleurs vœux au président du Mali à l’occasion de l’anniversaire de la fête nationale de son pays …le président Bouteflika reçoit le président de l’Assemblée Nationale du Kirghizstan … » Après ces deux minutes d’images commentées par le présentateur pour informer le téléspectateur de cette actualité « incontournable », s’en suit des reportages vantant les réalisations des différents ministres : un tronçon d’autoroute, terminé, permet à Amar Ghoul, le ministre des transports, de débarquer dans la petite lucarne, pour se féliciter du projet et faire taire les mauvaises langues qui reprocheraient le coût exorbitant de cette autoroute ( 11 milliard de dollars ) et les pots-de-vin alourdissant la facture. 
Tout le journal consacre les activités officielles des dirigeants. 
Rien sur la société civile, rien sur la vie de tous les jours des algériens, pas ou peu de reportages sur les faits divers de société, alors que chaque jour des manifestations, des rassemblements, dénoncent des licenciements, la politique sociale quasi inéxistante, le système éducatif à l’abandon. Aucune de ces manifestations n’est reprise dans les journaux de l’ENTV, même la culture est traitée selon la vision des équipes d’encadrement de l’ENTV, soucieuses de ne pas déplaire au régime. Les artistes (écrivains, chanteurs …) qui ne sont pas dans la ligne officielle du régime n’ont donc aucun droit de cité sur l’ENTV. 
Le colonel Fawzi à la manœuvre
Le régime affirme aujourd’hui son intention d’ouvrir, le secteur audiovisuel, au privé et, donc, de donner plus de liberté dans le traitement de l’information sur les questions liées à ce pays. 
L’expérience du traitement, par les autorités algériennes, des correspondants pour des chaînes étrangères en Algérie, renseigne beaucoup sur les velléités du régime à verrouiller l’accès à l’information et renforce le sentiment d’illusion quant aux prétendues réformes algériennes de l’audiovisuel.
Correspondant pour la chaîne France 24 en Algérie, depuis décembre 2007, j’ai sollicité trois fois une accréditation pour pouvoir couvrir librement l’actualité en Algérie : activités officielles et reportages sur le terrain. Le ministère algérien de la communication m’a indiqué que mon dossier était en cours. 
Deux années après, je reçois, par téléphone, une réponse négative. Je réclame, aussitôt, une notification écrite que je n’aurais jamais.
Pour toute réclamation, il faut s’adresser au réel décideur pour tout ce qui concerne la presse (locale et étrangère). Il s’agit d’un certain Colonel Fawzi, directeur de la communication au sein du DRS (Département de la Sécurité et du Renseignement) qui délivre, ou pas, de façon discrétionnaire, les accréditations. Un militaire qui fait la pluie et le beau temps dans un domaine qui ne le concerne guère à première vue. C’est là aussi, une originalité du régime algérien. 
 » Je comprendrais ce refus plus tard. « 
Je décide, malgré tout, de continuer à travailler et de couvrir l’actualité, voir les dossiers jugés « tabous » par les autorités algériennes .Le cas des disparus pendant la guerre civile algérienne des années 90 m’intéresse depuis longtemps. La pratique des disparitions forcées a été l’un des instruments principaux de la « sale guerre » déclenchée en janvier 1992 par les généraux algériens contre les opposants et la population civile. Les ONG de défense des droits humains estiment aujourd’hui de 15 000 à 20 000 le nombre de « disparus », principalement entre 1994 et 1996. Je m’ intéresse, par ailleurs, à la naissance d’une association « Mich’al » qui regroupe les enfants de disparus de Jijel ( 400 km à l’Est d’Alger ). Je rencontre le responsable de cette association, Moussa Bourefis. Il estime le nombre de disparus des années 90 dans la région de Jijel à environ un millier (souvent des proches des milieux islamistes, sympathisants du Front Islamique du Salut dissout, voire, simples notables religieux … et aussi des citoyens sans affinitées politiques particulières ). 
Cependant, de nombreux cas n’ont pu à ce jour être répertoriés en raison des craintes des familles, de l’isolement géographique et de la forte présence de militaires dans la région.
La réconciliation pour éviter la vérité
La loi de 2006 sur la Paix et la Réconciliation Nationale instaure un cadre légal pour l’impunité persistante dont bénéficient les auteurs des atrocités de cette période. La loi érige en infraction pénale le fait de critiquer les institutions de l’État ou les forces de sécurité pour la façon dont elles se sont conduites au cours de la période des troubles politiques, condamnant donc potentiellement tous ceux qui affirment que les forces de sécurité se sont rendues coupables de violations des droits humains.
La loi offre également, des indemnisations aux familles des personnes « disparues ». Moussa Bourefis, explique que l’octroi d’indemnisations prévues par la loi sur la réconciliation nationale proposée et actée par Abdelaziz Bouteflika, a, en réalité, souvent été présenté comme une aide sociale afin de pousser les familles, sans ressources, à faire les démarches nécessaires et tenter de briser leur résistance. 
Selon lui, de nombreuses familles de la région de Jijel ont été convoquées et menacées de représailles si elles ne déclaraient pas au niveau des tribunaux que leur proche avaient été arrêté par un groupe armé dont l’identité est inconnue ou par un groupe terroriste. 
Or dans la majorité des cas, les familles savent que ce sont des agents de l’Etat, souvent, des militaires, qui sont responsables des enlèvements. Très souvent, elles connaissent, même leurs noms. J’ai enregistré de nombreux témoignages d’enfants de disparus. Celui d’un jeune homme de 29 ans qui me raconte, les larmes aux yeux, qu’il ne dort jamais avant deux heures du matin, dans l’espoir que son père, enlevé à son domicile en 1996, ne frappe un jour à la porte. A ce jour il n’a toujours pas de nouvelles. 
De retour à Alger, pour « monter » mon sujet pour l’émission « Une semaine au Maghreb » diffusée sur la chaîne France 24, je reçois  un coup de fil du ministère algérien de la communication. Je pense à une réponse positive pour mon accréditation, je suis bien naïf. 
Arrivé au ministère de la communication, la responsable du service audiovisuel me reçoit pour me lancer « Je sais que vous avez interviewé Monsieur Bourefis à Jijel et d’autre personnalités, aujourd’hui vous avez à faire à moi. La prochaine fois vous aurez à faire aux services de sécurité » et de me lancer laconiquement « akhdem ala bladek! », comprenez « travaille pour ton pays !». Tout un programme. Le sujet ne sera pas diffusé, je ne voulais pas abattre mes cartes pour d’autres sujets à venir mais l’expérience a été perturbante.
Said Bouteflika, le président bis
J’ai, en effet, réalisé de nombreux reportages, notamment pendant la campagne présidentielle d’Abdelaziz Bouteflika pour son troisième mandat en 2009, sans accréditation. Une campagne, gérée par l’œil du roi, son petit frère Said, que nous filmions dans nos reportages en montrant l’ascendant important que ce dernier avait pris dans la gestion du pouvoir présidentiel et que nous qualifions dans les reportages de « président bis ». 
Pas ou peu de réaction des autorités. 
Je fais un reportage mettant en cause l’armée algérienne dans la disparition de citoyens algériens à Jijel dans les années 90 et me voilà convoqué, des menaces, à peine voilées. C’est à ce type d’expérience, je suppose, que l’on comprend qui gouverne réellement en Algérie.
Ce genre d’atteinte à la liberté de la presse n’est pas un cas unique. De nombreux correspondants de presse étrangère subissent le même sort et rechignent à travailler en Algérie de façon permanente en résidant sur place .
L‘ancienne correspondante en Algérie du journal « Le monde « Florence Beaugé, se plaindra dans les colonnes du journal El Watan du refus répétés des autorités algériennes, de lui accorder un visa pour pouvoir travailler en Algérie. « Je suis obligée de faire du journalisme à distance » confiera-t- elle lors d’un entretien paru dans ce journal le 17 mars 2009.
Le cas du journaliste Arezki Ait Larbi, est également intéressant. Il vit et habite en Algérie, mais fait l’objet depuis plusieurs années d’un harcèlement répété de la part des autorités algériennes. Sur les colonnes du Journal El Watan, il raconte le 4 avril 2010 ses demandes répétées d’accréditation. « En 1996, je dépose un autre dossier d’accréditation au nom du « Figaro ». Le fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, en charge des accréditations, m’informe qu’une éventuelle réponse positive était subordonnée à un « entretien amical » avec un certain commandant Fawzi (qui deviendra colonel par la suite ) dont il se proposait de me remettre le numéro de téléphone pour « convenir d’un rendez-vous et prendre un café ». 
Pour avoir refusé de me soumettre à cette curieuse procédure, qui n’est prévue par aucun texte de loi, mon dossier restera bloqué. Le même sort sera réservé à deux nouvelles demandes, en 1998 et en 2003. Il se dit, aussi, que le colonel Fawzi détient le pouvoir de vie ou de mort sur de nombreux titres de la presse… Que pour obtenir le précieux sésame pour lancer une publication, il fallait rentrer au préalable dans les bonnes grâces du colonel. 
En février 2005, j’ai déposé auprès du procureur de Hussein Dey un dossier pour la création d’un hebdomadaire. Première entorse à la loi,  le magistrat a refusé de me délivrer le récépissé prévu par le code de l’information. 
Depuis cinq ans, je suis ballotté entre le ministère de la Justice et celui de la Communication. On a même refusé de me notifier une réponse négative pour me permettre de faire valoir mes droits devant le Conseil d’Etat. 
L’année dernière, plusieurs nouveaux journaux ont été autorisés à paraître, sauf le mien. Il y a quelques mois, j’ai eu le fin mot de l’histoire. Des fonctionnaires des ministères de la Justice comme de la Communication, m’ont avoué que mon cas les dépassait, avant de me conseiller de voir le colonel Fawzi qui, selon eux, est le seul à pouvoir débloquer mon dossier.  
Je ne connais pas ce colonel et je n’ai aucune raison de me soumettre à une démarche qui n’est prévue par aucun texte de loi »
La nouvelle loi muselle les citoyens
En matière de législation, les autorités algériennes viennent d’édicter des textes qui musellent encore plus la presse, notamment lorsqu’il s’agit pour les journalistes de parler des dossiers qui fâchent.
Le 15 janvier 2012 a été publiée la loi organique n° 12-05 du 12 janvier 2012 relative à l’information, après avis du Conseil Constitutionnel. Les associations non agrées comme, SOS-Disparus (qui milite notamment pour savoir ce que sont devenus les milliers de disparus, pour la plupart enlevés par l’armée algérienne pendant la sale guerre des années 90), seront interdites de diffuser de l’information, activité réservée aux associations « agrées » (article 4). 
Par conséquent, l’exercice de la liberté d’expression des associations est soumis au bon vouloir des autorités qui ne se privent pas, en général, de refuser l’enregistrement légal d’un certain nombre d’associations. 
En dépit de certaines références, dans le texte, aux principes des libertés fondamentales, un grand nombre de dispositions ne respectent pas le droit des algériens de diffuser de l’information et d’être informés. Les libertés fondamentales des journalistes mais aussi de toute personne diffusant de l’information, tels que les partis politiques, militants des droits de l’homme, les associations sont ainsi violées. 
Tout d’abord, l’exercice dit « libre » (article 2) de l’activité d’information est encadré par le respect de douze conditions, très imprécises, dont celui de « l’identité nationale et des valeurs culturelles de la société, la souveraineté nationale et l’unité nationale, les exigences de l’ordre public, les intérêts économiques du pays et les missions et obligations de service public. » 
Une telle disposition peut être interprétée si largement qu’elle risque d’être prétexte à une censure injustifiée ou d’amener les personnes diffusant de l’information à pratiquer une forme d’autocensure, mettant ainsi un terme au libre exercice de la liberté de s’exprimer et d’informer. 
Enfin, si la nouvelle loi ne prévoit plus de peine d’emprisonnement en matière d’infractions commises par voie de presse, le montant des amendes a considérablement augmenté. 
Par ailleurs, le délit de diffamation, est toujours prévu aux articles 296 et 298 du code pénal et s’applique à tout individu, y compris, aux journalistes algériens. Le délit de diffamation est puni de 25000 à 50000 DA d’amende et de 2 à 6 mois de prison. 
N’oublions pas également que l’article 46 de l’ordonnance 06-01 portant application de la charte pour la paix et la réconciliation nationale est, lui aussi, toujours en vigueur et vient s’ajouter aux violations de la liberté d’expression consacrée par les textes législatifs algériens. Il menace de 250 000 à 500 000 DA d’amende et de trois à cinq ans de prison emprisonnement, « quiconque qui […] utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale, pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’Etat, nuire à l’honorabilité de ses agents qui l’ont dignement servie, ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international. » 
En conséquence, si un journaliste algérien s’avisait de faire un reportage sur les disparus des années 90 ou mettre en cause l’armée (« agents qui ont dignement servie l’Etat » selon les textes ), il sera sous le coup de la loi algérienne (amendes et prison). 
Un texte qui n’est pas conforme à la constitution algérienne et au droit international car en contradiction de la liberté d’expression, elle même, garantie par la constitution algérienne, ainsi que les conventions internationales de protection des droits de l’homme, qui ont une valeur supérieure au droit national algérien. 
A noter que sur le plan juridique, les correspondants de presse ayant la double nationalité franco- algérienne ( c’est mon cas ) ne sont pas protégés en cas de litige en territoire algérien. Ils sont algériens, et donc sont soumis à la loi algérienne et ne bénéficient pas de la protection diplomatique française.
En définitive, le DRS, le Département Renseignements et Sécurité algérien (ex Sécurité Militaire), dépendant du ministère algérien de la défense, dont est issu le colonel Fawzi, joue un rôle prépondérant dans le contrôle de la presse écrite et audiovisuelle, même étrangère en territoire algérien, comme dans la vie sociale et politique en général.
Ce service considère le contrôle des informations diffusées par les médias audiovisuels concernant l’Algérie comme relevant de la sécurité nationale. Les médias étrangers sur place sont scrutés sur ce qu’ils envoient aux télévisions étrangères. Et attention au « dérapage ».
L’ambassadeur de France en Algérie : « j’ai les mains liées »
Chaîne très regardée en Algérie, Al Jazeera n’est plus présente à Alger depuis l’année 2004. Son bureau a été fermé par les autorités qui lui reprochaient notamment de donner régulièrement la parole à d’anciens déserteurs de l’armée comme le colonel Mohamed Samraoui, ou d’anciennes figures de l’ex-FIS, comme Mourad Dhina et Abassi Madani. 
Pour avoir couvert de nombreux sujets « tabous » comme le harcèlement par les autorités algériennes des chrétiens évangélistes qui voyaient leur lieu de culte fermés, ou la difficile réconciliation nationale qui force, désormais, des familles victimes du terrorisme à côtoyer, des ancien terroristes, indemnisés et protégés par l’État algérien, je n’obtiendrais jamais mon accréditation après quatre ans de travail sur place. 
Ce sésame est indispensable en Algérie, car contrairement à la presse écrite, les reportages sur le terrains se font avec du matériel (caméra, trépied) bien visible. Il est impossible de sortir ce matériel à Alger sans attirer un troupeau de policier qui vous réclame ladite accréditation. 
J’ai interpellé l’ambassadeur de France en Algérie pour lui faire part « du refus des autorités algériennes d’accréditer un correspondant de France 24, une chaine française ». Il me répondra penaud « j’ai les mains liées » .
J’en ai déduit, que la liberté de la presse en Algérie n’était pas une priorité pour les diplomates français, plus soucieux de se battre pour vendre les Renault et Alstom que de défendre « l’ Audiovisuel Extérieur » de la France ( l’expression étant elle même sujet à caution, car en définitive, il ne s’agit que de journalisme). 
Voilà comment le régime algérien se débarrasse, sans trop de fracas, d’un correspondant de presse étrangère, gênant.
Ce type d’expérience renseigne bien sur le caractère illusoire d’une ouverture réelle de l’audiovisuel au privé. En Algérie, le régime pense que la maitrise des images diffusées depuis le pays est fondamentale pour le maintien du statu quo. Même les images diffusées par des correspondants étrangers doivent être maitrisées. Ces images, le régime, les considèrent comme une prolongations de son audiovisuel à lui, car c’est une spécificité bien algérienne : un fonctionnaire algérien me fera cette confidence : « En Algérie, ce sont les autorités qui choisissent les correspondants étrangers et non pas pas les rédactions ». 
Le régime veut tout verrouiller en matière de diffusion d’informations par l’image, c’est, selon lui, sa survie qui est en jeu. 
Une gestion qui relève en Algérie plus de la paranoïa que de la gestion raisonnable de la sécurité publique. Trop soucieux d’éviter un ébranlement du système en place depuis 1962 par la diffusion d’images qui le fragiliserait, le régime algérien, préférera toujours garder la main mise sur ce « médias lourd » comme on l’appelle en Algérie .

Ahmed Tazir
Journaliste, ancien correspondant en Algérie de la chaîne France 24.
In KalimaDZ

L’Algérie devait ouvrir son secteur audiovisuel au secteur privé.

C’était la bonne nouvelle annoncée en septembre dernier: Un projet de loi, adopté en conseil des ministre le 12 septembre, à propos de la liberté de la presse, et c’était, en soi, une petite révolution. Le régime s’était engagé à ouvrir les médias audiovisuels au secteur privé.

Ouverture réelle ou réforme cosmétique?

L’expérience des correspondants pour la presse étrangère en Algérie démontre qu’au contraire, le régime algérien n’est pas prêt de déverrouiller le secteur de l’information audiovisuelle en Algérie, qui relève,  » selon lui « , d’une question de  » sécurité nationale  » (?).


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