DzActiviste.info Publié le ven 10 Jan 2014

Liquider le DRS au profit de la police politique ?

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Liquider le DRS au profit de la police politique ?

Un billet d’un journal en ligne vient confirmer que la principale caractéristique de l’actuelle période de précampagne présidentielle est sans conteste la mise à mal des services secrets algériens. Mis en cause par, à peu près, tout le monde ; le département du renseignement et de la sécurité (DRS) semble faire les frais d’un pseudo-consensus « national ».

Le DRS, une réalité ambivalente.

Le DRS a été un fer de lance dans le combat armé contre la subversion islamiste. Quoi de plus normal qu'il subisse les attaques des courants théocratiques ? Diabolisé et accablé de tous les maux, il subit leurs incessantes attaques. Leurs assauts se font parfois voilés, d’autres fois franchement acerbes, toujours est-il que les islamistes dénoncent le travail de renseignement accompli par les services secrets et font tout pour l'associer aux pires exactions terroristes. Ils sont aidés en cela par milieux néo-colonialistes revanchards et/ou belliqueux.

D’un autre côté, le DRS n’est pas exempt de tout reproche. Il a gardé le lien ombilical qui, depuis le coup de force de 1957, rattache les services secrets à l’oligarchie militaro-bureaucratique qui s’est intronisée maîtresse des destinées de la nation.

La marque du système algérien est que le renseignement militaire ne s’est jamais départi du rôle de police politique. L’  « ouverture » de 1988 n’y a pas changé grand-chose et la confrontation avec l’islamisme est tombée à point nommé pour approfondir ce rôle. L’oligarchie gouvernante a-t-elle quelque intérêt qui soit  à renoncer à un tel instrument de contrôle de la société ?

Détournement de l’exigence de dissolution de la police politique ?

Les partisans d’une République démocratique, dans leur diversité, n’ont eu de cesse d’exiger la dissolution de la police politique. Malheureusement, tous n’ont pas su distinguer leur combat propre des menées antirépublicaines du courant théocratique. Parce que, dans le fond et dans la forme, les deux dénonciations de l’État policier sont antagonistes, absolument antagoniques. Elles ne sont apparentées ni par leurs fondements ni par leurs finalités.

Dernière évolution en la matière, depuis le retour d’Abdelaziz Bouteflika de sa convalescence parisienne, une partie de l’establishment s’affiche « en guerre » contre le DRS. « Démembrement », « mise sous contrôle », « mise au pas »… la compagne voudrait se faire le prolongement des séculaires dénonciations de la police politique. Elle prétend même à un certain écho dans la société. Mais que sont donc ces attaques contre le DRS ? Sont-elles dirigées contre « la police politique » ou contre le renseignement militaire national ?

Cabale contre les derniers pans institutionnels ?

Ne sommes-nous pas devant une cabale inscrite et adossée à un plan d’ensemble de renforcement du contrôle autoritaire sur la société ? La question ne tient pas du mauvais procès. En témoignent les teneurs des nouvelles lois sur les associations, la presse et l’exercice de la profession d’avocat. L’actuel débat autour de « l’ouverture de l’audiovisuel » apporte lui aussi son lot de clarifications. Resituées dans ce contexte, les attaques contre le DRS se dévoilent comme visant l’un des instruments de la sécurité nationale et comme une promesse certaine de renforcement de la police politique refondée dans d’autres secteurs du système.

Dans le système actuel, il n’y a aucune disqualification possible de la police politique. Pire, tout ce qui peut y être entrepris ira dans le sens de la confiscation des libertés et du renforcement du despotisme.

Comment attendre une rupture patriotique qui vienne de ce système ? N’a-t-il pas mis aux enchères les mandats électifs, promulgué des lois liberticides, multiplié les concessions à l’interventionnisme impérial dans la région, muselé l’opposition démocratique et républicaine ?

La démarche, il ne faut pas se tromper, est non seulement de renforcer la police politique par sa refondation loin de toutes contraintes et « inhibition » institutionnelles, mais elle est aussi de mettre le nouvel instrument au service de l’argent et de l’argent seul. C’est là la seule évolution compatible avec la nature compradore du système.

Un système compradore.

Les dossiers économiques majeurs qui ont défrayé la chronique ces dernières années ne laissent aucun doute sur la pertinence de cette qualification de la nomenklatura en place. Qu’il s’agisse du dossier de Renault d’Oued Tlelat, totalement conçu pour garantir l’amortissement de l’usine de Tanger du constructeur français ; du sauvetage de Mital d’une faillite certaine à El Hadjar ; de l’effritement successif des ouvrages d’art de l’autoroute Est-ouest ;  de la tentative d’installer un opérateur Qatari, au détriment de Naftal, comme distributeur de carburant sur ce méga projet… tout corrobore que la régence d’Alger est non seulement une entité vassale de l’empire, mais elle ne conçoit et ne réalise aucun de ses intérêts dans une trajectoire qui recoupe ou rencontre l’intérêt national. Finalement, il n’y a pas que le braconnage moyen-oriental de nos gazelles et nos outardes qui mette à nu ce régime.

À la faveur de la nouvelle loi sur les hydrocarbures et probablement aussi de la future loi minière la mise en péril de la souveraineté nationale atteint des summums. Mais la prise de conscience tarde à se faire et les cabales contre les derniers pans institutionnels de l’État algérien peuvent passer pour des promesses de lendemains meilleurs.

Reste la responsabilité de chacun. Ceux qui sont au sein des institutions ont les leurs, ils sont aujourd’hui prisonniers des chaines qu’ils ont eux-mêmes forgées et n’ont à s’en prendre qu’à eux-mêmes. Les républicains et démocrates, de leur côté, ont à faire leur deuil d’un salut qui viendrait d’ailleurs que de leurs propres efforts. Des efforts qui commencent par un courageux travail de relecture de l’histoire nationale comme entame d’une refondation salutaire de notre mouvement de libération nationale.


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