DzActiviste.info Publié le mer 12 Sep 2012

[Livre] Les Arabes et le procès Eichmann

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Madera Bouazza 11/09/2012
blog.slateafrique.com

Déconstruire une idée reçue. C’est l’ambition du nouvel essai de Gilbert Achcar, Eichmann au Caire aux éditions Sinbad. L’auteur de La poudrière du Moyen-Orient (2007) et des Arabes et la Shoah ( 2009) se livre à une nouvelle lecture du procès d’Adolf Eichmann, l’un des instigateurs des camps de concentration nazis et de la «solution finale».

En fuite en Argentine où il vécut jusqu’en 1960, Eichmann fut kidnappé par des agents du Mossad, jugé par un tribunal israélien, condamné à mort puis exécuté le 31 mai 1962. Son procès fut suivi, filmé et commenté à travers le monde.

Gilbert Achcar s’intéresse au traitement médiatique de cette affaire dans l’Egypte de Gamal Abdel Nasser.
L’Egypte de Nasser et le procès Eichmann Gamal Abdel Nasser lors d’une séance de la conférence des pays non alignés le 2 septembre 1961 à Belgrade

A l’époque, l’Egypte était le hérault du nationalisme arabe et du tiers-mondisme, mais également «le champion de la lutte contre le sionisme». Vue d’Israël, la position égyptienne n’était pas très éloignée de celle des nazis et des fascistes.

En s’appuyant sur le canard égyptien de référence Al-Ahram, qui était par ailleurs dirigé par un proche de Nasser, Gilbert Achcar tente de restituer la position de certains nasséristes sur le nazisme et le procès d’Adolf Eichmann.

Notons toutefois qu’il s’appuie sur une seule source. Il ne s’en cache pas. Le quotidien Al-Ahram fait certes référence en Egypte, mais il ne peut renverser à lui seul les accusations de complaisance du monde arabe avec le nazisme. La philosophe Hannah Arendt, dans son essai De Eichmann à Jérusalem affirmait déjà en 1963 que la majorité des médias arabes soutenaient Eichmann (p27).

« Et les journaux de Damas, de Beyrouth, du Caire et de Jordanie ne dissimulèrent pas leur sympathie pour Eichmann; ils allèrent jusqu’à regretter que celui-ci n’ait pas fini son travail », écrit la philosophe.

De son côté, Gilbert Achcar tente de nuancer et d’interroger cette « sympathie »:

«Il s’agit de vérifier si l’hostilité envers Israël – qui était alors considéré comme le principal ennemi national de l’Egypte- allait au-delà du sentiment national jusqu’à relever de l’antisémistisme et de la sympathie pour le nazisme qu’une vaste littérature a systématiquement attribués au nassérisme»

Côté israélien, on véhiculait l’idée selon laquelle les Arabes auraient cautionné le projet nazi. Pour preuve le comportement du grand mufti de Jérusalem, le chef religieux des Arabes de Palestine. Le mufti Hajj Muhammed Amin al-Husseini se réfugia en 1941 à Rome et à Berlin, où il collabora étroitement avec les deux régimes de l’Axe.

Selon Gilbert Achcar, ce n’est pas suffisant pour affirmer l’existence d’ «une collaboration étroite entre les Arabes du Moyen-Orient et l’Allemagne nazie». La consultation des archives d’Al-Ahram le conforte certainement dans cette idée.

«Eichmann entre nazisme et sionisme»

Le quotidien «gouvernemental» couvre les dernières années d’Adolf Einchmann, de son kidnapping par le Mossad à son exécution en passant par son procès. Le premier éditorial, écrit à l’occasion de la convocation du Conseil de sécurité de l’ONU qui examine la plainte déposée par l’Argentine contre Israël, s’intitule «Piraterie internationale».

«La piraterie israélienne, dit l’éditorial, révèle la vraie nature d’Israël, un Etat fondé sur l’injustice et l’agression» (Al Ahram, 16 juin 1960)

Mais la critique du sionisme ne peut être assimilée et réduite à de l’antisémitisme. Gilbert Achcar donne l’exemple de l’article de Lufti al-Khuli rédigé le premier jour du procès, «Eichmann entre nazisme et sionisme». Pour le journaliste égyptien, condamner l’enlèvement d’Eichmann par le Mossad ne revient pas à défendre l’accusé. Lufti al-Khuli rappelle la position des marxistes arabes antisionnistes, qui luttent contre toutes formes de colonialisme et de racisme.

«Il ne nous est pas possible de défendre Eichmann et le nazisme pour leurs attitudes hostiles et racistes à l’égard des Juifs, comme le prétend la propagande israélienne. Notre attitude naturelle est plutôt de nous opposer à tout ce que représentent Eichmann et le nazisme comme conceptions et tendances anti-humanistes. Et il est également naturel que nous nous opposions en même temps et dans la même logique à Ben Gourion et au sionisme mondial en tant que mouvement et entité agressive»( Al-Ahram, 12 avril 1961)

Nadéra Bouazza


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  1. Aghiles dit :

    Les sionistes ont surpassé et de loin ce qu’ont fait les Nazis !
    Les pires barbares et lâches sur cette planète ce sont les sionistes.En bombardant avec des bombes à l’uranium des enfants et des femmes affamés depuis 4000 mètres d’altitude
    ces gens n’ont pas une once d’humanité !

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