DzActiviste.info Publié le lun 2 Juil 2012

L’obscur héros bulgare de l’indépendance algérienne

Partager

Vassil Valtchanov dit «le Capitaine» au côte de l'ancien ministre algérien Kamel Bouchama. Crédits photo : dr

Vassil Valtchanov dit «le Capitaine» au côte de l’ancien ministre algérien Kamel Bouchama. Crédits photo : dr

Le Figaro 02/07/2012

Âgé de 97 ans, le capitaine Valtchanov avait, en 1960, brisé l’embargo sur les armes destinées aux moudjahidins.

À 97 ans, le capitaine Vassil Valtchanov est un vieux loup de mer intarissable. Mais, de toutes ses missions, il y en a une qui lui tient particulièrement à cœur: la livraison clandestine de deux tonnes d’armes au FLN en mai 1960, au nez et à la barbe de la marine française. Une opération pilotée par la Darjavna Sigurnost (DS), les services secrets bulgares, dont la réussite a, selon les historiens algériens, apporté un coup de pouce décisif aux moudjahidins.

«Nous étions aux côtés du peuple algérien et avons fourni à ses forces de libération des armes qui ont contribué à sa libération. Avec cet acte, nous avons gagné la reconnaissance éternelle des Algériens», témoigne le capitaine aujourd’hui. Quasiment inconnu dans son pays, cet homme est une véritable «légende» de l’autre côté de la Méditerranée, selon l’ancien ministre algérien Kamel Bouchama. À la tête d’une délégation venue d’Alger, ce dernier a pu lui exprimer de vive voix la gratitude de ses compatriotes pour son «acte héroïque», à l’occasion du cinquantenaire de la proclamation d’indépendance. Les recevant dans sa maison de campagne, le capitaine a certainement déroulé une fois de plus le fil de cette mission qu’il a consignée dans un livre publié en 2011.

Capitaine d’un vieux bateau de marchandises, le Breza (Bouleau), il se voit confier par la DS une impressionnante cargaison d’armes destinée aux rebelles algériens qu’il va dissimuler dans la soute à la place des engrais chimiques qu’il était censé transporter.

Ballon d’essai

Une fois en mer, le Breza change de cap et, trompant la vigilance des patrouilleurs français, aborde le rivage algérien. «Je suis le premier à avoir brisé le blocus français de l’Algérie», fanfaronne-t-il. Sa principale crainte? Que le Breza soit la cible des services français avant même son départ du port de Varna: «J’avais peur qu’un de leurs agents ne soit dissimulé dans la brigade qui a chargé le bateau.» Pour ne pas paraître suspect, le capitaine embarque alors sa famille dans la cabine – «juste au-dessus des explosifs».

Exprimée de manière plus discrète, cette action lui vaudra également une reconnaissance de la DS qui œuvre, en sous-main, pour qu’il soit nommé chef de la flotte de la mer Noire puis ambassadeur à Genève. Cette opération servira aussi de ballon d’essai pour les activités futures d’une des sociétés bulgares les plus prospères de l’ère communiste, la Kintex. Décrite comme une «pompe à devises» de la DS, elle s’était spécialisée dans le commerce d’armes à destination du tiers-monde, mais aussi dans la contrebande de tabac et le trafic de stupéfiants.

Par Alexandre Lévy


Nombre de lectures: 1051 Views
Embed This

Commentaire



Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>