DzActiviste.info Publié le dim 9 Sep 2012

L’officialisation de Tamazight, une nécessité pour sa survie.

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Un article du quotidien El Watan du 06 septembre a particulièrement attiré mon attention. Dans celui-ci, Youcef Merahi, SG du HCA (haut commissariat à l’amazighité), rappelle la nécessité d’officialiser le Tamazight, « puisqu’une volonté politique des autorités veut freiner son enseignement à l’échelle nationale». Se basant sur le nombre, en constante diminution des élèves inscrits, il incrimine l’optionnalité de son enseignement dans la réduction du nombre de wilaya dans lesquelles elle est présente. 16 wilaya en 1995 contre seulement 10 aujourd’hui. Il ajoute qu’actuellement la langue amazigh est en grande difficulté et que les ministères en charge de sa promotion ne se sentent pas concernés, et par conséquent ne s’impliquent pas dans cet enseignement. « Le HCA est abandonné par ses partenaires institutionnels» et « ces personnes bloquent l’enseignement de notre langue… » dira-t-il. En le concentrant exclusivement en Kabylie, ils nourrissent le dessein de réduire ainsi cette langue à une portion congrue en la « kabylisant ». Pour contrarier ce funeste projet, il insiste sur l’indispensable création d’une académie de Tamazight. Faut-il rappeler au lecteur que le destin de cette langue est pendu à celui de la langue arabe puisque sa transcription est entre les mains de l’académie de la langue arabe ?

Je rappelle aux lecteurs de mon blog qu’il y a plusieurs mois, alors que j’étais encore député, j’avais écrit au premier ministre Ouyahia un courrier lui demandant de préciser pour quel caractère, universel ou arabe, avait opté les pouvoirs publics pour la transcription de la langue amazigh. Faut-il souligner que son enseignement est fait dans le caractère latin (universel) et que sa transcription dans les médias officiels se fait en caractère arabe? De quoi perdre son latin.

Le propos de Youcef Mérahi est venu à point nommé pour demander aux pouvoirs publics de prendre leurs responsabilités, de libérer la langue amazigh de toute forme d’idéologie afin de promouvoir son épanouissement. Son officialisation en est la seule solution.

Voici l’interpellation que j’avais adressée au désormais ex premier ministre, ainsi que sa réponse… et le commentaire que j’en avais fait en ce temps. Le voici.

J’ai interpellé en mai dernier le premier ministre sur le choix par les pouvoirs publics de la transcription de  Tamazight – cette langue est transcrite en caractère arabe – sur la quatrième chaine de télévision (chaîne en Tamazight), alors que son enseignement se fait depuis plusieurs années en caractère universel dans les deux instituts universitaires (Tizi Ouzou et Béjaïa) – qui forment les futurs enseignants de cette langue – et dans nos écoles.  J’ai relevé, dans cette démarche, une grave incohérence pédagogique et exprimé ma crainte d’une possible tentative de manipulation idéologique.

Le premier ministre n’a pas tardé à répondre.

 Il dira que le choix de la transcription, en particulier dans le sous titrage, de Tamazight en caractère arabe est fait dans le souci de permettre au plus grand nombre d’auditeurs de comprendre. Il ajoutera que le haut commissariat à l’Amazighité (HCA) et l’Académie de la langue arabe ont été instruits pour trouver ensemble la meilleure façon, scientifique (!!..), de transcrire le Tamazight.

Les arguments mis en avant par le premier ministre chargent de sens sa réponse et montrent que le choix de la transcription en caractères arabes de la langue Amazigh est déjà fait par le pouvoir. En témoigne ce qui se passe dans  la quatrième chaîne. Un message idéologique fort, adressé à l’opinion mais surtout à ceux qui militent, pour des considérations  politiques notamment, pour le choix du caractère universel.

La lecture que je fais de la réponse du premier ministre est la suivante.

Le Tamazight est transcrit en caractère universel depuis des dizaines d’années. Tous les spécialistes qui ont pris en charge cette langue ont donné un argumentaire solide pour justifier le choix de ce caractère. Le HCA a, dans tous les séminaires qu’il a organisés montré son adhésion à ce choix et donné des recommandations allant dans ce sens. C’est pourquoi, d’ailleurs, les deux instituts de Tamazight et les écoles dispensent son enseignement dans ce caractère. Les spécialistes ont donc fait leur choix. L’Etat algérien, lui,  donne l’impression qu’il n’a pas  encore fait le sien. La réponse du premier ministre prouve le contraire. Pourquoi? Parce que j’ai la conviction que le désir des pouvoirs publics d’impliquer l’Académie pour la langue Arabe dans ce problème n’est pas innocent. En effet, nous sommes légitimement en droit de nous demander ce que cette institution a à voir dans la transcription de Tamazight. Ce n’est pas son objet et n’a donc, en ce qui la concerne, aucune compétence dans le domaine. A moins que la manipulation idéologique ne soit justement là. Mais le premier ministre a commencé par dire, dans sa réponse, que le choix de la transcription, à la télévision, de Tamazight en caractère arabe est fait dans le souci de permettre au plus grand nombre de comprendre cette langue.  Tout est dit.  Le plus grand nombre a accès, selon le premier ministre, au caractère arabe.  Quel intérêt auraient les populations arabophones à pouvoir lire le Tamazight si elles n’y comprennent rien, surtout quand il s’agit d’un film arabe sous-titré? Le choix est donc fait. La réflexion que l’Etat semble avoir initié pour répondre « scientifiquement » à ce souci (la transcription de Tamazight) n’est qu’une mise en scène… qui attend le moment opportun pour être jouée.

voici l’interpellation que j’ai adressée au premier ministre et une copie de sa réponse.

Monsieur le Premier Ministre,

        Je m’adresse à vous parce que ma question écrite concerne, en réalité, trois ministres de votre gouvernement ; celui de l’information d’abord, ceux de la culture et de l’éducation ensuite.

La quatrième chaîne de télévision, en Tamazight, née il y a quelques mois est bienvenue.

Elle répare une injustice commise depuis l’indépendance de notre pays à l’encontre de la langue et de la culture amazigh qui ont été, comme vous le savez, frappées d’ostracisme. Faut-il rappeler que cette dimension fondamentale de l’identité nationale a été, dès le recouvrement de  notre indépendance, volontairement occultée par les pouvoirs publics, sous prétexte de préserver l’unité nationale ?

Une injustice également commise à l’égard d’une large partie de la population algérienne qui s’est vue spoliée, par une indépendance recouvrée, de son identité, de sa langue et de sa culture. Faut-il rappeler, ici aussi, que de nombreux citoyens algériens ont été arrêtés et persécutés pour avoir revendiqué la reconnaissance de leur identité amazigh ?

Je ne vais pas m’appesantir sur les acquis que cette dernière a arrachés depuis le printemps amazigh de 1980 et la grève du cartable durant l’année scolaire 94-95.

La naissance du HCA (Haut Commissariat à l’amazighité) et l’enseignement de Tamazight dans les écoles algériennes constituent des progrès certains. La constitutionnalisation de cette identité millénaire de notre pays est un début de reconnaissance même si elle est tardive et encore insuffisante.

La quatrième chaîne de télévision est un autre progrès mais elle utilise le caractère arabe pour sous-titrer et transcrire le Tamazight et…cette langue est enseignée dans nos écoles en caractère universel. Une orientation du HCA.

Je ne souhaite pas entrer dans les considérations qui ont amené à ce choix. Cependant, il est le fruit de plusieurs séminaires qui ont regroupés des linguistes, des pédagogues et différents spécialistes de la langue amazigh. Il est également le résultat d’une pratique de plusieurs dizaines d’années et est la substance du consensus de l’ensemble des praticiens (écrivains et chercheurs, notamment) et des spécialistes dans le domaine.

De plus, il me semble indispensable, Monsieur le Premier Ministre, de vous rappeler que les deux instituts (Tizi Ouzou et Béjaïa) qui dispensent la formation de Tamazight aux futurs formateurs le font en caractère universel.

Par ailleurs, durant la campagne électorale des présidentielles d’avril dernier, les spots publicitaires du ministère de l’intérieur ont été confectionnés pour la langue amazigh en caractère universel. Il en est de même concernant ceux du Président-candidat.

Le sous-titrage et la transcription de la langue amazigh dans cette chaîne de télévision se fait, quant à lui, en caractère arabe. Une incohérence, vous en conviendrez, Monsieur le Premier Ministre.

Une confusion préjudiciable d’un point de vue de la pédagogie.

Chacun sait que le ministère de l’éducation est muet à ce sujet. Plus que cela et pour n’assumer aucune responsabilité, il a produit des manuels pour l’enseignement de Tamazight dans les trois caractères, tifinagh, arabe et universel. Le choix est ainsi laissé à l’enseignant. Une manière de piéger l’enseignement de la langue amazigh et d’hypothéquer son avenir.

Sur le plan politique, il m’est permis de m’interroger sur les motivations réelles qui ont amené les responsables de cette chaîne à commettre une telle incohérence.

J’y vois dans cette démarche une grossière manipulation idéologique.

A moins de vouloir saborder ce nouvel acquis et de ruiner l’espoir, pour la population amazigh, de voir enfin son identité, sa langue et sa culture définitivement reconnues, réhabilitées et promues comme elles le méritent, l’Etat algérien doit faire preuve de cohérence et corriger cette aberration.

Mes questions sont les suivantes.

1 – Pouvez-vous, Monsieur le Premier Ministre, nous dire qui a pris la décision de sous-titrer, en dépit du bon sens, le Tamazight en caractère arabe alors que cette langue est enseignée dans les écoles de la République en caractère universel ?

2 – Quelle explication allez-vous apporter à cette démarche ? Quelles en sont les motivations ?

3 – Pourquoi le ministère de l’éducation ne donne pas, pour l’enseignement de Tamazight dans nos écoles, de directives claires et conformes aux orientations du HCA ?

4 – Comment comptez-vous, Monsieur le Premier Ministre, remédier à cette situation?

 

Réponse du premier ministre

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