DzActiviste.info Publié le mar 29 Avr 2014

LORSQU’ON AIME SA PATRIE, ON DIT D’ELLE LA VERITE.

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Loi et mafiaMonsieur le Président,

 

« Ceux qui ambitionnent d’acquérir les bonnes grâces d’un prince ont ordinairement coutume de lui offrir, en l’abordant quelques-unes des choses qu’ils estiment le plus entre celles qu’ils possèdent, ou auxquelles ils le voient se plaire davantage… » Désirant moi me présenter à vous, je n’ai trouvé dans tout ce qui m’appartient rien de plus précieux que ma vérité, mon coup de gueule et mon témoignage sur certains faits et sur une réalité du quotidien des internés des camps du sud que j’ai vécu aux prix de plusieurs sacrifices, dans un long parcours, durant des années

Quoique je regarde cette lettre ouverte comme non exhaustive, je garde la confiance qu’elle trouvera grâce à vos yeux et que votre indulgence daignera l’agréer, lorsque vous voudrez bien songer que le plus grand présent que je puisse vous faire est de vous dire cette vérité qu’aucun de vos rédacteurs de la Farce pour la paix et la réconciliation nationale ne vous dira, mais qui vous permettra d’avoir les pieds sur terre afin d’être plus près des irradiés de la république. Sachez Monsieur le Président que je n’ai rien inventé dans cette lettre ouverte pour m’attirer une grâce quelconque, ni pour m’attirer vos foudres et encore moins celles de vos collaborateurs. J’ai tout simplement voulu que ma lettre tirât son lustre, sa quintessence dans sa sincérité, de son propre fond et que la vérité ou la naïveté qui en émaneraient en soient les seuls agréments.

 

Monsieur le Président, la critique semble-t-il et je le sais aussi, est très facile. Il parait qu’il vaut mieux la garder pour soi, car c’est souvent au patron, je veux dire au chef de l’Etat d’assumer les responsabilités des décisions prises, puisqu’il a semble-t-il en général, une vision beaucoup plus transversale des problématiques d’un pays et de son peuple. Chacun doit donc garder sa place. Et Il n’y a que l’intrus qui a le droit de vouloir être Calife à la place du calife. Toutefois, permettez –moi de vous dire que parfois et même souvent, les politiques enfermés dans leurs bulles, sont déconnectés de beaucoup de réalités du quotidien de ce peuple, dont ils se gargarisent et se réclament, et sont la plupart du temps aux antipodes de ce peuple. Raison pour laquelle certaines voix dont la mienne s’élèvent pour sonner l’hallali.

Aujourd’hui, notre pays aborde un tournant décisif de son histoire, de son avenir politique et de sa cohésion sociale sous votre présidence. C’est pourquoi en tant que citoyen algérien, j’aimerais que vous fassiez votre ces propos de John Fitzgerald Kennedy, qui disait à juste titre : « Ne demandez jamais ce que votre pays peut faire pour vous mais plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays. ». Pour ma part, je ne voudrais donc pas être en reste, en ruminant dans mon coin certains reproches que j’ai à votre endroit, ni vous juger à tort ou à raison comme certains. Lorsqu’on aime sa Patrie, on dit d’elle la vérité.

 

Après avoir mûrement réfléchi et contre l’avis de certains, je me suis décidé à vous envoyer cette lettre pour vous dire le fond de ma pensée. N’y voyez donc pas ici un acte de défiance ni d’insolence, car je ne tiens point à mourir pour ce pays mais à vivre pour l’Algérie. J’espère aussi que vous ne jugerez pas mon acte et ma démarche comme un outrage ou un manque de respect à votre égard, mais que vous les comprendrez comme les points de vue synoptiques et panoptiques du citoyen algérien que je suis, un citoyen qui a subi tant d’injustices impunies, et beaucoup plus, comme mon apport dans le prolongement du débat citoyen sans lequel nous ne pouvons pas harmoniser nos idées pour avancer, et enfin comme ma contribution au nom de la démocratie participative tant louée. Car, contrairement à beaucoup de nos concitoyens qui n’ont pas vécu des brimades et les injustices de ces dernières années, moi je n’ai pas connu la justice et la paix, c’est pourquoi tel est mon amer constat.

 

Pour votre gouverne, sachez Monsieur le Président que j’ai volontairement refusé de garder le silence ces 5 dernières années, en observant et en analysant la situation politique et sociale des internés –arbitrairement- des camps du sud, afin de mieux cerner les tenants et les aboutissants de certaines positions de vos politiciens, qui ont contribué à la rédaction de la charte dite pour la paix et la réconciliation nationale, en excluant purement et simplement, les premières victimes que nous sommes, de la première violence que fut l’arrêt du processus électoral. Aujourd’hui, je suis persuadé et convaincu, contrairement à beaucoup qui voient en la politique un moyen de s’enrichir ou un tremplin pour l’accès au pouvoir dans le cadre d’une compétition électorale, moi je suis tout simplement convaincu que dans la politique doivent se décider les options essentielles de tout un peuple car en son sein se jouent le destin de ce peuple et celui d’une nation. Malheureusement, tel ne semble pas être le cas sous nos cieux, où la politique est devenue une cybernétique c’est-à-dire, l’art de rassembler des foules et de les mettre en mouvement sans conscience aucune. Le comble Monsieur le Président, c’est que par effets collatéraux, la politique dans notre pays a phagocyté et abruti la foultitude –El ghachi-, qui est instrumentalisée jusqu’à devenir elle-même le vecteur de la politique politicienne. Résultat, beaucoup d’algériens sont dégoutés par la politique ou en ont une peur bleue. Mais moi je pense que lorsqu’on ne fait pas la politique, la politique elle vous fera. Je ne pense pas non plus que la politique soit un concours gastronomique où le dégout puisse nous surprendre, pour moi la politique est la plus haute expression de la charité.

 

J’ai donc préféré durant ces 5 dernières années de ne point me taire, et d’agir à travers des actions au prix de beaucoup de peines et de dangers, au contact du peuple profond, dans la réflexion, dans l’écoute et l’observation qui à mon humble avis sont des données fondamentales de la communication directe et efficace. J’ai l’ultime conviction que le citoyen algérien que je suis, ne doit pas se permettre de perdre ses repères. Je vis donc malgré moi la politique dans mes rapports quotidiens dans mes discussions avec mes concitoyens

 

Mon constat aujourd’hui est que, notre pays est traversé avec brutalité par des changements qui bousculent les repères et la raison. L’incertitude est devenue la chose la mieux partagée des algériens, et le déroulement des événements paraît échapper à tout contrôle. Les valeurs morales et citoyennes sont balayées sans ménagement et ont quitté notre cité. Aucun amour pour la patrie. Avec l’approfondissement de la démocratie, les citoyens algériens sont au sein de la crise. Crise au sens du philosophe italien Antonio Gramsci : « quand le vieux meurt et le neuf hésite à naître.. » ou pour parler plus prosaïquement comme Tocqueville : « le passé n’éclairant plus la vie, l’esprit marche devant les ténèbres ». Le silence, la réflexion, le refus de toutes critiques stériles, les voyages à l’intérieur du pays, l’écoute du peuple profond et l’observation sont des éléments politiques que j’ai voulus savoir gérer pour garder cette conviction dans l’idéal qui fonderait mon engagement à titre de Porte parole du Comité de Défense des Internés des Camps du Sud. la constance de mon attitude et de mon engagement observés ces dernières années, m’oblige aujourd’hui et malgré moi, à rompre encore une fois le silence. Une petite parenthèse : sachez que la vie m’a enseigné que: « même lorsqu’on n’aime pas quelqu’un, on lui dit la vérité quand même ».

 

Pour commencer, je dois vous avouer Monsieur le Président, que je fais partie des algériens qui n’ont pas apprécié votre irruption à la tête de ce pays dans les conditions que vous savez et sur lesquelles je n’aimerais pas revenir ici puisque tel n’est pas l’objet de ma lettre. Sachez aussi que je fais partie de ceux qui se sont accommodés de votre élection après cette courte période de transition car je me suis dit qu’entre deux maux il fallait choisir le moindre. C’est ainsi que, lorsque vous avez commencé votre premier mandat, je me suis dit qu’il fallait vous accorder le bénéfice du doute et prendre le temps de vous voir à l’œuvre car vous n’auriez certainement pas les coudées franches pour mener à bien votre politique puisqu’il vous fallait composer avec les caciques barons, la bourgeoisie politico-bureaucratique et ultra-néocoloniale, et l’horrible cabinet obscurément noir, qui gravitaient autour de la sphère du pouvoir avant de les virer tous pour former autour de vous une nouvelle équipe beaucoup ouverte, ambitieuse et pas passéiste. Cependant, je dois vous avouer Monsieur le Président, que je suis resté sur ma faim et assez déçu jusqu’à présent par la première année de votre deuxième quinquennat à la tête de ce pays et les raisons je m’en vais donc vous les donner.

La première est relative à l’indifférence à l’inhumanité et au mépris affichés aux victimes des Guantanamo’s algériens dont je fais partie, et dont l’honneur m’est fait d’être le porte parole, combien même vous aviez reconnu que l’arrêt du processus électoral ayant précédé l’internement arbitraire de milliers de citoyens dans les camps de la honte, était la première violence. Votre farce pour la paix et la réconciliation nationale nous a ignoré, De ce fait elle est incomplète et surtout discriminatoire, pourquoi ? L’autre raison est relative à la jeunesse en particulier, et au peuple algérien, en général.  En Algérie, je peux dire sans faire injure à qui que ce soit que nous sommes restés scotchés et agrippés avec beaucoup de tares, un manque de vision réelle et une certaine médiocrité légalisée dans nos administrations rongées par une bureaucratie terroriste, ou la corruption règne. Conséquence, les internés des camps de la mort, leurs familles et leurs proches sont désabusés et mortifiés, ils n’ont plus aucune confiance en leurs dirigeants et représentants, contrairement à quelques laquais et autres larbins en col blanc d’un nouveau genre qui donnent encore dans des cris d’orfraie pour vanter l’improvisation de cette charte et de sa prétendue paix et réconciliation dans notre pays.

j’espère seulement que vous vous doutiez que ceci n’est qu’un résumé succinct des non-dits, des choses qui ne tournent pas rond dans ce pays et de ce que beaucoup peuvent susurrer entre eux dans les chaumières. Les problèmes des déportés sont multiples, réels, profonds et si douloureux, que je ne pourrais pas les énumérer dans une si petite lettre ouverte.

 

Je crois que les victimes des camps de la mort et leurs proches en ont assez d’écouter des discours politiques avec des promesses creuses de campagne qui ne durent que le temps d’un battement de cils. Et si vous voulez mon humble avis, je pense que ce n’est plus aux populations d’écouter ces farandoles et ces balivernes politiques, mais aux politiques de se mettre au même diapason que les populations pour écouter leurs discours à eux et prendre leurs doléances à bras le corps. C’était ma conviction hier et cela l’est encore plus aujourd’hui.

Je m’en vais maintenant finir mon coup de gueule contre vos rédacteurs de la charte dite pour la paix et contre votre gouvernement, auxquels je conseille vivement de méditer ces propos : « Pour bien connaître le naturel des peuples, il est nécessaire d’être prince ; et pour bien connaître les princes, il faut être peuple ».

Maintenant si d’aucuns d’entre ceux qui ont taillé la charte en question à la mesure de leurs sentiments mépris, pensent « à votre place » que je vous ai manqué de respect dans cette lettre, je n’en tiendrais pas rigueur, sachant que l’injustice n’est pas stérile et qu’elle enfante des enfants dignes d’elle. Je leur rappelle que leur arbitraire qui a détruit ma vie et celles de mes co-déportés, comme si nous étions des étrangers et non pas les fils de ceux qui ont libéré ce pays, est plus douloureux, et beaucoup plus condamnable que le verbe que j’ai utilisé ici. N’étant pas un étranger et comme disait un sage : « l’étranger ne reste jamais à la tête d’un cortège funèbre parce qu’il ne sait pas où se trouve le cimetière », c’est pour faire entendre nos voix brisées, pour me faire comprendre que nous refusons de rester à l’écart, et pour dénoncer cette politique expatriative. Monsieur le Président, que je crie, et j’écris que je ne suis pas étranger en Algérie et que ce pays est aussi le mien, c’est aussi le notre.

Vous conviendrez donc avec moi que je ne puisse pas en tant que fils de ce pays, rester les bras croisés tel un spectateur stérile, devant tant d’inepties et de souffrances des internés des camps de la honte que je côtoie tous les jours.

 

Pour conclure, si malgré votre « élévation », vous daigniez bien prendre connaissance de ma lettre, vous conviendriez avec moi que je n’ai fait que dire la vérité et que je ne mérite pas qu’on me taxe d’autre chose que celle d’un homme portant sur ses épaules le poids de l’injustice et de la souffrance des irradiés de la république, un homme inoxydable difficile à contraindre au silence, car humblement incorruptible.

 

Monsieur Nourredine BELMOUHOUB                                                                        Alger le 29 Mars 2014

Quartier populaire de Belcourt

Porte parole des internés des camps du Sud


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