DzActiviste.info Publié le ven 10 Oct 2014

L’université selon la logique des généraux.

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2625363Par Said Radjef

Il est presque six heures du matin lorsqu’en face de la Mosquée, un arrêt aménagé en gare de fortune par la municipalité, est pris d’assaut par un monde fou. Beaucoup de jeunes filles universitaires, mais aussi de jeunes délinquants. On se bouscule comme du bétail devant le bus. Quelques jeunes filles, fraîchement bachelières et peu habituées à ce manque de pudeur et de civisme, ont des larmes aux yeux. Tandis que les scènes obscènes crèvent les yeux de la foule, une patrouille de la brigade de la police judiciaire se tient en faction entre le bus et la prison. Sans bouger le petit doigt. C’est la rentrée universitaire.

Faute de la disponibilité des chambres, les étudiantes et les étudiants sont contraints de faire la navette chaque jour entre Tizi ouzou et leurs lieux de résidence, avec leurs propres moyens. Certains viennent de si loin, comme c’est le cas de ces jeunes filles qui habitent Drâa El Mizan, Ain El Hammam, Azzefoun, Lakhadaria, M’Chedallah ou Tazmalt dans la wilaya de Bouira. Chaque après midi, est un supplice pour les parents qui craignent le pire pour leurs enfants, en raison notamment de la forte délinquance qui sévit dans cette partie du pays. On n’arrête pas de broyer du noir et d’imaginer les pires scénarios, un enlèvement ou un kidnapping sur la route pour embraser à nouveau la région. Car, ici, on a la hantise de la guerre des clans qui se déguisent en djihadistes ! Et souvent, faute de savoir gérer la pression et l’angoisse, des querelles éclatent à la maison entre les conjoints qui s’accusent mutuellement, qui ne savent plus ou donner de la tête. Cette situation dure depuis déjà deux semaines, alors que les autorités locales, à leur tête les walis de Tizi, Bouira et Boumerdes, disposent de tous les moyens nécessaires pour rassurer les parents et les étudiants, assurer une rentrée sociale peu mouvementée. « Une flotte de bus universitaires existe dans chaque wilaya, pourquoi on ne l’utilise pas pour assurer des navettes entre les communes et la ville de Tizi, en attendant que les étudiantes et les étudiants trouvent des chambres ? », interroge un parent dubitatif. Et d’ajouter naïvement : « A quoi servent tous ces walis, ces chefs de Daïras, ces maires, ces députés, ces colonels et ces directeurs de wilaya qui touchent des salaires faramineux si aucun parmi eux n’est capable de comprendre les priorités de l’Etat, si aucun parmi eux n’a de spontanéité intellectuelle pour trouver des solutions aux problèmes de la cité dont il a la charge administrative ! »

Le mal ne s’arrête pas à ce seul seuil. Il est si profond que pour le diagnostiquer il faudra des jours et surtout tirer à boulets rouges sur toute la classe politique algérienne, sans distinction aucune.
La rentrée sociale vient à point rappeler que l’ensemble de notre système éducatif est en pleine faillite, qu’il vit une dégénérescence morale qui ne lui permet plus d’assurer la fabrique de cadres compétents, capables de comprendre les enjeux et de relever les défis de l’avenir, dans un univers dominé de bout en bout par la logique de la mondialisation.

L’idéologie de l’élitisme touche désormais à sa fin. Elle est remplacée par une clochardisation hautement élaborée. Aujourd’hui, nous avons des magistrats et des avocats analphabètes, des « douctours » Petiot, des journalistes qui ne savent pas faire une distinction entre une caserne (un commissariat de police) et une salle de rédaction, des généraux fellagas accessoirement trabendistes et généralement paysagistes décorateurs… La devise qui doit inciter chaque élève à donner le meilleur de lui-même, pour décrocher les meilleures formations que méritent ses « qualités intellectuelles », un mot qui revient très souvent dans la bouche de nos dirigeants, est redevenue au fil des années un slogan creux qui fait marrer tout le monde. L’école et l’université ont rompu avec le pacte pédagogique, les exigences du savoir et de la science. Les profs, outre leur incompétence, n’ont plus le pouvoir et la capacité de former les élites. L’école n’est plus, et de loin, le seul dispensateur de formation. Désormais, elle a des rivaux de taille qui ne s’embarrassent d’aucun scrupule moral et intellectuel. Pour espérer réussir, il y a d’un côté ceux qui n’ont que l’école, et de l’autre ceux qui ont l’école, la famille qui peut acheter le baccalauréat à 3000 euros et réserver la meilleure chambre rien que par un coup de téléphone , un espace calme à la maison pour travailler, les sorties culturelles, les cours particuliers, les séjours à l’étranger, le pouvoir de choisir l’une des filières qui marche( quitte à la trouver ailleurs dans un autre pays ennemi) et deux véhicules pour éviter les bousculades devant les bus… La compétition scolaire est biaisée par tant d’inégalités…

Pour ces jeunes, le fameux contrat « si tu travailles à l’école, tu réussiras dans la vie » paraît juste une plaisanterie. Au lieu qu’existe une grande diversité de chemins réputés de réussite, adaptés à la variété des profils et types d’intelligence, il n’y en a qu’une seule : appartenir au monde des privilégiés. A l’université on tue le temps pour ne pas mourir d’ennuis !

Même avec un parcours des plus éloquents, prix d’excellence du préparatoire jusqu’en terminal, de nouveaux bacheliers sont contraints d’aller se casser les dents à l’aveuglette dans des filières sans la moindre perspective d’avenir ou l’étudiant décroche au bout de quelques mois seulement, alors que des écoles (de vrais cartels de bandits) dont dépend le destin de la nation barrent la route aux génies et recrutent avec de la devise !

Cette situation n’est pas l’œuvre du peuple ; elle est l’œuvre des grands dirigeants et des grands commis de l’Etat de ce pays. Dés lors on se pose la question suivante : qui veut réellement briser l’Algérie, ses dirigeants ou le petit peuple que nous sommes ?


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Displaying 1 Comments
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  1. radjef said dit :

    Règlements de comptes, affairisme, incompétence, tribalisme, régionalisme, des proviseurs flibustiers et trabendistes…Tels sont les mots qui conviennent pour décrire l’atmosphère qui règne à l’Académie de Tizi ouzou. L’affaire se déroule au lycée Ali Mellah de Draâ El Mizan et dans d’autres établissements scolaires de la vallée du Djurdjura qui ont obtenu grâce aux sacrifices des parents les meilleurs résultats au baccalauréat et au BEF à travers tout le territoire national. Cinq semaines après la reprise des cours, des classes série maths et sciences expérimentales sont toujours sans profs de maths, alors que cette matière est fondamentale, surtout en filières mathématiques et scientifiques. Avec des coefficients de 7 et de 5 en 1ère S, c’est même la matière la plus importante.
    Les parents outrés par la conduite de certains proviseurs et de certains responsables de la wilaya de Tizi, comptent après une réunion qui s’est déroulée avant-hier à Draâ El Mizan de porter plainte contre le directeur de l’Académie et de saisir la presse. Par ailleurs, de nombreux établissements sont privés de cantines et de transport scolaires. On s’interroge à juste titre si de telles privations ne sont pas des représailles contre cette région qui a toujours donné le meilleur d’elle-même, honoré le pays dans les grandes circonstances et structuré politiquement et militairement l’Algérie depuis la résistance chevaleresque de l’Emir Abdelkader jusqu’au premier novembre 1954.

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