DzActiviste.info Publié le mer 17 Avr 2013

l’urgence d’une protection sociale par Aïssa Kasmi

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Le destin d’un pays et plus prosaïquement son développement et son évolution ne sauraient s’accomplir sans l’effort soutenu, sincère, tout autant individuel que collectif de toutes ses
composantes humaines, ayant préalablement acquis le valorisant statut de citoyens, dans le cadre d’une organisation sociale performante permettant l’émergence des vocations et facilitant la
libération des initiatives dans tous les domaines de la vie de la nation.

Cela suppose l’existence réelle d’un système politique, économique et social fondé sur des lois justes, exprimant réellement la volonté populaire (la loi devant être l’émanation de la volonté
populaire) et régies par des principes et des règles de jeu connus de tous et s’appliquant à toutes et à tous, sans distinction de quelque nature que ce soit. Dans un tel système, l’individu,
épanoui, conscient de sa valeur, parce qu’elle est respectée et en contrepartie respectueux lui-même de celle de ses concitoyens, connaissant ses devoirs et ses droits par ailleurs consacrés,
jouissant totalement de sa liberté bien comprise, s’efforcera spontanément de jouer un rôle positif au sein du groupe auquel il appartient, étant entendu que sa force, son éclosion citoyenne et
son équilibre dépendent fondamentalement de son appartenance solidaire au dit groupe.

L’une des conditions essentielles de cet épanouissement de l’individu et de la stabilité sociale d’une société, se voulant équilibrée, consiste, en effet, à garantir la sécurité des personnes et
des biens et à préserver l’ordre public. C’est en plus un des attributs régaliens et prioritaires de l’Etat, qui est inscrit en bonne place dans toutes les Constitutions que les hommes se 
sont données pour pouvoir vivre en communauté, en société.

Le dilemme est que dans une société traditionnelle comme la nôtre, trop tôt ou peut-être tardivement happée par une certaine modernité et en perpétuel mouvement sur elle-même, les notions de
droits et de devoirs, ainsi que la représentation des lois en général, sont trop souvent perçues avec beaucoup de flou et avec une forte méfiance par nos citoyens, notamment lorsqu’il s’agit de
mesures édictant des obligations contraignantes ou prescrivant des restrictions limitatives des libertés ou accompagnées de dispositions coercitives.

Ces notions s’obscurcissent davantage aux yeux des citoyens que nous pensons être, dès lors que nous constatons (parfois à tort) un manque d’équité et de justice dans l’application des lois et
règlements en vigueur. En effet, la notion de citoyenneté, bien comprise, demeure plutôt inaccessible et ses codes encore inintelligibles chez bon nombre de nos compatriotes pour de nombreuses
raisons, liées tant au passé colonial qu’à l’analphabétisme qui touche encore une frange importante de la population algérienne.

Le dernier facteur, qui continue de retarder et de compromettre l’accession du plus grand nombre de personnes à une pleine et entière jouissance d’une citoyenneté définitivement assumée, tire sa
raison des effets néfastes d’une urbanisation massive et précipitée, ayant forcé des millions de personnes habituées aux us et coutumes de la vie rurale à se regrouper dans les grandes villes ou
à leur périphérie, au sein desquelles elles arrivent difficilement à s’intégrer et à s’adapter au mode de vie beaucoup plus complexe et plus exigeant que celui de la campagne.

Ce qui caractérise, en fait, aujourd’hui, notre société post-moderne de ce début de millénaire, a trait au fait que le citoyen, confronté à une multitude de difficultés et de contraintes de
toutes sortes, s’échine à faire valoir ses droits sans les connaître réellement, tout en faisant fi des devoirs à accomplir avant de prétendre à l’obtention des droits, étant donné que c’est le
devoir qui crée le droit et non le contraire. Force est de reconnaître, en même temps, que les institutions de l’Etat, s’appuyant sur le principe cardinal selon lequel «nul n’est censé ignorer la
loi», ont trop souvent considéré leurs prérogatives comme une chasse gardée non ouverte aux citoyens considérés, eux, comme de simples usagers ou des consommateurs quasiment mécaniques de la
«production» réelle et surtout symbolique de ces mêmes institutions.

Conséquence : aucun droit de regard ne leur est accordé ou permis sur la manière d’améliorer la qualité de ces «produits» qui leur sont servis, la plupart du temps sans emballage et de manière
tout à fait grossière et inaccomplie. Ce constat soulève consubstantiellement la question des relations du citoyen algérien avec les lois et les règlements, de celles qu’il tente de tisser,
vaille que vaille, avec l’Etat et ses institutions et subsidiairement la problématique du degré de confiance qu’éprouve ce citoyen à l’égard de ses gouvernants. Il nous semble que c’est là que se
situe le nœud gordien des relations du citoyen avec les lois de son pays. Il n’est nul besoin de souligner ici le fait que la méconnaissance, la violation ou le non-respect des lois, constituent
le premier facteur des désordres, de l’insécurité et des troubles au sein des sociétés.

S’ajoutent à cela, bien évidemment, d’autres causes qui plongent plutôt leurs racines dans les dysfonctionnements et autres dérèglements de l’organisation sociale en général. Une organisation
sociale, résultant, elle-même, de l’accélération du sens de l’histoire, qu’a connue notre pays depuis l’indépendance et dont les épiphénomènes se manifestent par des attitudes foncièrement
négatives mues, soit par le souci que nous avons de nous assurer, souvent par effraction, une place dans une société qui semble nous ignorer, soit par dépit et frustration devant les injustices
criantes et répétées, dont nous sommes quotidiennement victimes ou simples témoins, soit enfin pour défier l’autorité de l’Etat, accusé d’être à l’origine de tous les maux de la société.

L’origine d’une telle situation remonte, à notre sens, d’abord à la faiblesse et à la vulnérabilité de l’édifice familial, traditionnellement chargé en première fournée de façonner l’individu et
de lui donner le moule originel lui permettant de s’approprier les attributs du groupe social auquel il appartient et duquel il tire son identité, sa force et bien souvent, chez nous, sa fierté
excessive. Cet édifice, faut-il le souligner, a subi depuis l’indépendance des ondes de choc successives qui ont fini par l’ébranler dans ses fondements mêmes et par réduire son champ potentiel
de rayonnement, parasité de surcroît par l’audiovisuel et tous les produits des nouvelles technologies de l’information aussi diverses que nuisibles.

Ensuite vient l’échec consommé de l’école algérienne, deuxième maillon de la chaîne ayant pour noble mission de poursuivre l’œuvre de l’éducation familiale de base. Cette école a été, de l’avis
unanime de tous, incapable de servir de socle social et humaniste en mesure de donner aux jeunes Algériens une conscience collective, portant les mêmes espoirs et tendant vers un projet de
société partagé, après l’échec de l’entreprise ayant tenté d’en faire un illusoire sujet d’une société uniforme pour tous. Il est évident que la présente contribution n’a guère pour prétention
d’énumérer toutes les causes qui poussent les citoyens à défier la loi ou à commettre des actes répréhensibles ou simplement contraires à l’ordre public et, de plus en plus, ces derniers temps, à
la morale publique.

Cela nécessiterait des volumes entiers impliquant des psychologues, des sociologues, des criminologues et autres spécialistes de l’évolution de la société dans tous ses compartiments et ses
étapes d’évolution. Notre seul but est de démontrer à quel point il est important, aujourd’hui, pour le citoyen de prendre sérieusement conscience de sa place et de sa valeur dans la société et
d’agir en fonction de cette valeur, notamment en s’aménageant un rôle positif moins passif, pour contribuer à l’application des lois et à la prévention des différents types de délinquance.

Car une loi, certes, ne vaut que par la valeur de ceux qui sont chargés de l’appliquer, mais aussi et surtout par le degré de conscience des personnes auxquelles elle s’applique. S’il est une
autre évidence qui mérite également d’être rappelée dans ce contexte, c’est que l’infraction aux lois, le délit ou le crime quelles que soient leur nature, ont tous une motivation sociale
fondamentale. C’est dans la société que résident les racines de tout acte violant les lois et les règlements mis en œuvre par la société, pour se protéger et se prémunir contre les tendances à la
délinquance de certains individus ou groupes qui la composent.

Ce postulat de base et cette vérité première, nous incitent à dire que toute politique de prévention et de lutte contre la criminalité et la délinquance, dans sa large acception, doit mettre en
mouvement la synergie de l’intégralité des ressorts de la société civile, à travers l’utilisation ou l’aménagement d’espaces et de canaux organisés et bien identifiés susceptibles de pouvoir
servir de supports, de relais ou de courroies de transmission dans les deux sens aux pouvoirs publics et aux institutions compétentes.

Ceux qui continuent de penser que l’éradication de la délinquance relève de la compétence exclusive des institutions de répression et de justice pénale se leurrent et se trompent lamentablement,
durablement ! Comme chacun le sait, il faut parfois faire preuve de beaucoup d’imagination pour convaincre les pouvoirs publics de partager leurs prérogatives ou une petite parcelle de ces
dernières avec les organisations de la société civile, notamment en matière de prévention, d’aménagement de passerelles permettant à cette dernière de s’exprimer et de s’associer à des activités
bien ciblées et préalablement déterminées.

Il s’agit, en fait, de mettre en place une stratégie nationale à court, moyen et long termes, circonscrivant l’origine du mal et son étendue, ciblant les actions de prévention et de lutte à
entreprendre, déterminant les échéances de leur exécution, les moyens nécessaires à leur mise en œuvre, la répartition des tâches entre l’ensemble des partenaires concernés, ainsi que les
méthodes d’évaluation du travail accompli, pour pouvoir corriger les imperfections et garantir plus d’efficacité à l’action commune. Lorsque nous parlons de sécurité, il doit être entendu que
c’est, en fait, toute la société qui est interpellée, car, au risque de nous répéter, la sécurité conditionne plus que jamais toutes les autres démarches de développement économique, social et
culturel du pays.

L’affaire de Tiguentourine est, hélas, là pour le rappeler avec éclat. Pour illustrer davantage cette situation et cette primauté, il n’y a qu’à se référer aux années de braise qu’a traversées
l’Algérie durant la décennie noire, pour se convaincre que rien ne peut se faire dans un climat d’insécurité, d’angoisse ou psychologique et d’instabilité. Ma conviction est que le citoyen
algérien, qui a vécu les affres du terrorisme sauvage qui a frappé de plein fouet notre pays, est mieux placé et surtout censé être plus conscient que quiconque pour saisir l’importance du
facteur sécuritaire dans le processus d’évolution d’un pays.

C’est dire que ce citoyen ne peut que se sentir concerné par toute démarche visant à améliorer les conditions de sécurité et de stabilité sociale. Il est, en réalité, fondamentalement prêt à se
joindre à tout projet lui offrant réellement des espaces et des dispositifs novateurs, lui permettant de contribuer un tant soit peu à la garantie de l’ordre public et à la protection des biens
et des personnes. La Sûreté nationale, sous l’impulsion volontariste et déterminée du général-major Abdelghani Hamel, se montrant consciente de l’importance de la contribution que peut apporter
le citoyen pour jouir de plus de sécurité et de tranquillité, s’emploie, ces derniers temps, à multiplier les actions d’information, de communication, de relations publiques et de travail de
proximité dans le but évident de venir à bout des dernières barrières qui subsistent encore dans les relations police/citoyen.

Il s’agit bien évidemment et dans la foulée de sensibiliser davantage les nombreuses organisations civiles ayant gagné à la fois la confiance des citoyens et celle de l’Etat par leurs activités
efficaces et désintéressées, en vue de participer, aux côtés des services de sécurité, à l’effort de mobilisation de toutes les franges de la société appelées à renforcer le dispositif de
prévention et de lutte contre toutes les formes de criminalité et de délinquance.

Cette sensibilisation citoyenne doit cibler tout naturellement l’ensemble des fléaux sociaux qui menacent gravement, ces derniers temps, notre jeunesse, tels que celui de la prolifération des
différents types de drogues et de psychotropes dont l’abus provoque non seulement la destruction du consommateur mais aussi annihile tout effort de développement. Toutefois et comme souligné plus
haut, le facteur sécurité étant devenu, au fil du temps, un besoin vital pour notre société, son traitement doit désormais s’élever au niveau d’une approche beaucoup plus globale en vue d’aboutir
à la mise en œuvre d’une gouvernance nationale en matière de prévention et de lutte contre la criminalité dans toutes ses manifestations.

Elle doit être érigée au rang  d’authentique politique publique (au sens managérial moderne du terme) à l’issue d’une large consultation et d’un consensus entre tous les acteurs de la
société, afin que chacun puisse connaître le rôle qui lui revient et le jouer pleinement dans une synergie totale, alliant judicieusement prévention et répression.

Il s’agit en vérité de mener une lutte implacable contre tous les germes et ingrédients de la délinquance, tâche que les services de sécurité ne peuvent à eux seuls assumer quel que soit leur
professionnalisme, leur performance ou leur effectif, même quand leur compétence est désormais unanimement appréciée, voire mondialement reconnue. Cette lutte ne saurait, à notre sens, être
gagnée qu’à travers une politique publique démocratiquement élaborée et scientifiquement déclinée dans ses fondements et ses applications. En l’absence d’une telle vision et d’une telle
stratégie, notre pays risque de voir se développer, à terme, de nouvelles formes de violences et de criminalité qui peuvent prendre des proportions autrement plus graves que celles connues et non
encore implicitement reconnues jusque-là.

Sans pouvoir illustrer notre propos par des statistiques ou des données actualisées, je n’en veux pour preuve que ce que nous rapporte quotidiennement les médias sur la propagation des différents
types de drogues et de psychotropes, les enlèvements et les tragiques assassinats d’enfants, le commerce d’organes humains, les échauffourées qui opposent des bandes de jeunes utilisant les armes
blanches, y compris les sabres, les suicides sous diverses formes, les fermetures de routes, le blocage de sièges d’administrations publiques, la cybercriminalité, le blanchiment d’argent, les
trafics de toutes sortes à nos frontières.

A tout cela, s’ajoutent les méfaits du terrorisme international qui continue de sévir avec une férocité décuplée dans certaines zones de notre pays et dans l’espace maghrébin et subsaharien.
Grande nation du bassin méditerranéen, du monde arabe et de l’Afrique, disposant de tous les atouts historiques, économiques et humains lui permettant d’affirmer son identité et sa force, 
l’Algérie, notre beau pays, constitue une cible privilégiée au double plan géostratégique et politique que les laboratoires, faiseurs de «révolutions exportées», ont de toute évidence incluse
dans leurs plans diaboliques de déstabilisation, en actionnant, entre autres, toutes les officines liées de près ou de loin aux réseaux de criminalité transnationale organisée, qui ont assurément
les moyens de leurs desseins.

Si ces organisations arrivaient à gangrener notre jeunesse qui constitue, comme tout le monde le sait, notre première richesse et à la paralyser en lui déversant des quantités industrielles de
stupéfiants et autres substances destructives, elles auront touché le rempart le plus sensible de notre système de défense sociale. Notre pays a connu depuis la reconquête de son destin national,
il y a plus d’un demi-siècle, bien des séismes, aux sens propre et politique du terme. Face à ces risques potentiels et aux défis de toutes natures, l’Algérie, utilisant la force massive du chêne
et la capacité d’adaptation du roseau, a résisté jusque-là sans rompre.

Les Algériens ne sont, en effet, jamais aussi proches de la résurrection que quand ils se sentent menacés dans leurs fondements majeurs, dans leurs espaces intimes. Si ces espaces ont été, dans
le passé lointain et récent, jalousement préservés et soustraits à la force déferlante des tempêtes et autres bourrasques déstabilisantes qui les ont menacés, notamment ces dernières années,
c’est en partie grâce à l’infinie sagesse et à l’immense patience, voire aux sacrifices incommensurables, des générations qui ont toujours et à jamais placé l’Algérie au-dessus de toute autre
considération.

Après un demi-siècle de conquêtes économiques et sociales réelles, d’errements et d’hésitations que l’on peut justifier, de rendez-vous manqués moins explicables, avec l’Histoire, les nouvelles
générations post-indépendance sont peu enclines au pardon et à l’attente. Elles sont tout le contraire de celles qui les ont précédées dans leurs motivations et dans leurs rêves. Elles sont
légitimement porteuses d’exigences nouvelles soutenues de part en part par une fougue, une volonté d’arriver, voire une rage de vivre leur époque. Ces caractéristiques fondamentales n’ont pu
malheureusement s’exprimer sous le poids des événements parfois dramatiques de la période que nous avons vécue douloureusement, dans les années quatre-vingt-dix.

Le plaidoyer en faveur de l’urgence d’un pacte de défense sociale, élevé par la grâce d’un acte majeur de bonne gouvernance au rang de politique publique, que nous défendons dans la présente
contribution, aurait pour effet de canaliser les bonnes et saines énergies et d’extirper les mauvais germes des nouvelles formes de violence tapies au cœur de la société et qui agressent
quotidiennement les Algériens à travers les manchettes de journaux, à la lecture insupportable et les chuchotements sous cape aux narrations morbides insoutenables.


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