Il est sorti de son silence après une décennie de mutisme, il a promis à ses sympathisants de gagner, et que si les résultats sont faussés « vous allez voir ce que vous allez voir ». Il a bombé le torse, monté sur le toit d’une voiture pour haranguer la foule, durci son discours. Il s’est vu président, le temps d’une campagne.

 Le jour de l’élection, coupure d’électricité à son siège national, le téléphone fixe ne répond plus. Qu’à cela ne tienne : sur son portable, il promet aux médias de ne pas se laisser voler la victoire. Il claironne à tous les micros « c’est moi qui ai gagné ».

 Et puis ? Bouteflika est donné vainqueur, largement, trop largement pour éviter les inévitables doutes. Il se retrouve avec 12%, comme consentis par pitié ou cynisme. Que va-t-il faire faire ? se demandent ses partisans et les journalistes. Oui, quelle sera donc sa réaction ?

 « Je vais créer un parti politique », répond Ali Benflis. Hein, tout ça pour ça ? Menace risible, molle. « Il a joué son rôle de lièvre, il peut retourner chez lui se reposer », se moquent les mauvaises langues. Ses sympathisants restent sans voix, abattus.

 Mais où est donc passé Ali Benflis ? Comme la comète de Halley, il passe épisodiquement, on se souvient de lui le temps d’une campagne et il disparaît. Rendez-vous au prochain passage, campagne. Il aura 75 ans, presque l’âge du président actuel. Trop tard ?