DzActiviste.info Publié le mar 18 Mar 2014

MEMOIRE ET POUVOIR par Mustapha Hammouche

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MEMOIRE ET POUVOIR par Mustapha Hammouche

Il n’est pas important de savoir pourquoi Yacef Saâdi a jugé bon de “révéler” que “Larbi Ben M’hidi n’a pas tiré une seule balle durant la Révolution algérienne”. Ce n’est pas important parce que le rôle de Ben M’hidi dans l’initiative révolutionnaire, dans la gestion du déclenchement de la Révolution et dans l’organisation stratégique et tactique n’est pas en cause. La seule question que les Algériens — et les esprits qui se sont intéressés à cette phase de notre histoire — se sont toujours posés est celle-ci : comment le responsable de la Révolution en fonction à Alger le mieux protégé à cette époque a pu être capturé par les paras français ? Ni les acteurs de cet épisode révolutionnaire, ni les historiens, ni mêmes les opinions dénigreuses qui prospèrent à l’ombre de notre cynisme culturel, n’ont jamais émis le moindre doute quant à la place, distinctive et sans bavure, de ce martyr dans l’œuvre de Libération nationale. L’on ne rappellera pas le témoignage d’Aussaresses sur la délation “spontanée” d’Ali La Pointe, puisque ce n’est pas le propos. L’on se contentera de citer le lieutenant Allaire, qui avait arrêté Larbi Ben M’Hidi, et qui, malgré les conditions particulières de cette guerre, n’a pas pu s’empêcher de lui rendre cet hommage : “Si je reviens à l’impression qu’il m’a faite, à l’époque où je l’ai capturé, et toutes les nuits où nous avons parlé ensemble, j’aurais aimé avoir un patron comme ça de mon côté, j’aurais aimé avoir beaucoup d’hommes de cette valeur, de cette dimension, de notre côté. Parce que c’était un seigneur Ben M’hidi. Ben M’hidi était impressionnant de calme, de sérénité et de conviction….” Si l’historiographie a réduit la Révolution à une histoire de baroud, c’est justement parce que les “gagnants” — ceux qui ont confisqué l’indépendance — en ont fait une simple “bataille”. Cette représentation strictement militaire d’une entreprise éminemment politique a permis d’inverser les rôles et de faire en sorte qu’une fois l’Indépendance acquise, la Révolution devait se poursuivre en marchant sur la tête, les pieds en haut. On paie encore, ces temps-ci plus que jamais, la résolution violente de la question de la primauté du politique sur le militaire en faveur du militaire. Dans son essence politique, la révolution n’est pas une entreprise qui en est à une balle près ! Et, heureusement, que son génie ne s’arrêtait pas à l’art de l’insurrection armée ! Sinon, que de monde à exclure de l’Histoire ! Et cela viendrait confirmer ce qui fonde le système d’aujourd’hui : l’Algérie serait un butin privé de libérateurs officiels ! Le dogme qui fait de l’indépendance nationale une affaire strictement militaire, légitime la doctrine putschiste et relègue le pays à la condition d’enjeu de coups de force. Même s’il vient de traverser la frontière pour prendre le pouvoir, chaque nouveau maître arrive avec le récit édulcoré de son épopée. Et des “baroudeurs” sont alors contraints d’apprendre, en pleine indépendance, à pratiquer le baisemain télévisé ! En perte de mémoire, ce pays ne respecte plus que les vivants. Bien vivants. C’est ce qui fait que, dans un pays où l’on emprisonne ceux qui dénoncent les “faux-moudjahidine”, l’on puisse outrager les héros morts.


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