DzActiviste.info Publié le jeu 29 Mai 2014

MESDAMES ET MESSIEURS LES TYRANS

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dictateurPar : Nourredine BELMOUHOUB *

 

Ce qui caractérise votre tyrannie, c’est la manière dont vous traitez l’histoire du peuple que vous dominez par la force, la ruse et la fraude, et ce qui caractérise les tyrans que vous êtes, c’est la manière dont vous êtes satisfait de vous-même, d’être arrivé si haut, et de pouvoir laisser libre cours aussi bien à vos intentions affichées que secrètes, qu’à vos pulsions et à vos craintes, ce pourquoi vous engagez comme critères de réussite, le mépris et la domination de l’autre, au lieu de la domination de soi et du respect de l’autre. Venus dans notre monde sous les habits de carnaval de ces démocraties de façade vidées de leur sens, par la puissance conjuguée de l’arrogance et de la félonie, votre tyrannie aujourd’hui c’est le cancer qui nous ronge.

 

De discours en discours, claironnés ici et ailleurs, vous laissez croire qu’a défaut de bien faire, du moins faire du bien au pays, en le soulageant de la pesanteur d’une invisible main étrangère non identifiée, que vous seriez les fossoyeurs du monde ancien et les accoucheurs d’un monde nouveau.

Mesdames et messieurs les fossoyeurs de la patrie, les mots qui vous sont adressés ici et que vous ne lirez sans doute jamais, le sont tout autant à l’ensemble de vos pairs et vos compèresdélirants, cyniques et démoniaques qui ne sachant que « voler » de sommet en sommet ne se posant jamais sur aucun. Vous nommer par votre nom propre et commun à la fois, celui de tyran, ne paraîtra exagéré qu’à ceux qui, abreuvés d’images et de rêves qu’on achète, considèrent que les mots ont perdu leur puissance de dire le vrai.

 

Or les mots ne perdent leur puissance que parce que les consciences qui les lisent semblent emportées dans un processus de mutation ressemblant à une sorte d’autodestruction.

Le temps des bruits de bottes et des coups d’Etat militaires mesdames et messieurs les fossoyeurs de la patrie est révolu en Algérie, mais aujourd’hui vos coups d’Etat se succèdent sous une nouvelle forme, en apparence plus civilisée. Les élections du 17 Avril 2014, illustre ce que j’appellerais ici, le « néo putschisme ». En effet, la situation que vient de vivre l’Algérie illustre l’avancée d’une nouvelle forme de coups d’Etat qu’on pourrait appeler le néo putschisme.  Le coup d’Etat traditionnel passait par une intervention violente de l’armée (soutenue par certaines composantes de la société), avec l’appui ou la tolérance de l’étranger. Il visait à redéfinir l’équilibre du pouvoir et à fonder un ordre nouveau. Ce « nouveau putschisme » est, dans les formes, moins virulent que l’ancien. Mené par des civils (avec un soutien implicite ou la connivence explicite des militaires), il maintient un semblant de respect des institutions, n’implique par nécessairement une puissance étrangère et prétend, au moins dans un premier temps, faire sortir le pays d’une impasse sociale ou politique pouvant dangereusement dégénérer.

 

La particularité de votre rôle de tyran tient en ceci que vous devez inventer la partition au fur et à mesure que vous la jouez. Vous ne pourrez accepter de vous reconnaître dans ce portrait tyrannique, mais c’est ce qui rend son exécution d’autant plus essentielle que vous-même pouvez être enclin à croire autant qu’à faire accroire que vous seriez à la fois quelqu’un d’autre et quelque chose d’autre qu’un tyran. Le mot n’est pas exagéré. Il peut sembler très au-delà de la vérité à cause de la légitimité dont vous vous targuer. Il est très en deçà de la vérité si l’on s’en rapporte tant aux analyses classiques de la fonction qu’aux formes nouvelles auxquelles vous la faites se plier.

Telle est donc la simple vérité et elle est effroyable, elle restera pour les néo putschistes une souillure. Je me doute bien que l’élu dans ce gangstérisme électoral n’a aucun pouvoir en cette affaire, qu’il est le prisonnier de la Constitution et de son entourage. Ce n’est pas, d’ailleurs, que je désespère le moins du monde de ce semblant de triomphe. Je le répète avec une certitude plus véhémente : la vérité est en marche et rien ne l’arrêtera. C’est d’aujourd’hui seulement que l’affaire commence, puisque aujourd’hui seulement les positions sont nettes : d’une part, les coupables qui ne veulent pas que la lumière soit faite, de l’autre, les justiciers qui donneront leur vie pour qu’elle se fasse. Je l’ai dit ailleurs, et je le répète ici : quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres.

 

Apres la mascarade électorale, l’Algérie vit à nouveau des jours d’incertitude. Passé le moment d’euphorie teintée pour les uns, et de stupeur pour les autres, c’est le peuple algérien qui, cette fois encore, a répondu, le peuple algérien qui a bougé. Les manifestations d’hostilité au régime en place vont-elles s’arrêter, s’amplifier, déborder le cadre des villes et des éléments les plus politisés de la population ? La résistance va-t-elle s’organiser sourdement et à la longue, ou bien le peuple malgré sa lassitude trouvera-t-il la force et le courage de faire face à la dictature régnante ? Nul ne le sait !

Pourtant même s’il apparait peu probable qu’un renversement immédiat de la situation puisse se produire, on peut constater, quelle que soit la suite des événements, que si la machine, bien que remarquablement bien huilée de la fraude électorale a montré ses limites de perversion et de malhonnêteté morale, j’irai jusqu’à dire qu’elle a fini par se rayer, à force d’usage et de surdosage, et si elle a commencé à grincer par la force d’une massive abstention, c’est à cette première réaction populaire qu’on le doit.

 

Si l’équipe de Bouteflika se maintient au pouvoir, elle se maintiendra par la force après avoir pris le pouvoir par la violence de la fraude. Le processus de répression qui doit s’ensuivre, déjà amorcé, ne facilitera certes pas la tâche aux nouveaux dirigeants, les manifestations populaires semblent pour le moment le seul élément à s’être mis en travers de sa route.

 

Le ralliement d’un bon nombre de partis politique, -ralliement prévisible pour certains, assez décevant pour d’autres- n’a pas demandé de temps. Seule une majorité populaire s’est montrée contre la gabegie électorale. Mais dans le contexte qui semble se dessiner, combien de temps pourront-ils s’y tenir ? Une fois de plus se vérifie la coupure entre les milieux politiques et la masse populaire algérienne, et apparaît le contraste entre l’opposition partisane dans les mots et l’opposition à la base.

Ceux qui connaissent mal la réalité algérienne se sont posé deux questions : celle de la «couleur» des clans, et celle du processus qui a permis à la mise en place de la dictature à la tête de l’Algérie.

 

La réponse à la première question ne laisse plus beaucoup de place au doute :

 

  –  Dès lors qu’un groupe de militaires a pris le pouvoir en 1992 par la violence et en violant la

     Constitution,

  –  que les premières mesures prises consistaient dans l’élimination des islamistes et une déportation

     massive et criminelle

  –  que les premières alliances se sont faites avec les déserteurs de l’armée française, les éradicateurs

     et l’opposition bourgeoise,

  –  que le premier soutien est venu de la France,

  –  enfin dès l’instant où le bâton à pris la place de la loi, pour s’abattre contre la foule

 

Mesdames et messieurs les fossoyeurs de la patrie, permettez-moi de ne pas m’excuser en vous sortant de votre servitude qu’est devenue votre vie. J’aime, comme vous tous le confort du quotidien, que procure l’image d’une ville protégée par une puissante armée. J’affectionne de me sentir protégé, comme tout le monde. Mais dans cet esprit de calme qui prévoit que les évènements importants ou non, soit discuter par les soi-disant élites de notre société. J’ai ressentie le besoin de vous exprimer mon point de vue sur ce qui chamboule nos petites vies paisibles et individuelles.

Il existe bien sûr des gens dont la morale n’est pas leur premier souci, comme c’est le cas pour vous, lécheurs de bottes, parvenus –es- de tous bords, qui refusent que je parle, pourquoi ? Parce que même si l’on peut substituer l’épée à la parole, les mots conservent leur pouvoir, ils sont les piliers de la compréhension, ils sont l’énonciation de la vérité. Et la vérité est que, quelque chose va très mal en Algérie.

 

Cruauté, injustice, intolérance et oppression sont les principes des maîtres de la ruse et de la fraude, que vous soutenez en haletant avec bassesse, sans honte aucune comme un basset en quête d’un os à ronger, et où ? Ici même ignobles larbins, à la cité du million et demi million de Martyrs. Auparavant, avant que le front des déserteurs de l’armée française ne volent nos libertés, nous avions la latitude de faire des objections, de parler comme bon nous semblait. Désormais il y a des interdits pour nous contraindre à la conformité, à coups de corruption par-ci, ou par voies d’intimidations et de menaces par-là, pour nous rendre dociles comme de vulgaires moutons, toutefois, sans réussir sur les terrain ou les sens de l’honneur et de la dignité priment.

 

Comment on est-on arrivé à un tel résultat, qui doit-on blâmer ? Bien sûr, il y en a qui sont plus responsables que d’autres. Dans un souci de vérité, si nous cherchons un coupable, il serait louable que tout un chacun se regarde tout simplement dans un miroir.

 

On nous promet l’ordre et la paix. Tout cela en échange de notre dévotion totale. En disant cela, assurément je ne suis pas l’ennemi de ceux qui se sont levés –ées- tôt, et couru vers l’urne ce 17 Avril 2014, je ne suis pas leur ami non plus, mais l’ennemi de ceux qui salissent les valeurs comme l’impartialité, la justice et la liberté. Pour moi ce ne sont pas que des mots, ce sont des principes fondamentaux. Je suggère d’y réfléchir sérieusement et tout comme moi, de vous insurgez contre un règne mis en place par une bande de lâches.

 

Si vous voyez comme moi, si vous ressentez les mêmes choses, alors rangeons nous dans le même bord, nous seront les fils de la liberté qui se lèvent pour dire non ! La dictature et ses chiens ne reflètent pas la pureté que l’Algérie porte.

 

*  Défenseur des droits de l’homme.

 

 


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