DzActiviste.info Publié le ven 26 Avr 2013

Michael Friedman et Naguib Sawiris, deux tycoons de la finance internationale en Algérie : portraits rapides.

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Source: wikipedia pour sawiris et Jewish Businessnews.com pour Friedman

sawfriedmanLeur premier point commun : ils jonglent avec des milliards de dollars.

Faites tourner la mappemonde à grande vitesse. D’un geste sec, arrêtez-là. Mis à part l’Arctique et l’Antarctique et en posant votre index sur un point de la planète, il est probable que vous en toucheriez une partie de ce pognon grâce à toutes les opérations d’ingénierie financière qu’exécutent leur tentaculaire groupe respectif, Weather Investments pour Sawiris et Alfa Bank pour Friedman, que ce soit dans les bourses ou dans les paradis fiscaux comme les Iles Caïmans ou Delaware (USA).

Le deuxième : Michael Friedman et Naguib Sawiris diversifient leurs investissements internationaux et placements par l’achat d’obligations et actions. Les deux ont fait des télécommunications intercontinentales un segment d’affaires et surtout un point d’entrée dans les économies de certains pays riches par le PIB et pauvre dans la gestion économique. Si l’Amérique du Nord leur est presque fermée, c’est plus la réglementation des marchés financiers qui en est la cause que la volonté politique de cette région, même si elle est présente.

Le troisième : ces deux tycoons sont natifs de régions instables, à faible légitimité démocratique, en transition économique, ouverts à la prédation.

Le quatrième et dernier point commun : les deux sans état d’âme ni pitié, par le truchement de cessions et d’acquisitions d’actifs et de passifs lourds se retrouvent à faire d’Alger, une capitale tourmentée. D’autres ressemblances peuvent être énumérées comme l’idée qu’ils se font de l’État ou dans la pratique de la corruption.

Après ces points de ressemblance, qu’en est-il des tourments et de ses causes à Alger

La longueur dans le solutionnement – un barbarisme linguistique volontaire qui sied à ce cas – de l’affaire Djezzy est le révélateur des tourments des pouvoirs publics algériens. La tournure qu’elle a prise montre que les deux tycoons Michael Friedman et Naguib Sawiris participent au siphonnage des réserves de change de notre pays.

À cause de la déferlante des nouvelles technologies avec les téléphones intelligents, les tablettes et les investissements qu’ils exigent des grands opérateurs et propriétaires des réseaux, le non amortissement des dépenses précédentes et l’obsolescence des technologies pour lesquelles ils ont été consentis et surtout les très gros endettements des compagnies de Sawiris et Friedman qui arrivent à maturité en été 2013 pour Weather Investments et les déboires de Telenor, la société norvégienne, qui croule sous une dette en crédit revolving d’un milliard de US$ contracté à Wall Street (avec maturité en juillet 2013) et broyée par la mécanique russe dans son union avec Altimo, les deux groupes sont à la recherche de financements frais et faciles à obtenir. En 2010, les dettes cumulées des deux groupes s’élèvent à 14 milliards $US (10 pour le groupe de Sawiris et 4 pour celui de Friedman). Cette défavorable conjoncture mondiale dans les télécoms fait de certains pays faibles des proies visées et l’Algérie en est une.

La situation en Afrique du Nord n’est pas reluisante. En plus de notre pays, il suffit de voir dans cet autre petit exemple qu’est le Maroc avec ce qui se passe dans sa téléphonie mobile.

Les causes des tourments d’Alger sont nombreuses. La première est l’opacité. Du premier montant de 2,1 milliards US$ à 6,6 milliards US$, à ce jour très peu d’Algériens savent combien vaut réellement Djezzy et à combien elle a été valorisée par le bureau conseil étranger engagé à cet effet. L’autre cause est la non révélation de certains termes du contrat de la licence accordée à Sawiris qui touchent particulièrement aux infrastructures publiques que feu Djezzy-Orascom utilise. La dernière est l’engrenage dans lequel l’Algérie se retrouve : d’un coté, l’adversaire désigné Orascom et Sawiris, d’un autre, le propriétaire officiel VimpelCom qui appartient au Groupe Alpha Bank de Friedman qui annonce une autre couleur : celle de l’acquisition de Djezzy par Altimo, une autre de ses compagnies.

Une cause et pas des moindres : l’Algérie préfère payer des amendes à plusieurs milliards de dollars comme dans le cas de Sonatrach à la Chambre de Commerce Internationale (CCI) au lieu d’aller vers des bras de fer construits avec des alliances avec d’autres pays. Dans le sillage de ces précédents, Sawiris lui a intenté un procès en arbitrage auprès du Centre international pour le Règlement des Différends liés à l’Investissement privé (CIRDI/ICSID) de la Banque mondiale. Et dans cet arbitrage, la situation lie une personne physique à un État.

À se demander si l’Algérie n’a pas de solutions

Pour des considérations liées à l’économie politique internationale en général et l’accession de l’Algérie à l’OMC en particulier, notre pays n’a pas joué sur tous les leviers dont il dispose. Parmi les plus simples : un désabonnement de tous les clients institutionnels de cet opérateur, taxer la publicité de ces opérateurs et imposer à des taux prohibitifs les revenus des locateurs privés d’espaces (balcons et terrasses) pour les installations de transmission. Et si c’est une guerre économique et c’en est une, associer les Algériens en leurs demandant de boycotter les compagnies qui pompent leur argent.

Mais la plus grosse menace ne vient pas de l’extérieur, elle vient de l’intérieur avec ce que nous réserve la révision de la constitution enclenchée à la veille des prochaines élections. Si cette révision officialise la prédation économique en optant pour le néolibéralisme qui, pour rester dans le cadre de la téléphonie, au lieu de déclarer le spectre des fréquences géré par l’Agence nationale des fréquences (ANF) comme ressource stratégique – qui se raréfie- de la Nation alors la main étrangère ne l’est plus. Elle est algérienne mais pas nationale parce qu’il y aura toujours ceux qui considéreront cette Patrie avec plus d’égards.

Daoud Voujlil.


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