DzActiviste.info Publié le mer 30 Oct 2013

Moi, Baya Hocine, fille d’Ighil Imoula.

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Baya_HocineCes algériennes de la résistance
Moi, Baya Hocine, fille d’Ighil Imoula. Par Nora(cheballah) Hocine

Fathma N’soummer a été ce qu’il y a de plus instinctif et de plus inspiré chez le peuple algérien. Dire cela n’est pas du tout exagéré. Notamment lorsque l’on connaît des femmes de la trempe de Baya Hocine. Les algériennes d’hier et d’aujourd’hui ont montré que la prospérité de la cité ne peut s’accomplir en leur absence.
La cité des Asphodèles, Ben Aknoun, 1998. Baya se rappelle de son village, des quelques jours qu’elle avait vécus en Kabylie. Elle se souvient de cette oliveraie au milieu de laquelle sa mère Skoura l’entraînait par les bras. Cependant, l’olivier seule ressource de survie dans la région, ne pouvait pas entretenir les besoins de la famille. Son père Rabah est contraint de quitter le village, de fuir l’épidémie du typhus qui ravageait le pays et de renoncer à sa profession de cultivateur dépendant des « bons » du caid. C’était au début de la seconde guerre mondiale, les maladies et la misère tuaient plus que les armes de la colonisation. Les algériennes et les algériens étaient dépourvus de tout pour faire face aux calamités du destin. Ce fut alors le grand exode…Baya naquit le 20 mai 1940, deux années après le débarquement de ses parents à la Casbah d’Alger, pendant que tout le pays versait les larmes de l’exil et le sang pour une guerre qui n’était forcement la sienne. Son père, militant indépendantiste convaincu du PPA-MTLD, dut se cacher pour pas être mobilisé d’office dans l’armée française engagée alors dans la guerre contre l’Allemagne.
« Viens, mets toi à l’aise », dit-elle. Avant même de m’asseoir, elle m’interroge : « Et Ali, comment va-t-il ? »
« Bien, il est au village », lui avais je répondu.
« Si tu ne le ramènes pas la semaine qui vient, je vais t’étrangler », ajoute t-elle encore avec un sourire au bout des lèvres.
Mais son sourire cachait mal sa déception. Pas nécessairement à cause de ses éternelles prises de becs avec le pouvoir. Mais, face à un bilan mitigé loin des espoirs suscités par la bravoure du peuple durant huit années de guerre contre la colonisation, elle ne pouvait venir à bout de sa frustration. Ces dernières années, notamment après les événements du 05 octobre 88, ont été une occasion d’une remise en cause de ce qui a été accompli depuis l’indépendance à ce jour. Des questions inédites telles celles de la crise de logement, des inégalités, du chômage, de l’identité et des minorités, de la démocratie, du code de la famille et des rapports entre les sexes et de la pauvreté l’ont totalement envahi.
« La guerre nous a ouvert le chemin de la citoyenneté et l’indépendance l’a refermé », dit-elle très choquée. Je voulais l’interroger sur Danielle Mine et sa mère Jacqueline, elle m’entraîne sans que je me rende compte sur un autre sujet.
« Sans le soutien et le consentement du peuple, je n’aurais jamais pu poser ces bombes au stade municipal d’El Biar en 1957. J’avais à peine 17 ans à ce moment, et mon courage je le puisais dans la conviction du peuple », enchaîne t-elle encore.
Et qu’est devenue aujourd’hui cette conviction, cette foi qui a fait jadis la grandeur du peuple algérien, qui a tant suscité l’admiration de tout l’univers ?
« Ce n’est pas au lycée que j’ai appris à aimer la liberté des peuples. L’école de la misère, pour reprendre le colonel Ouamrane, nous a enseigné les vertus de la citoyenneté et de la solidarité. Il y a ceux qui disent que la solidarité est un sentiment qui prend des proportions importantes lorsque les peuples sont confrontés à l’arbitraire et à l’injustice. Mais, précisément, aujourd’hui, les peuples sont confrontés à de nouvelles formes d’injustice et d’asservissement. »
« La mission de votre génération était de mener à bon port le pays. Et cette mission, vous l’avez honoré lorsque l’Algérie a reconquis son indépendance, le 19 mars 1962 », lui dis je pour la consoler.
« Ce sont là les propos d’Ali ! C’est également notre génération qui est au pouvoir aujourd’hui. Et c’est elle qui reproduit les maux de la colonisation, après les avoir abolis grâce aux sacrifices du peuple quelques années auparavant », dira t-elle pour récuser mon argument.
Faute de pouvoir peser sur les décisions qui engagent le destin de la Nation , Baya renoncera tour à tour à une carrière de diplomate et à son mandat de députée à l’Assemblée. « La peine qui m’a été infligée par la colonisation, n’est rien à coté de celle que je ressens en ce moment », avoue t-elle stoïquement. Avant de rendre l’âme le 1er mai 2000, Baya s’est retranchée chez elle. Déçue et affligée, elle s’imposa une réclusion jusqu’à la fin de ses jours. Journaliste de profession, Baya, comme Annie Steneir, Djamila Boubacha, Hassiba Ben Bouali, Louisete Ighilahriz, Ourida Meddad…a écrit l’une des pages les plus glorieuses de l’histoire récente de notre pays.
« Moi, Baya Hocine, je suis une fille d’Ighil Imoula », disait –elle en guise de réponse à celles et à ceux qui la prenaient pour une algéroise de la Casbah


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