DzActiviste.info Publié le mer 4 Sep 2013

Mots d’amour pour la Casbah…

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Extrait de mon roman, "En pays demba, où il est question de la Casbah d'Alger, de son assassinat prémédité.

 

 

 

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…/…

Les transactions prirent plus de temps que prévu, et nous dûmes patienter encore deux jours, avant de continuer notre voyage. Mus me proposa d’en profiter pour visiter la Casbah. 

 

 ― Tu sais, me dit-il, tout le monde parle de la Casbah, mais presque personne ne sait vraiment qui elle est, ni ce qu’elle est devenue. Hormis les quelques passionnés, ses fils aimants, ses fruits tombés de l’arbre, qui la languissent et la pleurent. En fait, pour te faire une confidence, la Casbah est morte. Morte assassinée ! On a fait en sorte d’en préserver quelques maisons historiques, quelques façades. Mais derrière ces pitoyables trompe-l’œil, la Casbah-cité, la casbah-âme, n’est plus. Au mieux, c’est un fond de commerce pour Tour-operator, où on ne montre que quelques vitrines, réparées pour la circonstance.

 

Mus parlait de sa Casbah comme d’une chose sacrée, de cette féminité idéale, qu’on porte en soi, dans ses profondeurs, sans jamais l’éventer, sans jamais la découvrir. Je voulais vraiment y aller, dans cette foutie Casbah, dont tout le monde parle, et que personne ne connait.

A part quelques endroits de la basse-casbah, je n »vais aucune idée de ce cœur légendaire d’Alger antique.

En fait, en guise de visite guidée, Mustapha me fit voir une tragédie, la lente mise à mort d’une mémoire, d’un art de vivre, la mise à bas d’une ville millénaire.

 

Nous avons commencé la visite en nous rendant dans quelques endroits qui avaient été plus ou moins épargnés par le temps et le ravage insidieux. Mustapha me fit voir quelques anciennes fontaines, les six dernières survivantes d’un âge révolu. Les six dernières fontaines parmi plus de deux cents qui avaient orné, des siècles durant, la vieille cité, qi l’avaient désaltérée, qui avaient alimenté, en eau gazouillante et vive de chants, tout le peuple casbaji. Ces six survivantes continuent d’offrir une eau pure et fraîche, dans un murmure venu du passé. Presque toutes portent, en de subtiles arabesques, ou des épitaphes délicatement calligraphiées, au dessous de la voûte qui en préserve la fraîcheur, des  suppliques aux passants qui viennent s’y désaltérer, leur mendiant une prière pour  l’âme du bienfaiteur qui les avait érigées. Leurs matériaux, somptuaires et raffinés, marbre et zelliges en mosaïque, portent encore la marque d’artisans talentueux, d’un art éteint à jamais.  

 

Après m’avoir fait voir, ici et là, quelques vestiges qui tenaient vaillamment debout, Mustapha entreprit de m’en montrer tout ce qui a été livré à l’usure du temps, à l’abandon et à la dévastation. C'est-à-dire presque toute la casbah.

 

Les venelles  étroites et les escaliers en pas-de-mule étaient partout défoncés. D’où que nous tournions les regards, nous ne voyions que  gravats, maisons en ruines, ruelles entières fermées, à cause du risque d’effondrement des maisons qui les bordaient de part et d’autre. Dans la Casbah moribonde, lorsqu’une maison s’écroule, c’est tout le pâté de maisons qui la suit dans l’effondrement, puisqu’elles s’adossaient toutes les unes aux autres, en une fatale solidarité.

 

La Casbah, l'antique Icosium, était une ruche des  siècles avant l’ère chrétienne. Puis, elle devont la capitale de  Bologine Ziri, le premier et le plus prestigieux des Algérois, au dixième siècle. Elle était réputée dans tout le Maghreb, pour la richesse de son artisanat, sa douceur de vivre, pour les mœurs raffinées de ses habitants.

 ― Tu sais, me lança Mus, il y a eu dans le passé plusieurs tremblements de terre, qui ont dévasté la ville, et qui l’ont presque éradiquée, dont les victimes se comptèrent par dizaines de milliers. L’un d’eux emporta le tiers de la population totale de la Casbah. Pourtant, malgré les moyens dérisoires de l’époque, les dégâts furent, à chaque fois, très vite réparés, et quelques années plus tard il n’en paraissait plus rien. Aujourd’hui, le mal qui ronge la casbah est mille fois plus mortifère que tous les séismes passés. Parce que le régime veut que la Casbah meure. Il a largement les moyens de la sauver, de restaurer ce qui a été détruit, et de lui redonner son faste d’antan, mais il ne le veut pas. Il veut qu’elle meure !

 ― Tu ne trouves pas que tu exagères Mus ? lui répondis-je non sans agacement. Pourquoi le régime voudrait-il faire disparaître la Casbah. Je crois que c’est ce genre d’exagération qui dessert votre combat, qui vous fait passer pour d’éternels théoriciens du complot.

 ― Détrompe-toi mon ami, détrompe-toi ! Je n’exagère rien du tout. Non seulement ce régime ne fait rien pour sauver la Casbah, mais il a tout fait pour rendre impossible son sauvetage et sa restauration. Il veut la voir en ruines.

 

Il parla longtemps, d’une voix lasse et monocorde. Il s’était fait tout à la fois aède et accusateur. Poète qui chante la belle disparue, et procureur hargneux qui accuse le policide.

Il chantait et pleurait la Casbah qui fut, et celle qui n’est plus, dont les racines vives continuent de chercher désespérément l’esprit de vie qui l’avait sustentée, le long des âges, pour que la sève mémorielle puisse enfin remonter vers l’arbre de vie, desséché, mais qui aspire encore à la lumière du passé, à cette antique rumeur qui la faisait vibrer. En vain ! Les racines ne savent plus savoir, que l’arbre n’est plus, et qu’il ne pourra plus renaître de sa souche.

 ― Vois-tu Redha, s’il y avait un seul endroit qui puisse évoquer l’âme profonde de ce pays, son histoire tourmentée et ses joies envolées, l’immense tragédie dans laquelle il a été précipité par ceux là même qui se sont imposés en sauveurs, alors c’est la Casbah ! De tels lieux sont rarissimes, uniques, où le mythique n’est pas le fruit de l’imagination, mais la graine qui a germé sur une terre palpitante, où une profusion de vie  s’est épanouie autour de combats fabuleux, portés par un peuple esthète et passionné. Je ne suis pas d’Alger moi-même, mais je m’identifie plus à la Casbah qu’à ma propre ville natale. Comme tous les Algériens qui ont eu la chance d’y vivre, même un court instant de vie. Quand tu y as vécu, connu l’amour, des amis, et que tu y as eu un enfant, comme moi, tu en es imprégné jusqu’à l’âme de ton âme, et plus jamais tu ne pourras te défaire de son invisible et chaleureuse étreinte. Toi qui es médecin, tu sais que celui qui a été amputé d’un membre, un bras ou une jambe, continue de ressentir des démangeaisons sur des extrémités qui n’existent plus, de vraies démangeaisons, dans le vide. Parce que dans ta mémoire vive, ce membre disparu fait toujours partie de ton corps. C’est cela que je ressens, dans ma Casbah perdue. Elle est toujours vivante, et je sens encore son cœur battre, au cœur du mien.

Il parlait sans me regarder. Il passait et repassait  la main sur la fontaine, en une longue caresse sensuelle, sur la douce patine d’une petite colonne en marbre craquelé, usé par les jours ternes. Il était assis sur le rebord du bassin, la tête basse. Il se tût un long moment, écoutant le murmure sucré de l’eau, les confidences que susurrait l’antique petit monument. J’ai été saisi par le charme du lieu. Le chuchotis de l’eau engourdissait ma conscience. J’étais baigné de chaudes langueurs. Je crus entendre des rires d’enfants, venus du passé.

 

Mustapha se leva, et nous nous mîmes à gravir une étroite ruelle, qui s’enfonçait  vers les jours perdus. 

 ― Tu as vécu dans la Casbah Mustapha ? lui-demandais-je, intrigué par ce qu’il m’en avait dit.

 ― Oui, les plus belles années de ma vie. Je suis de l’Ouest, comme tu le sais, mais ma défunte femme était la fille d’une authentique famille casbadjia[i]. C’est dans ce quartier que j’ai connu le Che. Il était encore adolescent, quand je m’étais marié. Je crois que je suis de ceux qui ont vécu les derniers instants de vie de la Casbah. Dans les années 60, j’étais encore un petit enfant, la Casbah n’était déjà plus que l’ombre d’elle-même.

Il était essoufflé. La venelle devenait plus abrupte, comme pour nous décourager d’aller plus avant. Mais il continuait de parler en avançant :

 ― Les habitants originels de la Casbah étaient presque tous partis, dès l’indépendance. Ils voulaient tous habiter la ville européenne, désertée de ses anciens résidents pieds-noirs, et dont les appartements, les villas, les locaux commerciaux avaient été déclarés bien vacants. Ainsi, presque toutes les familles de la Casbah émerveillées par ces maisons claires, dotées de toutes les commodités, situées dans des quartiers pleins de soleil, avec de larges avenues, toutes ces familles te disais-je, sont parties s’y installer. Il leur est arrivé de qui arrive à la phalène attirée par la flamme de la bougie. Ils s’y sont tous brûlés les ailes, puisqu’ils y ont égaré leur âme, qu’ils ne retrouveront plus jamais. Ni leur Casbah aimée, qu’ils ont trahie pour des immeubles en rangs d’oignons.  

Ils n’ont pas tardé à découvrir que si leurs nouvelles habitations étaient tellement plus commodes, avec des chauffe-bain et des ascenseurs en panne, elles étaient vides de mémoire, du moins de la leur, celle de leurs anciens.

Ils avaient loué leurs maisons de la Casbah à de nouveaux arrivants, qui venaient de toute l’Algérie, pour s’installer dans cette Alger la Blanche dont tout le monde disait que c’était la plus belle ville du monde. Et de fait, lorsque ma famille y arriva, juste après l’indépendance, Alger était vraiment éclatante de blancheur. Outrageante de beauté !

La Casbah toute entière était passée à la chaux, autant pour des raisons hygiéniques que par tradition. Et la ville européenne aussi, mais pas à la chaux, au vinyle plutôt. Toute blanche, avec les boiseries des portes et des fenêtres peintes en bleu azur, parfois passées à l’indigo. Les familles de la Casbah partirent presque toutes. Elles avaient toutes activement participé à la révolution, et considéraient comme un butin de guerre ces maisons que les Européens leur avaient abandonnées. Mais ils ne furent autorisés à s’installer que dans les quartiers des petits-blancs. Les quartiers résidentiels, comme Hydra, étaient réservés aux chefs de l’armée des frontières, qui venaient de prendre le pouvoir. Seuls quelques rares familles casbadjias purent prétendre aux belles résidences, parce qu’elles servaient de façades aux nouveaux maîtres.

 ― Tous les anciens habitants de la Casbah sont partis ? lui demandais-je.

 ― Oui, presque tous. Même des familles cossues qui y possédaient de très riches demeures. Et c’est là où je voulais en venir, pour te montrer comment et pourquoi ce régime a voulu tuer la Casbah. Est-ce que tu sais que du temps de la guerre de libération, la Casbah a défrayé la chronique mondiale, du temps de la fameuse bataille d’Alger ?

 ― Oui, en effet ! Qui ne le sait pas ? lui-répondis-je, un peu fâché qu’il puisse douter que je puisse ignorer ce pan d'histoire.

Il ignora mes accents d’humeur.

 ― La Casbah était devenue, pour les Algériens de tout le pays, une sorte de symbole de la résistance. En plus du fait que les habitants de la Casbah étaient originaires d’un peu partout, depuis des siècles. Du Sahara, qu’on appelait Bsikris, de l’est, qu’on appelait Djouadjellas, de Kabylie, de la région de Tlemcen et du Maroc, des Kouloughlis, des andalous, des descendants de grandes familles juives sépharades, et même des descendants d’anciens captifs, et captives, ramenés de toute l’Europe. C’était vraiment une société très cosmopolite. D’ailleurs, avant la colonisation, la population de la Casbah, en plus de l’arabe, parlait la Lingua franqua, ou Sabir, qui était pratiquée dans tout le bassin méditerranéen, un mélange d’espagnol, d’italien, d’arabe, de turc, et d’autres apports.

La Casbah était devenue, au fil des siècles, une sorte de pôle culturel dans le Maghreb, avec d’autres vieilles villes. L’identité algérienne se cristallisa progressivement autour de cette cité. Durant l’occupation française, puis pendant la révolution, elle alla en se renforçant, en s’exacerbant, jusqu’à en devenir le symbole le plus emblématique. L’engagement, massif et fort de la Casbah fut à la résistance des villes ce que fut l’engagement de la Kabylie et des Aurès à la campagne et à la montagne.

 

Il arrêta de parler, et s’assit à même une marche d’escalier. Sa respiration était saccadée, mais il tenait son sujet, et ne voulut pas le lâcher, serait-ce pour reprendre son souffle.

 

 ― Lorsque l’armée des frontières prit le pouvoir, elle dont les hommes n’avaient quasiment pas combattu, si ce n’est contre leurs propres compatriotes, pour leur voler le pouvoir, lorsque les combats contre le colonialisme prirent fin, un phénomène assez particulier commença à voir le jour. Comme je te l’ai déjà dit, les milliers de belles résidences, de villas splendides, de propriétés, de fonds de commerce des grandes artères de la ville européenne, avaient tous été accaparés par les responsables de cette armée des frontières qui avait volé l’indépendance au peuple. Puis ce fut le tour de leurs sous-officiers, puis de leurs troupes, de se servir. Et enfin, ils consentirent aux gens de la casbah ce qui restait, les appartements, les maisons dans des quartiers des petits-blancs, comme Bab El Oued, les locaux commerciaux dans les mêmes  quartiers. Pour que ce ne soit pas trop flagrant, quelques dizaines de familles casbadjias furent admises à prendre de belles villas, et des locaux dans des quartiers du centre, mais elles furent uniquement parmi celles qui avaient rallié les nouveaux maîtres. Il s’est trouvé, malheureusement, que d’authentiques révolutionnaires casbadjis ont vendu leurs frères, et se sont vendus eux-mêmes aux putschistes, pour avoir leur part de butin. D’autres, qui avaient refusé de se laisser acheter l’ont chèrement payé, parfois de leur vie, dans l’indifférence générale. C’est de cette période qu’est née, au cœur des nouveaux maîtres, les chefs de l’Armée des frontières, cette haine pour la Casbah, et pour tout ce qu’elle représente. Parce qu’en plus de la résistance qu’elle incarnait, et qui était ressentie comme un témoin gênant, par les gens de l’armée des frontières qui n’avaient pratiquement pas combattu, il faut savoir aussi, qu’entre les nouveaux maîtres, et les casbadjias, existait une vieille rancune, celle qui a toujours altéré les rapports entre les citadins et les campagnards. Les Casbadjias, même pauvres, étaient des citadins depuis d’innombrables générations, dont les mœurs étaient codifiées, affinés par des siècles de bienséance, de finesse, de savoir-vivre. Et il faut dire qu’ils n’en étaient pas peu fiers, et même qu’ils ne rataient pas une occasion pour le montrer à ceux qui venaient de l’intérieur du pays, qu’ils écrasaient de leur urbanité, de leurs belles manières. C’est cela aussi, malheureusement, qui est venu attiser cette  haine de la Casbah, que lui vouaient les nouveaux maitres, presque tous originaires de la campagne pauvre. Il y avait un trop lourd passif dans l’air. Des Casbadjias qui s’étaient distingués de façon éclatante dans la guerre de libération, et qui en plus exhibaient leur citadinité comme une distinction insigne, ont avivé la vindicte de ceux qui, non seulement n’avaient pas participé à la révolution, mais qui, en plus, étaient honteux de leurs origines rurales. Ces derniers ont fait en sorte que cette Casbah honnie, ce symbole millénaire de tout ce qu’ils n’avaient pas, de tout  ce qu’ils ne furent pas, disparaisse à jamais. Voilà pourquoi ce régime veut tuer la Casbah ! Voilà pourquoi il l’a tuée !

 

Nous étions arrivés dans une sorte de petite placette, où se rencontraient plusieurs ruelles. Le spectacle qui s’offrait à nos yeux était épouvantable. Des montagnes de gravats, des maisons effondrées de toute leur masse, dans un enchevêtrement de poutres, et de colonnes.

De certaines maisons, il ne restait que les façades, comme autant de décors de cinéma, qui s’obstinaient à ne pas tomber, qui continuaient de donner l’illusion que derrière elles, la vie continuait. Que le passé n’était pas mort. De pitoyables pans de murs, derniers témoins d’un passé enfoui sous les ruines, qui se tenaient frileusement les uns aux autres, et se désagrégeaient pierre par pierre, en laissant voir la chère intimité des gens, qu’ils avaient si jalousement gardée.

On voyait ici et là, au milieu des ruines grises, des fragments de très belles mosaïques, voilés de fine poussière, des vestiges de puits, une alcôve creusée dans un mur teint à l’indigo, un patio envahi d’herbes folles, un cerisier rachitique et obstiné qui tendait ses branches vers le ciel, comme une imprécation…

J’avais le cœur serré. Je ressentais de la douleur.

Il planait sur ces lieux une tristesse oppressante, indéfinissable, un silence épais de mort. Mustapha errait parmi les décombres, avec une précaution infinie, comme s’il enjambait des tombes, comme s’il craignait d’éparpiller les réminiscences d’ambre et de benjoin qui imprégnaient les lieux.  Il s’emplissait de cette dévastation, puis l’exhalait en soupirs douloureux, sans rien dire.

Je le fis ramasser un vieux peigne en os jauni, qui n’avait plus que quelques dents. Il souffla dessus, l’épousseta de sa manche avec des précautions infinies, puis le posa sur une margelle de puits,  sous un figuier dont la ténacité noueuse était un cri d’effroi au milieu de la désolation.

 

Nous avons longtemps sillonné les décombres éplorés. Nous passions d’une ruine à l’autre, où des lézards fugaces fusaient des lézardes, des blessures mortelles infligées à la noble dame.

Mustapha semblait avoir vieilli. Il avançait au milieu des débris comme un homme qui cherche ses chers disparus, dans une ville bombardée.

 

Je fus étonné de voir que dans de nombreux îlots de la Casbah, un peu moins éprouvés, des familles continuaient de vivre. Mais ils m’ont fait l’effet de naufragés qui attendaient d'être secourus.

  ― Ce sont des squatteurs pour la plupart, me dit Mustapha. C’est le dernier exode rural en date, celui qui a suivi la décennie rouge. Des milliers de familles ont fui les petits hameaux de la Mitidja pour venir s’installer dans ces maisons en ruine. La Casbah est devenue le plus grand squat d’Algérie. Le malheur est que ces familles qui y trouvent refuge croient avoir trouvé la panacée pour se faire loger ailleurs. L’information a circulé que ceux qui habitent dans des maisons qui menacent ruine seront relogés en priorité. Alors, ils dégradent volontairement les maisons qui les ont accueillis, et se mettent eux-mêmes en danger. Tout le monde s’y met, parfois à la pioche, pour finir d’achever cette ville qui agonise, même ceux qu’elle accueille et qu’elle abrite. Allez, viens Redha ! me lança-t-il dans un long soupir. Allons-nous-en ! Nous n’avons plus rien à faire ici. Il ne faut pas trop s’attarder dans les cimetières.

 …/…

 

En pays demba

par D.Benchenouf

 

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