DzActiviste.info Publié le sam 6 Juil 2013

Nationalisme arabe : une âme d’islam dans un corps laïque

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     par Seyfeddin Ben        
Il y a un siècle, entre le 18 et le 24 juin 1913, s’est tenu à Paris le Premier Congrès arabe. Evénement fondateur du nationalisme arabe, il réunissait des étudiants, sujets ottomans, membres de sociétés secrètes arabes créées sur le modèle des Jeunes-Turcs.

Au panturquisme des derniers, il s’agissait de répondre par l’arabisme. Un arabisme encore modeste dans ses revendications, puisqu’il porte essentiellement sur la reconnaissance par l’Empire ottoman des droits civiques et culturels du «Peuple arabe». La question religieuse n’avait, lors de ce premier Congrès, pratiquement pas été abordée. Elle ne manquera pas de l’être par la suite. La religion ‒ et nommément, l’islam ‒ occupera en effet une place singulière au sein du baathisme, l’une des formes majeures de l’idéologie nationaliste arabe dans la deuxième moitié du XXe siècle. A la fois socialiste et panarabe, le baathisme est laïque. Pour autant, il ne rejette pas le religieux à la manière de la Révolution française. Il ne conçoit pas davantage l’accès à la modernité comme impliquant une sécularisation préalable de la société, à l’instar du kémalisme.
L’islam lié à l’arabité
Au contraire, le nationalisme arabe du Baath entend «moderniser» l’islam, que, donc, il prend en compte. Il y voit de fait une composante essentielle de la civilisation, et, partant, de l’identité arabes. Car si la laïcité offre un cadre politique et juridique moderne qui permet d’assurer le vivre ensemble au sein d’une Nation arabe confessionnellement et ethniquement plurielle (avec ses minorités chrétiennes, juives, chiites, druzes, kurdes, berbères, arméniennes…), l’islam est organiquement lié à l’arabité. Or c’est celle-ci qui fonde la communauté nationale : «Est Arabe quiconque dont la langue est l’arabe, vit sur le sol arabe ou aspire à y vivre, et est convaincu de son appartenance à la nation arabe» (article 10 de la Constitution du parti Baath). Or l’islam est une religion révélée «en langue arabe claire» (Coran, XXVI : 195), à un prophète arabe, en terre arabe. Le caractère universel de l’islam n’est pas nié, tant s’en faut, mais il est rapporté à la spécificité originelle qui en rend compte : «Chaque grande nation qui se penche sur le sens éternel de l’univers s’avance, dès ses origines, vers les valeurs éternelles et universelles. L’islam est la meilleure expression du désir d’éternité et d’universalité de la Nation arabe. Il est arabe dans sa réalité, et universel de par ses idéaux et sa finalité.»
Michel Aflaq, l’un des pères fondateurs du parti Baath
Ces mots sont de Michel Aflaq (1910-1989), chrétien de rite grec orthodoxe, idéologue du nationalisme et du socialisme arabes, et l’un des pères fondateurs du parti Baath. L’extrait provient de «A la mémoire du Prophète arabe», un discours prononcé en avril 1943 à l’occasion du Mawlid (commémoration de la naissance de Muhammad). Il invite ainsi les chrétiens arabes, aussi nombreux qu’actifs dans l’histoire du nationalisme, à «reconnaître l’islam comme leur culture nationale : ils doivent s’en imprégner, ils doivent le respecter et le garder comme l’élément le plus précieux de leur arabité.» Car à la différence des Européens, dont les religions viennent d’ailleurs que d’eux-mêmes, les Arabes, qu’ils soient musulmans ou non, ne peuvent se défaire de l’islam sans se renier : «L’arabisme est le corps dont l’âme est l’islam.» Ils doivent même y puiser le moyen de leur renaissance, en s’inspirant de la révolution spirituelle et politique qui fut celle du «Prophète arabe». Et c’est au nom de cet islam puisé à sa source que devra être instauré, de l’Atlantique au Golfe persique, le système laïque d’une Oumma ‘arabiyya, d’une Nation arabe, résolument tournée vers l’avenir.




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