DzActiviste.info Publié le jeu 6 Juin 2013

Nostalgies

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village-kabyleEn vérité, depuis maintenant assez de temps, en ce village de Kabylie, je ne partage plus grand-chose avec mon entourage. J’ai gagné, reclus, avec les années qui passent à ce qu’on me laisse enfin en paix. Mes relations avec beaucoup, à mon retour d’exil, avaient été des plus difficiles. Elles l’étaient même avant mon départ : de tout temps, au village, on se reproche, de respirer plus d’oxygène que l’autre, d’être plus riche ou plus pauvre. Ou de simplement se gêner, dans notre légendaire farniente, à juste, se regarder. Quelle est si belle la vie, à sentir, assis, du matin au soir, les heures qui s’égrènent. On se laisse aller sans nul souci. On n’éprouve nul besoin de s’exciter, à faire de grands projets de conquérir d’autres villes, d’autres pays. Dont on ignore jusqu’à l’existence. Nous sommes contents du soleil de notre pays qui nous comble tant.

Mais aussi, avec eux, tout est sujet aux radotages ; ce que je n’aimais pas.

Même s’ils n’étaient pour rien dans ma nouvelle maladie d’avoir été déraciné, je ne savais plus, qu’ils ne supportaient plus nulle critique, ou que quelqu’un, empiète sur leurs plates bandes. J’allais en subir encore les conséquences…avec le temps.

Pourtant, à l’orée de mon enfance et du plus loin que je me souvienne, je n’avais guère perçu de la méchanceté chez les ruraux d’algériens que nous étions. Même si j’ai encore l’impression d’avoir subi des tas de guerres. Tant il m’en reste des rancœurs et des « rancunes ». A l’époque, on se jalousait sainement. Maladivement aussi. Il y avait toujours cette envie de se surpasser d’être mieux que l’autre. Avec cette envie d’être mieux habillé, plus beau que l’autre. Mais n’était ce pas cela qui faisait tant le charme à cette vie intense et délicieuse, d’adolescents ! D’être les pieds sur terre, Vivants ; même si, toute cette concurrence n’avait pas tant cessé de me « travailler », de me stresser au plus haut point. Je passais beaucoup d’heures avec les livres. Alors il m’était difficile de supporter nos divergences de gamins, sur tout. Je n’avais pas compris que la vie n’est pas qu’un conte d’amour, où tout n’est que douceur…

Au village, on constituait une si grande famille. On se connaissait tous. Et les portes des maisons restaient ouvertes. Parfois même la nuit. Je me souviens, que des gens du village et d’autres, les familles du village avoisinant où naquit mon père, venaient souvent chez nous. J’aimais beaucoup les dimanches, quand mon oncle paternel arrivait, heureux, avec une corbeille de figues. Le dimanche est toujours ici, jour de marché, on y vient des alentours s’approvisionner, pour la semaine, chez des marchands des grandes villes qui viennent livrer leurs marchandises.

Et malgré le départ des français, on en avait gardé un peu de leurs mœurs, et leurs livres nous berçaient encore… Et même si les moyens de communication d’aujourd’hui, comme les nombreuses télés étrangères, ou l’internet faisaient défaut à l’époque, on n’était pas isolés du monde : dans nos têtes les étrangers n’étaient pas vraiment partis. Des immigrés nous apportaient sûrement des tas de nouvelles. Et d’ailleurs, on n’avait pas tardé à voir arriver des coopérants techniques, des instituteurs et institutrices ravis de notre gentillesse et fascination.

Avec nos copines, on s’amusait aux jeux de l’amour, à s’amouracher de la plus belle et à se déchirer dans des rivalités enfantines. Puis, au fil du temps, passé à étudier et à s’ennuyer, était venu l’appel du large, l’exil vers ces pays d’étrangers dont on ne percevait plus nulle présence , au village, au pays. Ils étaient tous partis ! A jamais ! On les voyait plus ces enseignants qui nous chantaient de si belles chansons et dont les tenues de leurs femmes invitaient aux rêves. Avions-nous, déjà en ces temps, commencé à regretter leurs départs ? Où bien avions- nous chacun, marqué par la guerre, décidé de nous exiler, afin de se former dans les grandes universités européennes…afin de contribuer à bâtir notre pays. Afin de leur démontrer qu’on sait y faire aussi, et que c’est juste une question de moyens, du respect et de la considération de nos droits.

Nous vivions l’époque de l’Algérie postindépendance. Les premières années d’après guerre. Et 1962, nous avions, tous ceux de ma génération entre huit et dix ans. On s’était, la plupart exilés vers les pays européens.

Je crois avoir été plus que les autres marqué par l’exil. Ceux que j’avais la chance de rencontrer de nouveau au bled, n’évoquaient pas leurs expériences, alors que ne cessais pas d’en parler. J’étais resté marqué, par l’amitié de beaucoup de ces lausannois, et l’idée de ne plus jamais les revoir m’était des plus insupportables. Comme si de nouveau un monde, tout un monde s’était effondré devant moi.
« Comment subir encore de nouveau mon milieu d’origine, si dur, envers les pleurnichards, d’autant plus qu’aucune perspective ne semblait se présenter à moi ? » « Et de surcroît le pays semblait transformé… ». Des questions se télescopaient dans ma petite tête…

Si quelques uns comprenaient mon malaise, personne ne pouvait me venir en aide. Beaucoup d’ici avaient- ils vécu dramatiquement la séparation avec la France. Malgré les atrocités de la guerre, beaucoup de pieds des mêmes conditions sociales que nous, avaient tissé des liens, avec nos familles. Ils vivaient en convivialité. Comme si tous n’étaient point concernés par les drames vécus…

Mon milieu si dur ne m’aidait pas à l’oubli de la petite Suisse. Mais suscitait encore des peurs et des idées de fuites. Combien, de ma génération, ayant fini leurs études en tel pays européen, étaient repartis vers d’autres, ils n’étaient restés au pays que quelques mois en compagnie de leur famille, le temps de leurs faire, et de se préparer un pied à terre ailleurs, généralement en France !

Si notre pays, est magnifique, de par ses nombreux, sites sauvages, la vie n’est point des plus faciles. De plus nous ne savions pas vraiment y vivre. Ignorant que « les libertés de chacun, commencent là où s’arrêtent celles des autres ». Il y avait cette impression de subir toujours la loi du plus fort.
C’était aussi cela qui m’avait laissé préférer l’anonymat des grandes villes européennes. Mes grandes faiblesses pour « le sexe faible » étaient aussi pour beaucoup, dans mon départ, je ne voulais pas être surpris en flagrant délit d’aimer, ou dans mes désirs de m’afficher, main dans la main avec ma bien aimée dans les rues, comme le faisaient, ceux « que l’on avait chassé du pays »et, qui aussi, ne nous avaient aimé libres dans nos mouvement, d’étudier, d’aimer, de voyager, bref d’être comme eux Libres.

J’avais donc erré, oublieux de mon passé, comme si je n’étais de nulle part. Comme si j’étais vraiment prêt à changer de peau. J’étais fasciné. Convaincu. J’avais compris, qu’ils n’étaient pas différents de nous : s’ils étaient tyrans et injustes, d’impossibles exploiteurs ; notre mode de vie, de nous autres indigènes restait très éloigné de celui des gens modernes. J’étais certain de cette bêtise de chez nous de nous séparer d’avec nos copines, cela s’annonçait encore plus pour les décennies à venir. S’il n’existait pas tant de tabous, j’aurai connu et vécu des moments inouïs avec rosa Malika et toutes les autres, qui de tout même avaient fini, par se réaliser, avant d’épouser souvent d’autres, dans des mariages arrangés

A suivre…

Boghni le 6/06/2013
Amokrane Nourdine


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Displaying 2 Comments
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  1. tu aurais pu mettre ds ce cas samir comme titre Possibles Nostalgies…

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