DzActiviste.info Publié le mer 7 Nov 2012

Obama : une réélection sans éclat

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Il y a quatre ans, je suivais de bout en bout la soirée électorale américaine (lire ci-dessous). Ce fut un grand moment d’émotion. Pensez, un Noir à la Maison-Blanche… Cette année, j’ai de nouveau cédé au cérémonial de la nuit électorale mais de manière détachée, un peu comme on regarde un match de foot dont l’enjeu ne nous concerne pas. Et, à dire vrai, ce fut un beau match. Serré, avec une bonne dose de suspense et un décompte des grands électeurs lent, très lent. Certes, dès deux heures du matin, les projections de CNN donnaient Obama vainqueur dans l’Ohio et en Pennsylvanie (comme en 2008), ce qui laissait préfigurer d’une victoire finale. Mais, des signaux contradictoires entretenaient l’inquiétude notamment les rumeurs d’un score serré en Floride qui obligerait à un nouveau décompte des voix. Soudain, le spectre du feuilleton électoral de 2000 ressurgissait avec son désastreux épilogue (que serait le monde aujourd’hui si Al Gore l’avait emporté…).

 

Le match est donc terminé. Obama a gagné mais rien ne pousse à l’enthousiasme si ce n’est la mine défaite des propagandistes de FoxNews. L’une des images de cette victoire désenchantée restera ainsi le discours du vainqueur. Aucune force, aucune spontanéité, une joie lisse, presque convenue. On se demande si l’homme lui-même est heureux d’avoir gagné. En tous les cas, la fête n’a guère été impressionnante et il faudra attendre d’autres scrutins pour renouer avec la ferveur de 2008.

 

En réalité, le volet le plus passionnant de la période qui s’ouvre concerne surtout les Républicains et la manière dont ils vont digérer leur défaite. Il ne fait nul doute que des débats vont avoir lieu au sein du « grand vieux parti » notamment en ce qui concerne sa droitisation imposée par les ultra-conservateurs du Tea Party. Qui va refonder cette formation ? De quelle manière va-t-elle évoluer ? Les Républicains vont-ils opter pour une bipolarisation dure ou vont-ils accepter de passer des compromis avec le président réélu ? Ces questions ont leur importance car l’évolution du Parti républicain influera certainement sur les droites européennes. Voilà, peut-être, l’aspect le plus important de la victoire d’Obama.

 

Akram Belkaïd

 

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Retour sur la nuit électorale américaine de novembre… 2008

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La chronique du blédard : Une nuit sur CNN

Le Quotidien d’Oran, jeudi 6 novembre 2008

Akram Belkaïd, Paris

 

Mardi 23h58. Première tasse de thé. Cette nuit, ce sera CNN (tv et internet) avec BBC.com en couverture. Fuyons télés et radios françaises et préférons l’original aux pâles copies. Les images des longues files aux abords des bureaux de vote alternent avec les paniers de Barack Obama dans une salle de basket-ball (il y joue à chaque élection) et le dernier meeting de John McCain. On parle aussi de coups tordus : en Floride, des coups de téléphone anonymes affirment que Castro et Chavez soutiennent Obama. Ailleurs, des SMS conseillent aux électeurs du candidat démocrate d’aller voter mercredi… CNN encourage les citoyens à lui signaler « tout problème ».

Mercredi 00h21. C’est parti. MacCain aurait remporté le Kentucky, soit huit grands électeurs. Aïe. C’était prévu, mais tout de même… Un historien avoue, avec un accent traînant du sud, qu’il n’aurait jamais imaginé qu’il assisterait un jour à une élection où un afro-américain serait en passe de devenir président de la première puissance mondiale. L’entourage de McCain se dit « stoïque ». On attend les résultats de la Virginie, du Vermont, de la Caroline du Sud et de la Géorgie.

01h01. Le Kentucky pour McCain, le Vermont (le plus cool des Etats US) pour Obama. Pour la suite, il faut attendre. Deuxième tasse de thé. Quelques minutes plus tard, une correspondante est téléportée de Chicago vers la « situation room » à New York. En fait, c’est un hologramme qui est projeté. Belle démonstration technologique.

01h35. Beaucoup de bla-bla et toujours ce même score : 3 grands électeurs pour Obama, 8 pour McCain. Des supporters d’Obama s’installent dans un stade à Chicago. « C’est trop tôt, encore trop tôt », ne cesse de répéter Wolf Blitzer, l’homme de la « situation room ». A quoi doivent penser les deux candidats (et la dizaine d’autres dont personne n’a parlé) ?

02h00. Un petit carillon, de nouvelles projections viennent de tomber. Yeah ! Les choses s’accélèrent. Obama a remporté une flopée d’Etats et il mène désormais la danse avec une projection de 77 grands électeurs contre 34 à McCain (il en faut 270 pour empocher la mise). On attend avec impatience les résultats de la Floride et de la Pennsylvanie. Les présentateurs de CNN s’amusent avec leurs statistiques et leurs écrans tactiles dignes de Minority Report.

02h09. Et si Obama remportait la Floride ? Et ça démarre visiblement bien pour lui dans l’Ohio. Troisième tasse de thé. « Pour le moment, tout est positif » affirme David Axelrod, le stratège électoral d’Obama.

02h30. On passe à 81-34. On parle partout d’une participation exceptionnelle. Il est maintenant 02h40 et CNN annonce qu’Obama a remporté la Pennsylvanie (Etat où il avait perdu les primaires face à H. Clinton). On passe à 102-34. McCain a raté son coup dans cet Etat malgré tous ses efforts de dernière minute. « Devastating », affirme un analyste sur CNN. Le match est peut-être déjà plié. Une fessée se dessine d’autant qu’on se rapproche de la majorité au Sénat pour les démocrates.

03h00. Voilà Obama qui mène à 174 contre 49. Tous les Etats qui devaient voter pour le Démocrate, l’ont fait. Un courriel s’affiche sur mon écran. « Vote, baby, vote », affirme-t-il en tournant en dérision le slogan « drill, baby, drill » de McCain. Sandwich. Un analyste affirme que l’effet Bradley, du nom de ce candidat noir battu dans un scrutin en Californie alors qu’il était en tête des sondages, n’a guère pesé.

03h12. L’effet Bradley ne joue peut-être pas mais la Georgie vote McCain (174-64). Cela signifie aussi que dans cet Etat, comme dans l’Alabama, le vote noir n’a guère pesé. Les résultats défilent. Quelques démocrates sont battus pour les élections aux deux chambres. Que doivent-ils ressentir alors que la déferlante bleue (la couleur de leur parti) se confirme ?

03h22. On passe à 174-69. Au QG électoral de McCain dans l’Arizona, un plouc barbu chante en s’accompagnant d’une guitare sèche. Blitzer lance la pub et promet une projection majeure pour la suite. C’est fait, l’Ohio est tombé dans l’escarcelle d’Obama (194-69). Jamais aucun républicain n’a gagné la présidentielle sans emporter l’Ohio. Au QG, le plouc chante toujours mais les visages sont abattus. « The mood is not good », explique une journaliste. Ah comme on aimerait pouvoir zapper sur Fox News et jouir de la mine défaite de ces tarés de propagandistes réacs. Vote, baby, vote. Et on passe même à 199-78. Maintenant, ce n’est que du plaisir même si le sommeil réclame son dû.

03h43. L’analyste John King, véritable bible électorale, explique, simulations à l’appui, que McCain n’a plus les moyens de gagner les 270 grands électeurs. Obama garde la tête grâce à sa victoire dans l’Iowa (207-89), justement là où tout a commencé pour lui durant les primaires. D’autres Etats ne devraient pas lui échapper : ni la Floride et encore moins la Californie et les autres Etats de la côte Ouest. « It’s over », c’est terminé, aurait affirmé un responsable républicain à une journaliste de CNN.

04h24. L’entourage de McCain admet officieusement la défaite malgré ses victoires dans le Texas et d’autres Etats du sud (il faudra qu’Obama en tienne compte pour l’avenir). Il est temps d’aller dormir même si personne sur le plateau ne semble oser vouloir proclamer qu’Obama a gagné. Pourtant, il n’y a plus de suspense. Oh, man, yes, they did !

05h00. C’est fini : CNN annonce qu’Obama est président : « Barack Obama elected president ». Son score serait même meilleur que ceux de Clinton ou de Carter. A Chicago, c’est la folie dans le stade. Saisissant spectacle d’une foule heureuse, émue, et même incrédule. Qu’on le veuille ou non, ce matin, l’Amérique est grande, immense.

05h30. Juste quelques mots avant d’éteindre le poste où vient d’apparaître l’hologramme de Will.I.AM, le chanteur de Black Eyed Peas et grand supporteur d’Obama (son clip « yes, we can », restera un grand moment de la campagne). Les voici: Bienheureux le peuple d’Amérique qui vient de décider, pacifiquement, que l’heure de l’alternance avait sonné. Ah, quel beau mot que l’alternance.

C’est le corollaire de la démocratie, de l’impossibilité des présidences à vie ou de l’installation de dynasties. Quant à nous, pauvre de nous, Maghrébins, Arabes du Proche-Orient et du Golfe, Africains sub-sahariens, nous allons continuer à courir pieds nus au rythme des présidents à vie, des roitelets inconsistants, des dictateurs cupides, des Constitutions rapiécées et des discours creux et ronflants sur nos pseudos libertés.

 

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