DzActiviste.info Publié le dim 10 Mar 2013

Osons le changement !

Partager

« Il n’y a pas de forteresses imprenables, il n’y a que des citadelles mal attaquées. »



Deux affaires viennent de lever encore une fois le voile sur les dangers qui guettent l’Algérie.
 
L’attaque terroriste de la base pétrolière d’In Aménas et l’implication de hauts responsables de la Sonatrach dans des affaires de corruption.
L’une soulève dans un contexte régional des plus incertains, un problème de souveraineté et d’intégrité territoriale. L’autre affaire, rendue publique par la justice italienne, est qualifiée par l’expert pétrolier, Nicholas Sarkis « d’une gangrène qui commençait à menacer la sécurité nationale et les intérêts vitaux de l’Algérie »[2].
 
Ces deux situations sont de parfaites illustrations de la faillite d’un système politique militarisé, corrompu et corrupteur, visiblement à la fois enchainé et au bout de sa propre logique.
 
Son bilan est très lourd : désorganisation de l’Etat, supplanté par des logiques de gestion claniques et mafieuses ; perte de crédibilité du politique, déstructuration et démobilisation de la société. De surcroît, l’affaiblissement du sentiment national dans un contexte politique international et régional risque d’amener le pays à se plier aux assauts d’une nouvelle configuration mondiale basée sur la prédation des richesses et l’effritement des Etats-Nations.
 
En cela, le changement de système politique est une nécessité vitale pour la sauvegarde de la souveraineté de l’Algérie.
 
Voici quelques éléments d’une nouvelle donne politique qui rend le contexte radicalement différent de celui des années précédentes.
 
– Accumulations des richesses et crise économique :
L’Algérie avec ses 190 milliards de dollars de réserves est le deuxième plus gros détenteur de réserves officielles de changes après l’Arabie Saoudite. Ses réserves de richesses naturelles sont très convoitées. Par ailleurs, le risque d’aggravation de la crise économique mondiale va ouvrir des appétits et de nouveaux fronts de pressions internationales sur l’avenir politique et économique des pays du sud, dotés de richesses naturelles comme l’Algérie.  L’intervention française au Mali répond à cette nouvelle donne géostratégique aux objectifs de « survie économique » et aux visées néocoloniales.  
 
– « Démocratisation et lutte anti-terroriste » :
Les puissances internationales, notamment les Etats-Unis et la France, de plus en plus obsédées par le séduisant projet de « remodelage du grand Moyen-Orient » n’est autre qu’une nouvelle stratégie d’asservissement politique et économique des pays de la région, au nom de la démocratie et de la lutte anti-terroriste. L’intervention militaire en Libye et au Mali montrent toute la détermination d’aller au bout de cette logique.
 
– « Printemps arabe », résistances populaires et contagion :
A la lumière des soulèvements du « printemps arabe », l’Algérie est passée, en moins de deux ans, d’un phénomène d’émeutes à des mouvements de protestations (grève, marches et rassemblement) de plus en plus organisés et déterminés. C’est le cas notamment des mouvements de chômeurs dans le Sud.
 
– La fin de règne du président Bouteflika :
En 2014, le mandat présidentiel arrive à sa fin. Le président Bouteflika partira et la toute puissante institution présidentielle restera.
La Constitution donne au Président des pouvoirs substantiels, au chef du gouvernement un simple rôle d’exécutant et au Parlement un pouvoir législatif de façade.
Ce qui fait de la fonction présidentielle un enjeu de pouvoir important : à l’intérieur du système mais aussi à l’extérieur, les puissances étrangères voulant contrôler l’avenir politique et économique de l’Algérie à moindre coût. Dans cette perspective le « maillon faible » reste le système lui-même et ses Hommes.
 
L’annonce cette semaine par le Premier ministre d’une consultation référendaire pour l’amendement de la Constitution est encore une fois une manière pour le pouvoir d’échapper à une refonte réelle du système.
 
Face à cette situation se pose la question du rôle des Algériennes et des Algériens et de leur capacité à s’imposer en tant que seuls détenteurs de la légitimité et de la souveraineté nationale ?
 
Briser le conditionnement et reprendre son destin en main
 
« A chaque moment-clé de notre histoire nous avons été mis en demeure de choisir entre les instruments du politique et les illusions politiques… »[3].
 
A la veille de chaque échéance politique importante le débat est souvent occupé par des affaires de « guerre des clans » ou par de fausses échéances politiques.
« Journalistes aux sources sûr», « analystes et politologues », s’ingénient dans un élan d’expertise à suggérer que le destin des Algériens est de toutes les façons scellé. Tous sous-entendent que les Algériens, « apolitiques et abusés », sont condamnés à rester des sujets de leur Histoire.
 
A force, ce discours  du « le DRS est partout et le pouvoir contrôle tout » finit par prendre les proportions d’un conditionnement politique aux effets anesthésiants sur les militants et la société en général. Parce que, d’après eux, seule une alternance entre clans est possible.
 
Et pourtant, les dernières élections législatives et municipales, loin d’être des modèles d’élections démocratiques, démontrent que localement là où la société et les militants politiques sont présents et déterminés à arracher des acquis par le contrôle et l’engagement citoyen, le pouvoir central recule.
Sans pour autant minimiser la nature du système, il faut déplorer un conditionnement tel que ces quelques victoires citoyennes ne sont vécues que comme des succès électoraux sans lendemain. Alors qu’ils sont censés être porteurs d’un mouvement profond d’espoir et de possibilité de changement.
 
Curieusement, le positionnement du FFS en tant troisième force nationale a été un non événement médiatique et politique. Il représente pourtant le seul parti démocratique faisant de son autonomie d’action politique sa raison d’être. Sa base militante est historiquement et culturellement incapable de compromission avec le pouvoir central.
 
Vouloir faire croire aujourd’hui qu’il a été phagocyté, c’est entretenir l’idée qu’il n’y a pas d’alternative au système. Attitude irresponsable aux conséquences incalculables dans ce contexte.
 
Redonner espoir au Peuple en rendant le changement palpable et possible !
 
La construction d’une alternative démocratique est une notion trop vague contrairement à l’idée de participer et de gagner une élection qui ouvrirait les portes du changement.
 
En termes de références, l’engouement populaire créé par l’élection présidentielle de 1999 n’est pas dû seulement à la présence de candidats crédibles mais surtout à la présence de candidats porteurs d’un projet alternatif au système. Dans cette configuration, les enjeux et les acteurs étaient clairs. Le défi pouvait être porté par les citoyens et la dynamique politique et sociale était au rendez-vous.
 
Dans cette perspective, l’accession à la fonction présidentielle ouvrirait une brèche dans le système bunkérisé du pouvoir et pourrait devenir un objectif politique immédiat pour le changement du système
 
L’actuelle assemblée « élue » ne peut légalement faire barrage au programme du Président élu au risque d’être dissoute. Un atout considérable pour le prochain président. Il pourra avoir les moyens institutionnels, politiques et le rapport de force nécessaires pour mettre en œuvre une transition négociée et limitée dans le temps avec comme seule mission créer les conditions nécessaires à l’instauration d’une deuxième République.
 
N’est-ce pas là un objectif politique palpable et accessible ? Un enjeu qui pourrait mobiliser les militants politiques ? Une opportunité pour redonner à la société espoir et envie de s’impliquer ?
 
Seul le mouvement de la société peut fixer un tel objectif.
 
Comment faire alors pour que la fameuse citadelle dite imprenable soit à notre portée ?  L’histoire à montré que les citadelles résistent aux assauts quand les attaques sont mal menées.  Mais, il suffit de l’assiéger dans le temps, de couper ses vivres et d’attendre la capitulation, au mieux négociée.
 
L’élection présidentielle de 2014 pourrait être une opportunité pour enclencher ici et maintenant ce mouvement mais ne doit aucunement être la finalité. L’axe stratégique reste et restera la mobilisation autour d’un projet politique et économique transitionnel et alternatif au système actuel qui pourrait être matérialisé par un nouveau contrat national porté par la société pour l’instauration d’une deuxième République.
 
L’élaboration de ce contrat, nous permettra tout au moins de structurer un large mouvement d’idée, condition sine qua non pour la construction du rapport de force nécessaire à toute échéance politique future.
 
Un candidat consensuel au « mandat impératif [4] » pourrait être dégagé au bout de ce processus pour « exécuter » ce contrat. Là aussi, c’est le contenu du contrat et le mouvement de la société qui doivent primer sur le profil du candidat et non l’inverse.
 
La réussite d’un tel projet nécessite de la vigilance et de l’innovation politique. Elle dépend de notre capacité à dégager des consensus sur des questions nationales, à mettre en place des contrats et des règles sociétales partagées, à élaborer des stratégies communes avec des objectifs principaux et secondaires à définir et à atteindre.
 
Autre facteur important pour la réussite d’un tel projet : la situation économique actuelle de l’Algérie peut favoriser facilement cette transition. L’exemple tunisien montre combien les enjeux économiques et sociaux risquent de bloquer des processus politiques importants, même consensuels ! Considérant la crise économique mondiale et le bradage sans retenue de nos richesses, le risque de compromettre un tel projet ou de le rendre plus complexe est là.
 
La construction d’une telle alternative politique doit être permanente, stratégique et inscrite dans le temps tout en accompagnant le mouvement de la société. Son moteur doit être le changement radical du système par la voie politique et pacifique et son calendrier, les échéances électorales.
 
La reconquête de la citoyenneté et des espaces de pouvoir
 
Dans les faits, il s’agit pour les forces du changement, de faire en sorte de reprendre le contrôle de toutes les institutions soumises à l’élection afin de neutraliser toutes les sources du pouvoir : assemblées nationale, wilayale et communale.
 
La rue en tant qu’espace public et espace des libertés citoyennes doit être reconquise pacifiquement et dans une perspective qui transcende le corporatisme pour s’inscrire dans un projet politique global et transitionnel. Seul un changement démocratique pourra garantir à tout un chacun plus de justice et de progrès social.
 
Du point de vue stratégique, l’occupation de ces espaces de pouvoir institutionnel et public par des forces agissantes pour le changement contribuera à assiéger et à affaiblir davantage le pouvoir central tout en structurant un mouvement d’idées et une pratique citoyenne et pérenne.
 
Ceci nécessite une implication directe des Algériens dans une double dynamique de reconquête de la citoyenneté et de construction d’espaces de débats et de contre-pouvoir, seuls garants d’une véritable rupture avec l’ordre ancien.
 
Ce mouvement doit accompagner à tous les niveaux (local, régional et national) ce processus de reconquête de la citoyenneté et de prise de pouvoir pour garantir l’émergence et la pérennité de l’Etat-nation.
 
Reconquérir des espaces de pouvoir pour les restituer à la Nation !
 
C’est du côté de Sidi Aiche dans la commune de Tinebdar dans la wilaya de Bejaïa qu’une nouvelle expérience de gestion politique prend forme : un contrat de partenariat entre « le pouvoir local » et les représentants de la population.
 
Une initiative de l’assemblée communale de Tinebdar dirigée par le Maire Braham BENNADJI[5]. Un maire élu sur une liste indépendante (les Forces du bien) avec un taux de participation historique de 68%.
 
Cet impressionnant taux de participation et la réélection du maire sont loin d’être le fruit du hasard !
 
Il a réussi, lors de son mandat précédent, à redonner confiance aux citoyens et à mettre en place les instruments politiques adéquats pour sa stratégie de prise de pouvoir. Adepte de la politique de gestion participative et démocratique, le maire en fin politique a su impliquer les associations et les comités de villages de Tinebdar dans la gestion des affaires de la commune et dans des choix stratégiques de développement local.[6] Grâce à ce travail de fond, il a pu contourner tous les blocages de l’administration et faire avancer les projets économiques et sociaux de la commune.
 
Le 23 février dernier, lors d’une session extraordinaire de l’assemblée populaire communale, un avant projet de « Code de la citoyenneté et de la démocratie locale » a été présenté et soumis à l’ensemble de la population pour l’enrichir et faire des propositions avant son adoption.[7]
 
Un code qualifié par ses promoteurs d’« acte fondateur d’une relation nouvelle entre la commune et les citoyens, est construit sur des valeurs essentielles de liberté, de démocratie et de solidarité ». De par cette action politique, le Maire a l’ambition de faire de la commune de Tinebdar « une commune pilote de la gestion participative et le bastion de la démocratie locale ». Cette initiative redonne une dimension politique au mandat de maire qui n’est considéré par les textes et les mœurs du système que comme un gestionnaire.
 
Une expérience à méditer et à multiplier à grande échelle.
 
Mandat de gestion ou mandat politique
 
Avec la récente sortie des députés du FFS dans le sud algérien[8], le parti soucieux de « réhabiliter le politique » montre avec cette initiative politique son attachement et sa détermination à aller dans ce sens.
 
Par ailleurs, les élus du FFS, doivent mettre en œuvre leurs promesses faites lors de la campagne électorale des élections locales. Ils s’étaient notamment engagés à « mettre en place des conseils consultatifs avec la participation des comités de quartiers et de villages, les acteurs socio-économiques et les associations… et de  mettre en place un système d’évaluation et de contrôle »[9]. 
 
Les 8 et 9 mars prochains, le FFS organisera la conférence nationale des élus. Cette rencontre qui pourrait paraître anodine est d’une grande importance stratégique pour le parti.
 
Le FFS décidé à « remettre du mouvement dans le statuquo » aura à (re)définir le rôle et les missions qui vont permettre d’allier les contraintes d’ordre gestionnaire avec cet objectif politique ambitieux de construction une alternative démocratique.
 
Les orientations et les résolutions qui en sortiront pourraient à terme, à l’image de l’initiative de la commune de Tinebdar, permettre aux élus et à la société d’aller vers des pratiques politiques innovantes fondatrices de la 2e République.
 
Une bonne opportunité pour le FFS en tant que parti démocratique et force nationale d’être le catalyseur de ce mouvement de fond porteur de changement.
 

Notes 


1 Auteur inconnu
3 Message de Hocine AIT AHMED aux Algériennes et aux Algériens mars 2011.
4 Le mandat impératif est un pouvoir délégué à une personne ou une organisation élue pour mener une action strictement définie ; à la fois dans la durée et dans la tâche, selon des modalités auxquelles il ou elle ne peut déroger. En politique, le mandat impératif désigne un mode de représentation dans lequel les élus ont l’obligation de respecter les directives sur la base desquelles ils ont été désignés, sous peine de révocation.
Le mandat impératif est lié à la notion de souveraineté populaire définie par Jean-Jacques Rousseau.
 
 


Nombre de lectures: 323 Views
Embed This