DzActiviste.info Publié le jeu 25 Sep 2014

Où allons-nous et de quelle manière y allons-nous ?

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cintribution_ali-yahia-abdenourAli Yahia Abdenour
El Watan le 25.09.14

Cela met surtout en évidence que le problème principal de l’Algérie est celui de son avenir, qui appartient à ceux qui le préparent et le font. Que sera l’Algérie dans le futur immédiat ? Quelle solution politique ? Quelles sont les perspectives dans les domaines essentiels, quelle alternance ou quelle alternative ? L’actualité politique réclame de la réflexion suivie de l’action pour préparer l’avenir.

La caractéristique politique qu’il faut mettre en œuvre, est qu’elle doit être orientée vers l’avenir. La patrie a, en cette période, de graves questions à résoudre, dont dépend son avenir. Si nous disons la vérité au peuple, nous l’aurons associé aux responsabilités et à son destin. Chaque partie de l’opposition a compris que la politique du cavalier seul ne peut lui offrir aucun avenir, sinon celui de l’isolement. Mon écrit sera celui de la clarté et de la vérité, sans polémique ni critique négative, afin d’ouvrir un libre débat. La vérité étonne ou dérange, mais doit être dite sans fard ni ménagement, loin de la langue de bois.

La vie politique est conçue et reste dominée par un seul objectif : pérenniser le système politique en place, qui est reproduit par des élections préfabriquées. La seule source du pouvoir n’est pas le peuple, comme le proclame la Constitution, mais le système politique qui a engendré des pouvoirs dictatoriaux. Il préside à la destinée du pays, est militaire et policier avant d’être politique, travaille à sa propre reproduction. Il ne peut être transformé de l’intérieur, mais combattu de l’extérieur.

Le président Abdelaziz Bouteflika a dérivé vers un totalitarisme absolu

Le sens de la mesure est une qualité essentielle. La révision de la Constitution du 12 novembre 2008, qui consacre le césarisme présidentiel, s’est faite sans débat préalable, à main levée et le président Bouteflika a salué, après le vote qui lui donne tous les pouvoirs, «la clairvoyance du sens de la responsabilité des représentants de la nation». Le Conseil constitutionnel a validé la candidature de Bouteflika à l’élection présidentielle du 17 avril 2014, alors que, de par sa maladie grave et durable depuis 2005, qui relève de l’article 88 de la Constitution, il a cessé de conduire la politique de la nation. Le scrutin du 17 avril 2014 a assuré au président-candidat une victoire à la Pyrrhus sans risque et sans gloire, fondée sur une légitimité usurpée, basée sur une fraude électorale massive, qui relève du hold-up électoral qui est du gangstérisme politique.

De par tous les pouvoirs qu’il s’est donné, le président Bouteflika est comme un arbre riche en fruits. Un tel arbre a besoin de tuteurs solides et bien placés. Il gouverne par délégation et procuration. On ne peut laisser à un homme, au XXIe siècle, la responsabilité et le droit de disposer du sort du peuple. L’Algérie a dépensé, durant les trois mandats de Bouteflika, 635 milliards de dollars sans être ni un pays émergent, encore moins un pays développé. Il a démontré son inefficacité non seulement dans le domaine des libertés, mais aussi dans ceux de l’économie et du social où tous les indicateurs sont au rouge.

La mauvaise gouvernance est présente, le pouvoir est gangréné par la corruption qui fait tache d’huile et s’étend à tous les domaines, enrichit les dirigeants qui négocient influence politique et intérêt économique, et pillent avec l’impunité que leur assure leur appartenance au pouvoir les richesses du pays. Le pouvoir est composé de clans, de féodalités politiques composées d’éléments corrompus, parasites et incompétents, promus sur les seuls critères de la courtisanerie et de l’affairisme. Ce ne sont pas les hommes de la fidélité inconditionnelle, dont la fonction essentielle est de faire appliquer les directives et instructions du Président en maintenant et en renforçant les liens de subordination, de domination, d’assujettissement du peuple qui peuvent modifier le fonctionnement du pouvoir dans ce qu’il a de défectueux ou redresser une évolution dangereuse.

L’instance de concertation et de suivi

Il n’est pas nécessaire de faire naître une même formation politique par fusion de la CNLTD et du Pôle des forces du changement pour répondre aux aspirations du peuple, il faut seulement un accord sur les options politiques essentielles autour desquelles s’ordonne la vie politique. L’harmonie et la similitude des synthèses, la volonté et l’énergie au service de l’intérêt général, la conscience croissante de conformer les actes aux paroles pour aplanir les divergences, unir les rangs de l’opposition, une unité réelle, basée sur le souci de rassembler les forces vives de la nation.

Les partis de l’opposition, cantonnés par le Pouvoir dans un rôle de figuration, ont réalisé, par leur conviction et leur détermination, l’opposition nationale. Il ont compris que si chacun campe sur ses revendications, refuse d’aller vers l’autre au plus haut niveau pour agréger des forces différentes sinon divergentes autour d’une démocratie juridique qui consacrerait le droit et l’Etat de droit, le changement ne se réaliserait pas. Il faut tourner la page de la dictature et créer une ère nouvelle qui cèdera la place à la démocratie, qui est création et contrôle du pouvoir, le régime de l’autorité librement consentie et non imposée, qui se réalise par l’alternance ou l’alternative, les contrepouvoirs très utiles et la régulation par le droit.

Trois caractéristiques guident l’action de l’instance de concertation et de suivi : une analyse profonde de la crise qui est politique et morale, économique et sociale, culturelle et identitaire ; la capacité de formuler des solutions en termes clairs et la volonté de les exécuter. Il faut concilier et conjuguer la lucidité, la résolution et le courage pour prendre des mesures efficaces au service de l’intérêt général. Il faut vivre au sein de la société pour comprendre ses émotions, ses aspirations et ses exigences. Il faut harmoniser les normes concernant les domaines de l’éducation, de l’énergie, de l’eau, de la culture, de la protection sociale, de l’agriculture en osmose avec la terre cultivée, qui est une nécessité absolue qu’il faut protéger pour vivre, parce que plus de la moitié de notre nourriture vient de l’étranger.

L’Algérie se trouve au cœur d’un vaste tournant de son histoire, et le Pouvoir rencontre, en face de lui, la volonté unanime, parfaitement lucide et consciente, de l’instance de concertation et de suivi, prête à résoudre par la volonté d’agir ensemble, dans un même élan, les problèmes de la société. Jamais sa volonté n’a été plus claire, plus déterminée. Elle détient la clé du changement, il lui appartient de la mettre dans la serrure quand sonnera le glas du pouvoir, sa vacance.

Que les Algériennes et les Algériens, qui ont du savoir, se rejoignent pour ouvrir un champ d’écoute populaire afin de mobiliser une société civile mobilisatrice, qui peut apporter son expérience et sa compétence, sa volonté et son intelligence stratégique au service de la souveraineté populaire, pour restituer au peuple son pouvoir de désigner librement, par des élections propres et honnêtes, ses représentant à toutes les institutions élues de l’Etat, et la citoyenneté pour toutes les Algériennes et tous les Algériens.

La transition démocratique marquera la fin du pouvoir et l’après-Bouteflika. Le Pouvoir, en fin de course, a atteint ses limites et suscite un profond rejet. La volonté de se libérer de ce poids lourd est si forte qu’elle brisera tous les obstacles dressés sur son chemin.
L’absence d’informations sur la crise qui se déroule à l’intérieur du Pouvoir crée un vide comblé par la rumeur qu’avalisent plusieurs hypothèses, plusieurs scénarios. Force est de constater, d’un œil désabusé, la gesticulation désordonnée de l’entourage du Président campant dans le sectarisme, soucieux de vanter ses talents et ses mérites et d’appliquer sa politique basée sur le culte de la personnalité, prêt à assumer, chacun à sa manière pour ne pas être écarté du jeu politique, un destin national si l’armée fait appel à lui.

L’instance de concertation et de suivi, soucieuse d’ouverture, doit provoquer un appel d’air considérable pour attirer un puissant courant d’opinion, à qui il est indispensable d’offrir une réalité concrète pour éliminer les tendances démagogiques d’où qu’elles viennent. Elle doit cristalliser le rassemblement le plus large possible des forces nationales pour instaurer une transition démocratique qui conditionne l’ouverture du champ politique et médiatique, l’exercice des libertés individuelles et collectives, une presse libre et une justice indépendante.
L’histoire nous apprend que les grandes transformations d’un pays surviennent par mutations brusques dans les périodes de grandes crises nationales.

Le devoir et l’honneur de l’armée sont de servir la nation

L’armée appartient à la nation et ne peut s’identifier à un pouvoir, un clan, une région ou une tribu. La nation apparaît comme la valeur humaine la plus sûre, qui protège la dignité qu’elle exprime et impose à la fois. La dignité humaine, toujours présente, il ne faut jamais l’oublier ni cesser de la proclamer, de la protéger et de la défendre parce qu’elle relève de la participation de la personne humaine à la conduite de son destin.

Le général de corps d’armée Gaïd Salah a une double casquette : celle de chef d’état-major de l’armée et celle de vice-ministre de la Défense nationale, dépendant du ministre de la Défense qui est en même temps chef de l’Etat. Les deux fonctions sont incompatibles. Bouteflika a le contrôle de l’armée parce que le vice-ministre de la Défense est sous ses ordres. La neutralité de l’armée n’est pas une valeur qui relève du président de la République mais de ses dirigeants, le chef d’état-major de l’armée en tête.

Si Gaïd Salah choisit de rester vice-ministre de la Défense nationale, il doit démissionner de sa fonction de chef d’état-major de l’armée. Il doit choisir l’une ou l’autre fonction, sinon il risque de perdre l’une et l’autre. Le président Bouteflika réduit peu à peu au silence, puis met à la retraite des généraux et des colonels âgés de 48 à 56 ans, esprit critiques qui contestent sa mainmise sur l’armée. Il a avec eux des divergences fondamentales sur le fonctionnement de l’armée et sur sa ligne politique marquée par de nombreuses incohérences et dus sceau de l’improvisation.

Le chef d’état-major de l’armée Mohamed Lamari, remplacé en 2005 par Gaïd Salah, a déclaré dans une interview accordée à la revue El Djeich : «L’armée interviendra en cas de dérive. Toute personne investie des prérogatives de président de la République, qui compte toucher à l’ordre républicain, remettre en cause le pluralisme politique, tenter un réaménagement constitutionnel à la mesure de sa personne, ou mépriser la société et le peuple, trouvera devant elle l’armée.» Il adresse une mise en garde au président-candidat en 2004 et devient un acteur incontournable du jeu politique.

Tamazight obligatoire à l’école est un devoir, une obligation éthique, une exigence, une nécessité vitale

Le libre usage que le peuple algérien a de tamazight est révélateur de sa liberté. L’aliénation linguistique conditionne l’aliénation culturelle, qui conditionne l’aliénation politique. L’amazighité, qui s’identifie à la démocratie, à la liberté et à la justice, n’est pas un facteur de division mais d’unification du peuple algérien, qui renforce son unité en s’enrichissant du plurilinguistique et du culturel, car la culture est l’esprit fécondé par la liberté. Détruire tamazight, véhicule de la culture et de la pensée de millions d’Algériens, a pour nom ethnocide. L’ethnocide est une politique volontaire de destruction d’une culture, qui conduit à un schéma de domination aboutissant à l’étouffement de la culture dominée, à son absorption par intégration ou assimilation.

Il est de la nature de la culture et de la langue amazighes de résister aux entreprises réductrices du pouvoir, qui cherche à les soumettre et à les faire disparaître. La meilleure manière de défendre tamazight est de défendre les droits de l’homme qui combattent la négation de l’histoire et de la mémoire collective, l’oppression des cultures et la répression des langues. Madame Nouria Benghebrit, ministre de l’Education nationale, bien que née à Oujda, a reçu la règle de bois sur ses doigts regroupés, comme au temps de l’école coranique des zaouïas, parce qu’elle a osé dire, à Bouira et au Forum du journal Liberté : «L’Algérie doit se déterminer pour la transcription de tamazight, qui est une langue nationale qui doit être générale et obligatoire.»

Elle a marché sur les plates bandes du maître de l’Algérie, qui a seul pouvoir de décision. L’égalité de la femme avec l’homme dans tous les domaines de la vie, particulièrement sa plus grande participation dans la vie politique, est un fait nouveau dans notre société. La Constitution donne à la femme les mêmes droits que l’homme, mais le code de la famille fait d’elle une éternelle mineure. La femme est l’avenir de l’homme, qui doit être à son tour l’avenir de la femme.La politique ne vit que par ses actes, que si elle apporte des réponses pratiques aux problèmes des Algériens.

Ali Yahia Abdenour


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