DzActiviste.info Publié le dim 6 Jan 2013

Ouyahia a-t-il présumé de sa capacité de manipulation ?

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  De nombreux observateurs ont été pris au dépourvu par la démission de Ahmed Ouyahia du RND, de ce parti-maison qu’il a lui-même propulsé sur le devant de la scène politicienne, pour ne pas dire politique. Il en a été le tout puissant Secrétaire Général treize années durant, et même plus, puisque même avant d’en être le patron officiel, il en tirait toutes les ficelles depuis qu’il l’a mis sur les rails, à la faveur de la plus grande fraude électorale jamais observée depuis l’indépendance du pays, où le recours à ce genre de pratique est pourtant systématique.

  Les observateurs n’ont donc pas compris cette démission, parce que cet homme, pur produit du système, habité par une ambition dévorante, déserté du moindre état d’âme, connu pour ne reculer devant aucune extrémité, aucune compromission, a décidé de rendre le tablier pratiquement sans lutter contre la bande de chahuteurs qui s’étaient ligués contre lui, et dont on imagine aisément qu’ils ont été eux-mêmes instrumentés par des forces occultes. 
  Cette démission est d’autant plus énigmatique qu’elle est survenue après une victoire massive du RND aux dernières sénatoriales, si tant est que nous pouvons ainsi qualifier les tractations douteuses, une vraie vente aux enchères, qui ont distingué cette consultation. Mais c’est dans la nature même de ce régime, et personne dans ce milieu interlope de maquignons de la popo-litique, ne trouvera à redire dans cet éclatant succès. A plus forte raison que le FLN, ce frère ennemi, qui partage les mêmes brisées, les mêmes pratiques, et surtout les mêmes turpitudes, s’est lourdement ramassé, alors que tout le monde le donnait favori dans ces sénatoriales.
  Cette démission est réellement étonnante. Sauf injonction sans frais du premier cercle du régime, Ouyahia n’avait aucune vraie raison de partir. Il aurait très bien pu contrer ses détracteurs, et leur opposer une farouche résistance. Au FLN, Belkhadem, qui est moins costaud que lui, moins bien entouré, et massivement désavoué par ses militants, n’a pas pu être délogé pour autant.
  En fait, et c’est vraisemblablement la seule explication plausible, il est éminemment probable que Ahmed Ouyahia soit tombé dans le traquenard de ses propres circonvolutions boulitico-stratégiques. Je crois qu’il a voulu, tout simplement, j’allais dire tout simplissimement,  rééditer le petit-pont qu’il avait fait à ses opposants durant l’été 2002. 
  En ces temps bénis, pour lui, il avait encore le vent en poupe, ses protecteurs étaient encore les maîtres de la place, et le clan présidentiel, une force ascendante à ce moment là, avait fini par s’accommoder de sa présence, puisqu’il n’ignorait pas qu’il ne pesait que ce que pesaient ses parrains. Donc, plutôt Ouyahia, dont il connait les limites, qu’une éventuelle mauvaise surprise. 
  Sérieusement agacé par les jappements de ses opposants, menés tambour battant par l’un des baronnets les plus corrompus de la planète RND, où la corruption est pourtant l’essence même qui le fonde, Ouyahia décida de mettre fin à la contestation, dont il craignait qu’elle ne se propage à la base, en concoctant une jolie petite bombinette, destinée à ne pas exploser. Puisqu’elle ne contenait que du vent estampillé pur vent. 
Sans rien dire à qui que ce soit dans sa formation, il fit parvenir au Président Bouteflika une copie de la démission qu’il disait vouloir remettre aux instances de son parti. Mais, affirma-t-il au Président, comme il était imprégné de ces valeurs algériennes qui balisent sa route, il voulait avertir le frère aîné et avoir son accord, avant de rendre officielle cette décision. Le summum de la correction et du respect. Et en parallèle, il en fit de même avec le grand boss du DRS, dont il sollicita le même accord, pour, lui affirma-t-il, aller s’occuper de sa famille, qu’il avait sacrifiée au devoir national.
  La réponse de Bouteflika ne se fit pas attendre. Flatté dans son égo, qu’un secrétaire général de parti lui demande sa bénédiction, même pour démissionner, il trouva là, même s’il connait la musique à fond, l’occasion de montrer aux uns et aux autres, que rien ne pouvait se faire désormais, en mal ou en bien, sans qu’il donne sa bénédiction. Et il exigea donc de Ouyahia qu’il reste à son poste. Le Général Toufik, dont la relation idyllique avec le clan présidentiel commençait à se nouer alors, et qui avait toujours trouvé en Ouyahia un fidèle et zélé agent, a abondé dans le même sens. 
  Ce fut le coup de sifflet. La bande à Rahmani rentra dans sa niche, et Ouyahia revint en force, sans même être parti. Il s’arrangea, bien sur, pour que tout le monde sache qu’il avait tout fait pour partir, et qu’il avait voulu s’occuper de sa famille, qu’il avait sacrifié au devoir national, mais que ses deux frères aînés, le Chef de l’Etat, et rab el mekla, l’en ont empêché. Il a même fait circuler la rumeur qu’il avait vraiment insisté, qu’il était exténué par toutes ces années de sacrifice, mais que ses deux frères aînés ne lui avaient pas laissé le choix, qu’ils l’ont supplié de continuer à se dévouer pour la nation, lui le grand Serviteur de l’État, éternellement en réserve de la République. Ils l’avaient supplié, fera-t-il dire, tout simplement parce qu’il était irremplaçable.
  Je crois que c’est cette stratégie qu’il a voulu réutiliser. Pour faire taire ceux qui lui mordaient le jarret, sans avoir à leur mettre un coup de tatane dans les babines. Ces ingrats qui avait nourri de sa main. Il savait pourtant que le contexte avait changé, de la même manière que le cœur du régime s’était étoffé, en même temps qu’il s’était délesté de ses branches mortes. Et que lui-même était devenu une branche morte, qu’il était en fin de ressources, pour ne pas dire en fin de mission. Il a été aveugle sur ces évidences. Il a présumé de ses capacités à déplacer les pièces maîtresses. 
  Il en résulta que son frère aîné Bouteflika ne donna aucune suite à la copie de la lettre de démission qu’il lui avait fait parvenir. Ce qui signifie, en langage Bouteflikien, que non seulement il acceptait qu’il parte, mais qu’en plus, il insistait pour qu’il parte. Même son de cloche du côté des autres décideurs. Le temps où les uns et les autres pouvaient jouer des divisions des clans, pour tirer les marrons du feu est révolu.  
  Aujourd’hui, quand Bouteflia veut, Rab el mekla le veut !
  Donc, résultat des courses, Ouyahia s’est planté. 
  Quand il a compris sa douleur, sa première vraie chute, son premier vrai revers, il a essayé, avant de rendre publique sa lettre, de créer un ultime carré de fidèles, censés s’organiser pour exiger son retour. Mais là aussi, Ouyahia sait plus que quiconque ce que valent ses amis du RND, puisque c’est lui qui les a choisis. En fonction d’un seul critère : un manque total de scrupules. Il sait donc qu’ils vont lui vendre du vent, et qu’ils ne marcheront avec lui que si les vrais décideurs le leur demandent. Or ceux-ci ont voulu son départ. CQFD.
  Ouyahia n’est plus en position de marchander quoi que ce soit. Il va devoir accepter n’importe quelle voie de garage. C’est désormais le temps des vaches maigres. Maintenant, il doit saliver sur le poste de Président de Sénat, qui lui aurait été proposé, dans un jeu de chaises musicales avec Bensalah, et dont il n’aurait pas voulu. Parce que cela lui aurait bouché définitivement l’accès au starting-block de 2014. C’est peut-être ça qu’on a voulu lui faire payer.
  Ouyahia, qui connait pourtant très bien le système où il est né politiquement, où il s’est fait les griffes, et le reste, a tenté de négocier un virage à tombeau ouvert, c’est le cas de le dire. Il s’est pris un mur dans la gueule.  
  Il serait bien inspiré de relire, si tant est qu’il la connait, la fable de la grenouille et du bœuf.
DB


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