DzActiviste.info Publié le dim 1 Déc 2013

PALUDISME, PESTE, RAGE… : LE DÉCLIN DE LA SANTÉ PUBLIQUE L’hygiène des villes en cause

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El Watan, 29 novembre 2013

saleté en algérieDepuis Hippocrate, l’ancêtre des médecins, et son traité «Des eaux, des airs et des lieux» illustrant l’implication des facteurs environnementaux, la santé publique devrait ne plus être perçue comme une simple dispensation de soins médicaux mais un dispositif complexe qui implique «tous les efforts coordonnés de la communauté pour l’assainissement de l’environnement, le contrôle des infections, l’éducation de l’individu aux principes de l’hygiène, (…) l’objet final étant de permettre à chaque individu de jouir de son droit inné à la santé et à la longévité…».

L’approche moderne de santé publique n’est pas seulement de soigner l’individu en tant que cas clinique isolé, mais innove en anticipant sur les déterminants de santé environnementaux ou comportementaux, l’objectif étant de prévenir l’avancée de la maladie dans la population en ayant toujours à l’esprit que la quasi-totalité des maladies trouve sa racine dans un environnement physique (maladies transmissibles) ou psychosocial (maladies non transmissibles). Après sa découverte historique sur les microbes, Pasteur déclarait : «Nous buvons 90% de nos maladies».

L’histoire de la santé publique illustre très bien ce fait. Les grandes endémies qui décimèrent les populations de villes entières à l’instar du choléra, de la peste, du typhus ou du paludisme reculèrent largement grâce aux progrès de l’hygiène publique (raccordement à l’eau potable, assainissement, lutte contre les vecteurs de maladies,) bien avant l’avènement des antibiotiques.
Hélas, force est de constater que ces maladies contrôlables par l’hygiène du milieu occupent toujours une place non négligeable dans les statistiques sanitaires de notre pays et que les maladies telles les zoonoses à l’instar de la leishmaniose et de la brucellose, posent encore un problème majeur de santé publique de par leur extension géographique et l’ampleur de leur charge économique à la fois sur la santé animale et la santé publique.

Le retour des maladies transmissibles réémergentes vaincues par le passé comme le paludisme, la peste, la rage ou les leishmanioses révèle l’insuffisance de prise en charge rigoureuse de l’hygiène de l’environnement au niveau de la communauté. Les collectivités locales dévoilent une relative impuissance à pouvoir organiser et coordonner, de manière efficace et soutenue, les opérations de contrôle de la population canine vectrice de la rage et de nombreuses autres affections ainsi que la réduction de la population d’insectes vecteurs parfois de graves maladies. Cette situation a laissé nos villes non seulement le théâtre d’invasions phénoménales d’insectes, rongeurs et autres animaux errants, mais aussi de plus en plus vulnérables aux menaces patentes sur la santé publique gravement sous-estimées. L’été 2003 et la résurgence de la peste en Algérie gravée à jamais dans la mémoire des médecins mais également dans les tablettes de l’OMS, viendra démontrer de manière cinglante la réalité de cette vulnérabilité.

Pour preuve, le service en charge de la santé et de la prévention au niveau de la commune appelé Bureau d’hygiène communal (BHC) pourtant réglementairement mandaté comme outil technique d’exécution de la surveillance et du contrôle des maladies transmissibles, donc doué d’un rôle stratégique de santé publique voire de sécurité publique, composé de toutes les compétences des secteurs concernés (médecins, vétérinaires, techniciens,…) reste un appendice le plus souvent frappé d’inertie et mal toléré par les «élus locaux» car éminemment révélateur de leur inconstance à faire face à toutes leurs missions de service public.

L’absence d’une stratégie concertée entre les différents secteurs concernés a laissé place, comme il est de coutume dans notre pays et sous la pression de l’opinion publique, à des campagnes faisant appel à des méthodes d’exception comme l’usage intensif de produits chimiques (insecticides, rodenticides) au lieu et place de donner une véritable consistance à des structures institutionnelles frappées d’immobilisme.
L’hygiène du milieu reste la mesure fondamentale pour le contrôle des vecteurs de maladies. Une gestion rigoureuse de l’assainissement et des déchets solides est de la plus haute importance pour la réduction des vecteurs de maladies à leur source par la destruction de leurs gîtes de reproduction (eaux stagnantes, matières organiques en décomposition, terriers, etc…).

La prévention contre le retour des maladies liées à l’hygiène de l’environnement passe d’abord et surtout par une action ferme et continue de police sanitaire étroitement dépendante du renforcement des capacités des services publics chargés de la surveillance de l’hygiène du milieu et non pas par des campagnes ponctuelles dont l’impact ne durera que le temps de cette campagne.

A ce propos, les produits insecticides et rodenticides utilisés dans le cadre de campagnes à large échelle (lutte contre les leishmanioses) devraient être laissés comme produits de dernier recours et non comme des substituts à des actions de salubrité publique courantes. L’usage intempestif des pesticides non seulement fait peser le danger d’apparition de résistance rendant ces produits inopérants mais aussi ne nous met pas à l’abri d’effets collatéraux plus ou moins graves et incontrôlables, sur l’homme, la faune et la flore.

1) Winslow C.-E. A. , The untilled fields of Public Health, Science, 9 january 1920: 23-33
In : «Infos Santé» numéro 6, Institut National de Santé Publique.

Boualem Tchicha


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