DzActiviste.info Publié le dim 1 Juil 2012

Paroles creuses d’experts en temps d’inertie

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Diversions en veille de cinquantenaire

In La Nation Ahmed Selmane Mardi 26 Juin 2012

Que fait un pouvoir « normal » quand il a obtenu une victoire « franche et nette » aux élections législatives ? Il fait valoir qu’il a reçu un mandat pour bouger les lignes et faire avancer des réformes suspendues ou reportées par craintes de réactions imprévisibles. En clair, dans un pays normal, un pouvoir qui disposerait des sièges réunis du FLN et de son clone administratif le RND aurait le vent en poupe. Il aurait saisi l’occasion pour mettre les bouchées doubles en profitant de « l’état de grâce » postélectoral pour agir, pour changer, pour évoluer. Dans les pays normaux, ce sont ces périodes propices de début de mandat où l’on engage les grandes actions, les fins de mandat – objectif de réélection oblige – étant généralement considérés comme moins favorables au lancement de grands chantiers. Il faut donc parler de pays « normaux » pour constater que les lendemains de législatives en Algérie, malgré un FLN redevenu « hégémonique », sont marqués, comme l’interminable période précédente, par un mélange d’attente, d’indécision, d’irrésolution. Comme si la formidable force d’inertie des intérêts en place contraint à ce que rien ne change, pas même d’un iota. Même après des élections aussi « importantes que le 1er novembre » pour reprendre la formule dithyrambique du président Bouteflika. Se manifeste ainsi cette irrépressible compulsion de figer le pays dans l’immobilisme, voire à essayer de le ramener loin en arrière comme en témoigne cette incarcération du militant des droits de l’homme Mohamed Smaïn. Même les opérations fortement balisées et cadrées qui sont menées au sein du système sont rapidement entravées et annihilées dès lors qu’elles sont suspectées de vouloir animer un corps sclérosé.

Maintien acharné du statuquo

Bien souvent, les analystes sont accusés de broyer du noir, de généraliser, de ne pas faire dans la nuance, de ne pas déceler au sein du système ceux qui veulent que « ça change » face à d’autres, l’aile « progressiste » contre l’aile « réactionnaire » pour reprendre la formulation des années soixante-dix. Même en ouvrant largement nos esprits, il faut bien constater que pour l’instant, ce sont bien les partisans de la pétrification d’un pays jeune aux besoins croissants et aux ressources non-renouvelables qui l’emportent. Comme si le triomphe électoral du FLN et de son clone réduit aux acquêts ne pouvait signifier que le maintien acharné du statuquo. Et au demeurant, les tumultes momentanés qui ont accompagné la vie de ce simili-parti ont rappelé suffisamment qu’il ne s’agit au fond que d’une société anonyme avec de nombreux actionnaires. L’inertie politique continue d’être de mise en cette veille de cinquantenaire de l’indépendance que l’Algérie va atteindre dans une certaine amertume et un fort désenchantement ; que certains tentent, sciemment, de transformer en discours vindicatif « anti-peuple » tout en faisant mine de critiquer « à mort » le système. C’est une vieille technique qui fonctionne d’autant mieux que la parole dans l’espace algérien encadré n’est pas ouverte à tous.

Experts bcbg et think tank

On semble apprécier les jeunes gens chics, variantes locales des traders « géniaux » d’un improbable Wall-Street de cinéma, ou les élégants docteurs blanchis sous le harnois qui viennent expliquer comment les choses se passent ailleurs dans le « vrai » monde et comment elles devraient se passer sous nos cieux, nouvelle terre de mission. On vénère d’autant plus leurs sagaces critiques, leur entêtement si admirable à « proposer des solutions », qu’ils ne font pas – quelle horreur ! – de politique. Et puis, il y a les autres. Le très vibrionnant patronat du Forum des Chefs d’entreprise (FCE) qui lui non plus – juré, craché – ne fait pas de politique, mais a le souci de l’économie, de l’avenir du pays, de la « bonne dépense ». Et puis ces patrons s’offrent – comme dans les pays « normaux » quoi ? – des Think-Tank et emploient des experts bardés de diplômes et de titres pour expliquer de manière «neutre » et « technique » ce qu’ils veulent : une libéralisation en bonne et due forme. Hic et nunc ! Ici et maintenant ! A présent que les classes dangereuses comme les urnes ont été neutralisées en amont, que les caisses sont encore pleines – encore que les signaux pétroliers suscitent quelques inquiétudes -, il faut « libéraliser ». Qu’entendent-ils par ce terme ? Plus de libertés politiques ? Que nenni ! Ils ne font pas de politique, ils font de l’économie.

Ecran de fumée

En réalité, ces « capitaines d’industries » – soyons généreux, même si d’industrie il n’est que très légères – sont moins critiquables que les experts aux retournements parfois très acrobatiques. Certains – qui ne changent pas – passant avec la même certitude en acier trempé du marxisme de stricte observance au monétarisme le plus radical. A chacun ses idées, of course, mais il est difficile de ne pas constater que ces éminences déplacent délibérément l’objet du débat. Une libéralisation accentuée de l’économie peut fabriquer des Khalifa Moumen mais elle ne répond pas à la question de la défaillance des appareils d’Etat. Elle n’apporte aucun remède à l’absence de conduite d’une politique économique, quelle qu’elle soit. Ces experts à la parole autorisée, probablement rémunérée, finissent pas agacer les plus froids des ceux qui pensent qu’il n’existe pas de sciences économique mais qu’il n’y a que de l’économie politique. « N’importe quel clampin qui suit l’évolution du pays voit bien qu’avec ou sans argent, « socialiste » ou « libérale », l’économie est atone, sans dynamique, écrasée par la rente et sa dictature. Ce ne sont pas des tours de passe-passe « technique » qui pourront régler un problème dont l’énoncé est essentiellement politique. A moins, délire pour délire, de tenter une incursion sur le terrain de la surenchère anthropologique et conclure avec gravité que les investissements sont plus efficaces en Chine qu’en Algérie parce que l’Algérie n’est pas de tradition confucéenne… ». Ces éminents experts font bien de la politique. Celle de l’écran de fumée et de la confusion.


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