DzActiviste.info Publié le mar 18 Sep 2012

Partager intelligement et pacifiquement le pouvoir pour …

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(…)  POUR NE PAS PARTAGER BETEMENT ET VIOLEMMENT LE TERRITOIRE

Ahmed Amokrane
In Le Quotidien d’Algérie 14 sept, 2012

Quand un peuple prend conscience et découvre que le véritable complice d’un dictateur est la passivité du peuple lui même, le changement devient alors possible . En effet dès que la passivité populaire disparait, le dictateur sans support, chutera. Conscient de sa part de responsabilité, le peuple devient moins arrogant et se défait de tout esprit de vengeance. C’est ainsi que l’accès au changement se fera d’une façon pacifique.

Quand une société sombre dans le conservatisme et l’extrémisme, l’Etat ne peut se contenter de stigmatiser son propre peuple tout en le mettant sous tutelle. Il est à noter que devant toutes dérives sociétales, nous devons rechercher des faillites dans le système éducatif et dans le système de gouvernance en général. De ce fait, l’Etat ne peut pas se contenter de critiquer son propre peuple car la responsabilité des différentes équipes de décideurs, est capitale.

En partant du principe que l’Etat et le peuple sont responsables de la faillite algérienne et en supposant que les uns et les autres ont pris conscience de leurs responsabilités, que nous reste-il à faire ?

Nous ne vivons pas seuls dans ce monde où il n’y a pas de place pour les faibles ni pour ceux qui n’arrivent pas à se réconcilier pour mieux s’organiser. Crises économique et financière obligent, les puissances qui n’ont pas vu venir les révolutions tunisienne et égyptienne, ont décidé d’agir. En effet, la rapidité des événements des deux premières révolutions du printemps arabe, leurs caractères spontané et imprévisible, n’ont pas laissé le temps aux puissances d’intervenir ni en Tunisie ni en Egypte. Déçus de ne pas avoir pu tirer profit des changements survenus aussi bien à Tunis qu’au Caire, les puissances ont décidé par la suite de phagocyter tout soulèvement populaire pour en tirer le maximum de dividendes.

Au fait l’évolution du monde depuis 1989 et les évènements du printemps arabe nous prouvent que le mur de Berlin n’est jamais vraiment tombé. Le fameux mur n’a fait que se déplacer au sud et à l’est de la planète.

Il est à constater que les puissances ne sont pas puissantes par hasard. Géopolitique oblige, ils se font des croches pieds sans vraiment s’affronter. Les factures de leurs tendances hégémoniques sont payées tous les jours par les pays désorganisés tels que le nôtre.

Je te tiens par le nez, tu me tiens par la barbichette. Je te laisse faire en Libye, tu fais semblant mais finalement tu me laisses manœuvrer en Syrie.

En dehors des révolutions tunisienne et égyptienne, les attitudes hypocrites et intéressées des puissances suscitées par les évènements du printemps arabe nous rappellent la crise ayant opposée le sultan d’Egypte Mohamed Ali Bacha à la sublime porte au 19é siècle .

Déçu par le refus exprimé par les Ottomans en réponse à son projet de léguer le pouvoir à ses fils, le Macédonien Mohamed Ali Bacha s’est retrouvé en conflit avec le pouvoir central. Rapidement la crise se transforma en un conflit armé entre les frères ennemis. C’est ainsi que les puissances proposèrent leurs services pour « régler » le conflit. Mohamed Ali Bacha se fera épauler par l’armée française alors que la marine de guerre britannique s’est rangée aux côtés des ottomans. Après un long conflit armé qui coûta la vie à des milliers d’égyptiens et d’ottomans, Mohamed Ali Bacha est à genou. Sa chute se fera suivre quelques années après par celle de la sublime porte. Les puissances se partagèrent alors l’héritage ottoman. L’Egypte devient un protectorat anglais. La Palestine historique est offerte aux sionistes !

Que ressemble hier à aujourd’hui, le conflit syrien risque malheureusement de coûter cher aussi bien au pouvoir qu’à l’opposition. Les puissances veillent pour défendre leurs intérêts sur le dos des victimes syriennes. Israël risque une fois de plus d’être l’un des grands gagnants de ce conflit.

Chez nous, notre sort est encore entre nos mains. Doit-on trouver une solution pacifique à la crise algérienne ou doit-on opter pour le pourrissement de la situation au risque de voir les puissances intervenir pour nous « soutenir » comme ils l’ont fait au 19e siècle avec Mohamed Ali Bacha et la Sublime Porte et comme ils l’ont fait ces dernières années en Irak, en Afghanistan ,au Soudan et le font aujourd’hui en Syrie ?

Pour ma part, je pense qu’on doit agir pour sauver ce qui reste encore à sauver .

Que faire ?

1- Création rapidement d’une instance de l’opposition algérienne qui englobera toutes les tendances politiques.

2- Mise en place d’une feuille de route pour assurer la transition. cette feuille de route considèrera les déclarations du 1er Novembre 1954 et celle de la Soummam de 1956 comme des repères avec pour objectif l’instauration dans notre pays d’un Etat démocratique, social, respectueux des préceptes de l’Islam, civil, moderne et souverain.

3- Démission de tous ceux qui occupent un poste politique au sein du régime actuel pour cause de faillite généralisée.

4- Le caractère pacifique du changement exigera l’engagement de l’opposition à rejeter toutes tendances de vengeance ou de chasse aux sorcières à l’égard de nos compatriotes ayant exercé une quelconque responsabilité au sein du pouvoir actuel et à l’encontre de tous ceux qui ont des liens de prés ou de loin avec ce pouvoir.

5- Lors de la rédaction de la future constitution, les législateurs adapteront la règle de la séparation des pouvoirs aux réalités algériennes. En effet, en plus des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, nous créeront un quatrième pouvoir qu’on pourra nommer le pouvoir consultatif . Il concernera les personnalités ayant exercé des responsabilités dans le cadre de l’actuel régime. Le but est d’accorder une immunité aux membres de l’actuel pouvoir qui les protégera contre d’éventuelles poursuites et permettra aux jeunes équipes dirigeantes qui prendront le relais, d’avoir une instance consultative en cas de besoin.

6- Dans un pays démocratique à très forte majorité musulmane, le pouvoir judiciaire doit respecter cette réalité en appliquant la charia surtout dans les domaines de l’Etat civil, l’héritage, le mariage, le divorce….

7- Une assemblée constituante représentant toutes les classes sociales et toutes les tendances politique algériennes, sera élue. Elle se chargera de rédiger une nouvelle constitution. Les législateurs qui épauleront cette assemblée se réfèreront à l’Islam et à toutes les expériences humaines pour rédiger cette constitution.

8- Le pouvoir exécutif sera élu démocratiquement. Cette réalité, ne l’empêchera pas le long de la phase de transition d’agir selon un consensus qui sera défini par les grands courants de la vie politique nationale.

Certains réagiront en rejetant les déclarations du 1er Novembre et celle de la Soummam. D’autres rejetteront le système démocratique sous prétexte que les musulmans que nous sommes, nous avons déjà un système politique qui existe depuis 15 siècles.

Je leur dirais que la démocratie est le fruit de pensées philosophiques faites le long de plusieurs siècles. Platon, Socrate, Aristote, en passant par Ibn Sina, Ibn Rochd , John Locke, Montesquieu…,ont passé leur vie à se former et à publier pour que le monde profite du système démocratique tel qu’il se présente aujourd’hui.

Ceux qui font la fine bouche en rejetant ces travaux qui ont permis à l’humanité de se libérer de l’injustice et du totalitarisme, font preuve d’une grande ignorance de notre degré de retard par rapport aux autres nations. Nous vivons dans des sociétés où les gens passent leurs journées aux cafés à consommer la même chose une dizaine de fois et à se raconter des histoires qu’ils se sont déjà raconté de très nombreuses fois la veille. Nos nuits, nous les passons devant nos télévisions à zapper d’un satellite à l’autre et d’une chaine à l’autre. Nous ne lisons pas et nous ne publions pas. Au milieu des années 90, le journal français, le Monde publia un travail fait par quelques intellectuels arabes concernant la vie culturelle et intellectuelle au sein du monde arabe. Ces intellectuels ont constaté que l’Espagne un petit pays européen, a traduit en une année des différentes langues étrangères à l’espagnol 100000 livres. Sur la même période, la totalité des 22 pays de la ligue arabe, n’ont traduit des langues étrangères à l’arabe que 200 livres toutes spécialités confondues !

Le Coran et la Sunna ne sont que des matières premières à partir desquelles les chercheurs musulmans, mettront un jour au point un système politique qui nous permettra de nous passer du système démocratique.

Le problème est que notre fierté et notre type d’éducation, nous empêchent de nous regarder en face. Notre système éducatif a excessivement auréolé notre passé et ne nous a jamais appris la moindre notion de mesure, au point qu’on a fini par croire que nous sommes les meilleurs et que nous méritons plus que la démocratie !

Or la réalité est que nous sommes les derniers de la classe. Comment voulez-vous qu’ un peuple qui ne travaille pas, ne lit pas, ne publie pas et ne produit pas ,puisse mettre sur pieds un système politique plus efficace qu’un système qui existe depuis 21 siècles et dont la pensée est le fruit des travaux des plus grands philosophes grecs, musulmans et occidentaux ?

La triste réalité, est que notre retard est énorme et que nous avons besoin d’une phase de transition de 15 à 20 ans durant laquelle nous sommes obligés de passer par un système semi-démocratique qui nous obligera à partager le pouvoir pour éviter un conflit qui ouvrirait une brèche aux puissances et risque de nous conduire vers un partage bête et malheureux du territoire national . Nos enfants mieux formés et mieux structurés que nous, évolueront vers un système démocratique.

Nos petits-enfants, profitant d’une formation encore plus solide et d’une stabilité politique, sociale et économique, s’éloigneront de nos reflexes archaïques ceux des fréquentations des cafés pendant la journée et de la pratique de l’éternel zapping devant nos télévisions la nuit, vont s’initier aux sciences sociales et pourront développer à partir du coran et de la Sunna, un système politique qui améliora leur quotidien et celui de l’humanité.

Pour ce qui est des déclarations du 1er Novembre et celle de la Soummam, il ne s’agit pas d’une fin en soi. Le but est de se mettre d’accord sur un minimum pour se rapprocher les uns des autres et sauver ce pays.


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