DzActiviste.info Publié le lun 27 Fév 2012

Parti Socialiste des Travailleurs «Il faut stopper ce suicide libéral»

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Chawki Salhi. Secrétaire générale du Parti socialiste des travailleurs. «Il faut stopper ce suicide libéral»

-Malgré les ressources énergétiques, l’économie algérienne reste fragile. En tant que parti qui défend les options du socialisme, quelle alternative économique proposez vous?

L’argent du pétrole a financé la désindustrialisation et la précarisation sociale. Notre argent a payé le monopole de Djezzy, qui saigne la balance des paiements. On offre 700 ha sur les hauts d’Alger au dinar symbolique? On aide le géant Mittal qui laisse mourir El Hadjar. Et des sidérurgistes débutants, financent, pour une somme moindre, une aciérie géante à Bellara. L’argent du pétrole, lui, ne sert à rien. Il est prêté aux USA et à l’UE pour des taux dérisoires. Sonatrach crée Tassili pour affaiblir Air Algérie, achète ses tubes à l’étranger et sous-traite ses activités hors de ses propres filiales !!! Naftal est fière de viser 50% du marché qu’il contrôle à 100%.

Le patronat privé fustige le modeste cours patriotique actuel malgré les cadeaux fiscaux indécents dont il bénéficie. Pour procurer une main d’œuvre soumise et bon marché aux investisseurs, on étend la clochardisation sociale.

Il faut stopper ce suicide libéral, protéger le marché national, dénoncer les traités inégaux avec l’UE, la ZALE et refuser l’OMC. Nationaliser ou renationaliser les banques, les secteurs stratégiques de l’économie et les services publics essentiels. Interdire les emplois indécents du filet social. Imposer un contrôle populaire, seul à même de garantir contre la corruption.

Les logements nécessaires, les voies ferrées, les équipements, sont une opportunité pour développer notre production et notre savoir-faire et non un moyen d’aider les pays riches en crise. Il faut mettre en place un plan national de développement de l’agriculture, de l’industrie et des services au service de la satisfaction des besoins du peuple. Cela suppose une direction politique indépendante de la bourgeoisie et de l’impérialisme.

-Partout dans le monde, les idées du socialisme ne font plus beaucoup recette, même avec les déboires du capitalisme. Quels sont les atouts qu’il peut encore faire valoir?

Le socialisme est notre horizon et non pas un objectif immédiat. Notre programme est fait de revendications transitoires qui éduquent à la nécessité du changement révolutionnaire. Nous sommes terriblement concrets, lucides et souvent en avance car nous échappons au ronron dominant. En 97, nous exigions un programme de dépenses publiques quand la mode était à l’Etat régulateur qui se désengage. En 2007, nous exigions une agriculture centrée sur les produits de base de l’alimentation et nous dénoncions les grands chantiers confiés aux étrangers pendant qu’on liquide nos entreprises, en 2012 nous mettons le doigt sur l’inconséquence du cours patriotique qui voisine avec les cadeaux scandaleux faits aux futurs exportateurs de milliards de bénéfices.

Un ami de ma jeunesse, éditorialiste libéral, trouvait irréaliste, en 2007, notre revendication de renationaliser El Hadjar. Quelques semaines plus tard, la réalité est connue. Les surhommes d’Arcelor Mittal n’ont pas réussi à approcher la performance des indigènes de Sider. Nos problèmes ne sont pas algériens. La pression de l’esclavage salarié dans nombre de pays effondre les acquis sociaux. Alors que les économies riches menacent faillite, le capitalisme libéral engage une fuite en avant agressive, il nous faudra réinventer le projet socialiste pour structurer la nouvelle marche en avant de l’humanité.

-Nous sommes dans une conjoncture internationale où il est de plus en plus question de protectionnisme économique. L’Algérie a-t-elle les moyens d’appliquer longuement une telle politique?

La dépendance alimentaire est un grave handicap qu’on aurait dû prioriser plus tôt. Le dépôt de nos réserves chez les ennemis de notre développement est aussi une faiblesse tragique. Sinon, quelle mesure de rétorsion pourrait-on prendre contre le protectionnisme d’un pays qui n’exporte que du pétrole, si rare et si facile à vendre ?

Mais la démobilisation populaire est plus grave. Notre jeunesse est gagnée par le modèle de la démerde individuelle, perdant tous les repères sociaux qui ont fait les épopées collectives du passé. Les réticences tardives du pouvoir au diktat libéral ne suscitent aucun intérêt. Pire, les élites relaient les pressions des grandes puissances.

En 2011, les luttes sociales, innombrables, ont brisé le fatalisme. Puis, l’agression contre la Libye a réveillé un ressentiment unanime qui dément le défaitisme national dominant. Et ce, malgré la désinformation massive, malgré l’alignement de nos élites sur l’OTAN.
Cette dynamique est fragile tant qu’elle ne s’organise pas autour d’une nouvelle force politique démocratique, antilibérale et anti-impérialiste. Mais une politique de développement qui reposerait sur le socle de la mobilisation populaire n’aurait rien à craindre.

Safia Berkouk
EW le 27.02.12


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